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Plaisir coupable : 90210, le remake stéréotypé qui en faisait (beaucoup) trop

En cinq saisons (de trop), la version millennials du classique Beverly Hills ne nous aura pas épargnés. Absolument rien. Attention, spoilers.

© The CW

© The CW

Des palmiers, des bombasses en stilettos et des surfeurs aux abdos huilés, voilà la recette (pas si) miracle d’un remake dont on se serait carrément passé. Propulsé dans la grille de la CW à l’automne 2008, 90210 n’est ni plus ni moins que la renaissance de la série culte des 90’s, Beverly Hills. Le nom ne vous dit rien ? Pourtant, la série était diffusée à outrance sur les chaînes M6 dans notre Hexagone, sous le titre à rallonge 90210 : Beverly Hills, nouvelle génération. Un nom francophone qui rend l’œuvre encore plus cheap qu’elle ne l’est déjà. Oui oui, c’est possible.

La réponse West Coast à Gossip Girl

De 1990 à 2000, la bande de Beverly Hills 1.0 aura tenu en haleine les téléspectateurs états-uniens pendant pas moins de 293 épisodes. Bien que certaines intrigues soient légèrement poussives, ce teen show cultissime dressait un tableau alors inédit de la jeunesse friquée de Los Angeles. Tout juste huit ans après l’arrêt de la série mère, la franchise ado renaît de ses cendres grâce à 90210. On passe le réalisme aux oubliettes et on mise plutôt sur une version trashy et exacerbée de l’indémodable code postal.

Kelly, Brenda et leurs boyfriends en jean taille haute peuvent aller se rhabiller, il est (malheureusement) l’heure pour Naomi Clark et ses sbires en minijupes de faire la loi à Beverly Hills. Car oui, initialement marketée comme l’antagoniste du show avec sa condescendance et son brushing impeccable, la peste blonde est devenue le point d’ancrage de 90210. En définitive, Naomi n’est ni plus ni moins que l’équivalent de Blair Waldorf, à condition que la reine de l’Upper East Side troque ses serre-têtes preppy pour un bikini cintré et tape-à-l’œil. Niveau repartie, on aurait franchement tout donné pour que les deux divas s’affrontent dans un épisode de Yo Momma sur MTV.

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Plutôt brouillonne en saison 1, 90210 connaît un lifting créatif dès son deuxième tour de piste alors que les showrunners Gabe Sachs et Jeff Judas quittent le navire. Rebecca Sinclair (Gilmore Girls) prend le relais et redresse immédiatement la barre (qui était relativement basse, précisons-le). On zappe les couleurs criardes et les plans désordonnés pour une esthétique feutrée et ostensiblement plus maîtrisée. Bon, au niveau scénaristique, ce n’est pas tout à fait ça. Adrianna devient star de reality show, Annie est forcée de faire des travaux d’intérêt général après avoir écrasé un SDF… L’antiréalisme, c’est ici que ça se passe.

Pour l’anecdote, 90210 aurait pu être radicalement différente. À l’origine, c’était Rob Thomas (aka le créateur de l’excellente Veronica Mars et plus récemment d’iZombie) qui devait prendre les rênes du pilote. Malheureusement, étant impliqué sur d’autres fictions en parallèle, le showrunner américain a été forcé de renoncer à la production de cet infâme remake. Rappelons également que Darren Star, le créateur du Beverly Hills originel, s’est complètement détaché de cette refonte. Comme quoi, au bout du compte, personne ne voulait vraiment de ce revival.

La scène culte : le pétage de plombs d’Annie

Si la toute première saison du show était bourrée de mélodrames adolescents et embrouilles immatures, elle n’est rien en comparaison avec son season finale. Vendues d’emblée comme les pires amies-ennemies de la série, Naomi et Annie font passer leur rivalité un cran au-dessus dans un épisode cataclysmique (au moins). Lors de sa fête de fin d’année, organisée dans sa gigantesque villa, of course, la pimbêche blonde surprend son petit ami Liam en train de se rhabiller tandis qu’Annie est avec lui dans la même pièce.

Son sang ne fait qu’un tour : ni une, ni deux, Naomi décide d’afficher Annie devant tous ses convives. Ces derniers se mettent alors à la "basher" comme pas possible, n’hésitant pas à l’insulter et jeter le contenu de leurs classiques red cups au visage. Il n’en fallait pas plus pour la brune. Plus excédée que jamais, ne pouvant vraisemblablement compter sur le soutien de personne, elle se met à crier comme une hystérique. En une scène, Annie a su illustrer l’expression "péter les plombs" de la meilleure façon qu’il soit. Le plus drôle dans l’histoire ? Elle n’a même pas couché avec Liam.

Un pur plaisir coupable

En même temps, des intrigues soapesques et over the top, c’était ça le crédo de 90210. En l’espace de cinq saisons inégales, la série estampillée CW aura été un concentré de storylines déjà poncées dans bien d’autres teen dramas. Le faux demi-frère ? Les Frères Scott s’y sont déjà frottés. Un séisme vient chambouler la ville ? Newport Beach l’a fait. Une lycéenne chope un mec marié ? À ce niveau-là, Gossip Girl comme Veronica Mars ont osé cette histoire pas très légitime.

Pire encore, dans le revival de Beverly Hills, tous les archétypes sont recensés. La girl next door, la bitch au grand cœur, la bonne copine artsy… Tous ces clichés ambulants se sont donné rendez-vous sous le soleil californien. Bien évidemment, les protagonistes du show remplissent tous les critères de beauté escomptés avec des pecs saillants pour les garçons et des silhouettes filiformes pour les donzelles. D’ailleurs, la plastique des actrices principales avait fait jaser la presse US lors du lancement de la série, celles-ci étant tout bonnement soupçonnées d’anorexie.

En dépit de ses nombreux travers et son côté fac-similé d’autres séries pour ados, 90210 se laissait très facilement regarder. Les coucheries des personnages étaient ô combien divertissantes et leurs histoires d’amour faisaient parfois leur petit effet. On pense notamment à la romance tire-larmes entre Ivy, la surfeuse bobo, et Raj, le skateur atteint du cancer. Une sorte de Nos Étoiles contraires avant l’heure, avec moins de budget. Puis la série nous avait fourni quelques habitudes, comme celle de s’attendre aux narines de Naomi qui se gonflent à chaque fois qu’elle s’énerve, tel le dragon de Shrek.

N’oublions pas les instants WTF de 90210, à l’instar d’Adrianna qui explore sa sexualité avec la fille de Bruce Willis ou encore Naomi qui se prend la tête avec Kim Kardashian en personne. Mention spéciale aux évolutions capillaires de Silver (gros pincement au cœur pour sa coupe garçonne orange fluo). Snobée par les cérémonies (même les Teen Choice Awards, c’est dire), la série n’a jamais été un carton d’audience et a connu une mort à petit feu. Bien qu’elle soit loin d’être innovante, 90210 remplit tous les critères d’un plaisir coupable en puissance. Et en cette période estivale, on ne demande pas mieux.