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Alexandre Astier : "Aller en terrasse ? J'ai un peu de mal avec notre réponse aux attentats"

A l'occasion du Toulouse Game Show, Biiinge a pu s'entretenir avec Alexandre Astier. Du film Kaamelott en approche aux attentats de Paris, interview sans langue de bois.

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Biiinge | Kaamelott est revenu sur le devant de la scène il y a quelques semaines après votre annonce d'un film en préparation. Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur cet imbroglio du côté des droits de l'œuvre ?

Alexandre Astier | Je n'avais pas perdu les droits d'adapter Kaamelott sur grand écran. Simplement, je voulais changer la façon de faire. C'est assez compliqué. Pendant toutes ces années, il y a eu un échange entre les différents avocats. Je voulais conserver la possibilité de tout décider. Je travaille avec très peu de gens, et je veux que ça reste artisanal. Je compte principalement sur deux personnes : Jean-Christophe Hembert et Agathe Sofer. Je voulais que tout parte de chez moi. Kaamelott, ce n'est pas simplement un film, c'est un monde à mettre en mouvement, sous plein de formes différentes.

C'est très dur de manipuler une saga. On doit être présent sur tous les fronts, se poser la question de savoir ce que le public reçoit, de quel public on parle, les fans ou ceux qui connaissent moins l'univers... Je voulais avoir la main sur cette complexité. Il a fallu du temps pour expliquer que si je n'avais pas certaines choses, je ne pourrais pas le faire.

Là, vous partez sur l'écriture du premier film... 

Pas que, c'est une trilogie de films qui démarre. Il y a aussi Kaamelott Résistance à développer. Je veux raconter la période qui a lieu après la série et avant le film. Je me suis posé la question du format. Je pense que ça sera quelque chose qui se lit, mais pas une BD puisqu'elle existe déjà avec Casterman et qu'elle a sa vie propre.

"Dans le premier film, Arthur va revenir dans un monde en friche, qu'il a abandonné"

Une web-série, ça ne vous tente pas ?

Non, allons ! A ce compte-là, autant retourner sur M6. Kaamelott pousse les murs depuis le début. De saison en saison, on a repoussé les limites de notre cadre. En saison 6, on a tourné à Cinecittà, à Rome. On était au max. Chaque centime se voit à l'écran ! Pour moi, la seule façon de pousser à nouveau les murs, c'est le cinéma. Et si jamais j'écris un pré-retour pour la télé ou le web, ça va encore retarder le film.

Jacques Morell / ©M6

Jacques Morell / © M6

Je crois que je vais écrire les deux en même temps [Résistance et le premier film, ndlr]. Ceux qui ne veulent pas lire Résistance ne le feront pas, et ils comprendront quand même le film. D'ailleurs, si je me débrouille bien, ceux qui vont voir le film n'ont pas besoin d'avoir vu la série. Ca peut être une nouvelle histoire pour eux.

Que vous reste-t-il à raconter sur l'univers de Kaamelott après les six livres ?

Dans Résistance, Arthur a disparu. Lancelot est au pouvoir avec des factions soit collabo soit résistantes. Elles se mettent sur la gueule. La trilogie de films doit finir la saga. Je ne vais pas tout vous dire (rires). En gros, Arthur revient dans un monde qu'il a abandonné, qui est en friche. C'est vraiment la suite de la série. Celui qui n'a rien vu de Kaamelott y verra un pays qui est ce qu'il est, avec le retour d'un mec qui bouleverse tout. Celui qui a vu la série y verra ça et autre chose.

"Il y a trois semaines, avoir un drapeau français à sa fenêtre, c'était être au FN"

C'est tout le challenge de placer Kaamelott au cinéma : toucher à la fois vos fans, et en attirer de nouveaux.

Oui, et je trouve ça très intéressant. Pour moi, les choses doivent toutes avoir au moins deux voire trois niveaux de lecture. Je ne veux pas non plus raconter ce que les fans de Kaamelott attendent. La pire des choses à leur offrir est qu'il se passe ce à quoi ils s'attendaient. Comme ils ont une grande imagination, il va falloir se creuser la cervelle (rires). C'est bon, je vais les avoir, mais je travaille (rires) !

La série est aussi régulièrement utilisée pour parodier l'actualité, notamment en ce moment, après les attentats de Paris. Comment avez-vous réagi à cette reprise ?

J'ai vu seulement celle avec Hollande. Ca ne me concerne pas tellement en fait. Je n'ai pas ressenti grand chose, si ce n'est cette sensation de faire partie d'un patrimoine très français. C'est très patriote ce qui se passe en ce moment. Il y a trois semaines, avoir un drapeau français à sa fenêtre, c'était être au FN. Il y a un recentrage vers la pop culture bien de chez nous.

Kaamelott représente peut-être aussi une certaine idée de la France : la bonne bouffe, le côté festif...

Oui, enfin, il n'y a pas que nous en France qui parlons de ces sujets. Et puis, comparé aux atrocités qui se sont déroulées, j'ai un peu de mal avec le fait que notre réponse aux attentats soit : "Il faut aller en terrasse de café et sortir les orgues de barbarie à Montmartre". Je suis mal à l'aise avec ça. C'est trop grave. On est capable de mieux que d'aller boire des cafés.

En revanche, je comprends complètement ce besoin de déconner et que Kaamelott serve de base. C'est un détournement. Ce n'est pas mal fait, mais ce n'est pas fondamental.

C'est aussi une preuve de plus que Kaamelott est devenu un véritable objet de la pop culture française.

Oui, et ça c'est très agréable. Et en même temps, je ne suis pas encore mort ! C'est tout le problème d'être reconnu de son vivant. Le fait de réutiliser comme ça Kaamelott, ça en fait quelque part une matière morte, finie. La version télé est bien finie, oui, mais la saga n'est pas terminée et bien vivante. Sinon, je trouve ça très drôle et les gens sont libres d'utiliser Kaamelott comme ils veulent. Je regarde ça d'un œil bienveillant, mais je ne me sens pas vraiment concerné.