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Entre réalisme cru et fantasme, la saison 2 d’American Crime Story réinvente le meurtre de Gianni Versace

Avec un épisode inaugural jouant sur plusieurs tableaux avec une justesse variable, American Crime Story démarre de façon un peu trop chancelante. Attention, spoilers.

© FX

Les faits divers fascinent, ce n’est pas nouveau. Le 15 juillet de l’année 1997, l’assassinat de Gianni Versace a défrayé la chronique, tandis que le couturier italien succombait à ses blessures après s’être fait tirer dessus sur les marches de son domicile, à Miami Beach. Comme beaucoup d’affaires de la même trempe touchant le milieu des célébrités, le cas Versace fut l’origine de nombreuses spéculations et théories. Maureen Orth, journaliste chez Vanity Fair, s’est emparée de l’histoire et a publié le fruit de son immersion dans l’ouvrage Vulgar Favors paru en 1999.

Pour ce second tour de piste de leur anthologie American Crime Story, Ryan Murphy et Brad Falchuk sont allés puiser leur inspiration dans ce bouquin et l’affaire sordide qui s’y rattache. Qu'on s'entende bien, il ne s'agit pas d'un travail documentaire, tant les zones d’ombre sont légion. Tout d’abord, le premier acte de l’épisode est saisissant. En quelques minutes, une fois les plans languissants sur la villa kitschissime et opulente de Versace passés, le meurtre de ce dernier a lieu. Une balle dans la joue gauche, une autre derrière l’oreille droite. Jusque-là, l’exactitude est présente.

C’est après que les choses se corsent. Ce volet inaugural se penche avec une attention soutenue sur Andrew Cunanan, le meurtrier du styliste renommé, et ce grâce à un récit se déployant sur deux temporalités. La première se déroule en 1997, juste avant la tragédie où l’on est déjà témoin de la folie perceptible du tueur, justement interprété par Darren Criss (Glee). La seconde nous fait rembobiner jusqu’en 1990, alors qu’un Cunanan plus jeune s’aventure sur la scène gay de San Francisco et nourrit déjà une franche obsession pour le couturier/sa future victime.

© FX

D’un point de vue factuel, rien ne prouve qu’Andrew Cunanan ait déjà rencontré et échangé avec Gianni Versace. Pourtant, American Crime Story nous laisse entendre que c’est bel et bien le cas. Également, alors qu’il est sur la plage ensoleillée de Miami, Cunanan remonte son short et dévoile au téléspectateur d’étranges lésions sur sa cuisse, qu’on pourrait facilement assimiler comme symptomatiques du VIH. Car oui, bien que cela ait été finalement prouvé faux, le meurtrier était convaincu d’être contaminé par le virus avant de mettre fin à ses jours.

Ces incohérences rendent l’immersion dans cette saison 2 un brin difficile. À moins que… Bien que Ryan Murphy ait défendu son œuvre comme une adaptation de faits avérés, tout porte à croire qu’il nous relate ici une version fantasmée de la réalité. Plus précisément en adoptant le point de vue paranoïaque d’Andrew Cunanan, ce qui expliquerait qu’on assiste à sa prétendue rencontre avec Gianni Versace et qu’on remarque les ravages sur son corps du sida dont il pensait être atteint. Si c’est le cas, c’est un potentiel tour de force que le showrunner nous prépare.

Au-delà de ça, ce premier épisode d’American Crime Story montre déjà des signes de faiblesse, à commencer par le personnage de Versace en personne, qui apparaît transparent et peu charismatique, comme laissé pour compte par les scénaristes qui auraient préféré creuser la psychologie de son assaillant. Il en est de même pour celui de Donatella Versace, campée ici par une Penélope Cruz aperçue trop furtivement, à qui la série donne à peine le temps de faire son deuil, trop rapidement rattrapée par les impératifs financiers de l’empire familial.

© FX

Mais derrière toute l’histoire tragique (et, par moments, intrigante) qui lie Cunanan et Versace, American Crime Story met le doigt sur quelque chose de plus intéressant, tapi dans les détails. Alors que l’extérieur de la villa du couturier devient une scène de crime, la pire facette de l’humanité se dévoile. Un opportuniste se précipite pour mettre la main sur son Polaroid et capturer le corps inerte et défiguré de la victime, tandis qu’une autre vient appuyer une page de magazine sur le sang encore frais de Versace, comme pour garder une trace morbide de cet événement sensationnel (voire la monnayer ?).

C’est une évidence, Ryan Murphy et Brad Falchuk ont beau nous narrer le destin funeste de Gianni Versace, les deux complices prennent surtout leur pied à mettre en avant notre fascination malsaine pour le glauque, surtout lorsqu’elle concerne les stars, qui se voient aussitôt déshumanisées. Une double lecture est alors à faire, puisqu’on se jette nous aussi tête baissée dans cette deuxième saison d’American Crime Story, n’ayant que faire de l’impact que cette série peut avoir sur la famille du défunt styliste (qui, d’ailleurs, désapprouve totalement cette adaptation).

Verdict ? The Assassination of Gianni Versace propose des débuts convenables, sans pour autant être transcendants. Le traitement des personnages est pour l’heure trop peu équitable et certains, notamment celui de Gianni lui-même, en pâtissent. Malgré tout, celui d’Andrew Cunanan est jusqu’ici suffisamment imprévisible pour susciter un vif intérêt. Il s’agira pour cette seconde saison d’American Crime Story de maintenir le cap sans pour autant négliger le reste de sa distribution.

La saison 2 d’American Crime Story est diffusée sur FX outre-Atlantique depuis le 17 janvier et sera proposée en France sur Canal+ dès le mois de mars.