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American Horror Story: Cult ou la satire de l’effrayant cirque américain

La nouvelle saison de la série horrifique commence sur les chapeaux de roues avec un premier épisode aussi pertinent qu’angoissant qui nous plonge dans l’horreur du réel. Attention, spoilers.

Par les temps qui courent, il ne fait pas bon être coulrophobe tant les clowns sont à la mode. Entre l’adaptation sérielle de Mr. Mercedes et le remake de Ça, deux chefs-d’œuvre du maître de l’horreur et du suspense Stephen King, la nouvelle saison d’American Horror Story arrive au moment où le plus grand des guignols est à la tête de la première puissance mondiale.

C’est justement par le jour de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le 8 novembre 2016, que commence American Horror Story: Cult, après un récap glaçant de sa campagne électorale face à Hillary Clinton. Nous sommes dans le Michigan et l’annonce des résultats va basculer le pays dans un climat de terreur oppressant qui va diviser les habitants.

Dans un quartier résidentiel typiquement américain, la vie paisible d’Ally (Sarah Paulson) et Ivy (Alison Pill) va être chamboulée par l’arrivée au pouvoir de celui qu’elles redoutaient tant. Traumatisée et déboussolée, Ally va voir ses peurs les plus profondes remonter à la surface, telles que les endroits confinés, le sang, les particules dans l’air, le noir, la trypophobie (la peur des trous) et surtout la coulrophobie.

Après avoir consulté son psychothérapeute, Ally est obligée de se médicamenter pour protéger sa femme et son fils Oz des conséquences de ses angoisses et hallucinations. Mais la famille va être confrontée à une secte de clowns, déchaînée depuis l’élection de Trump et prêts à faire régner le chaos sur leur chemin. Maîtres dans l’art de la manipulation et de la farce sanglante, ils n’hésiteront pas à s’infiltrer dans l’intimité d’Ally et Ivy afin de mener à bien leur projet.

Chair de poule

© FX

Pour quelqu’un de coulrophobe, comme moi, cette nouvelle saison d’American Horror Story ressemble plus à une épreuve cathartique qu’à un véritable plaisir sériel. Et pourtant, le thème de cette septième fournée d’épisodes était bien trop tentant pour passer à côté. Après avoir scruté des lieux plus effrayants les uns que les autres, hôtel, asile et autre cirque, avec plus ou moins de réussite, Ryan Murphy et Brad Falchuk se sont penchés sur une histoire bien plus terrifiante : la réalité contemporaine.

À l’heure où les dystopies font fureur, The Handmaid’s Tale et Black Mirror en tête, cette nouvelle saison de la série d’anthologie apparaît comme la meilleure critique de notre société par sa résonance avec le monde actuel. À l’inverse de la cinquième saison d’House of Cards, dont le parallèle avec Trump a plutôt eu l’effet d’un pétard mouillé aussi puissant qu’un somnifère, ce season premiere d’American Horror Story: Cult réussit à nous happer grâce à son style horrifique et à la patte sanglante et théâtrale de Ryan Murphy. Avec une esthétique carnavalesque, le showrunner nous montre les prémices d’une Amérique déchirée et violente à travers le prisme d’une lutte de pouvoir psychologique entre Ally et Kai, à voir comme les personnifications d’Hillary Clinton et Donald Trump.

© FX

Ryan Murphy critique la société contemporaine à travers une scène d’introduction exceptionnelle et des dialogues percutants, notamment entre Ally, sa femme et ses amis lorsqu’ils découvrent les résultats de l’élection dans le salon. Cette pièce, en apparence anodine, devient une métaphore de l’angoisse politique des Américains qui, les yeux rivés sur le poste de télévision, ont vu une figure clownesque accéder à la Maison-Blanche. Autre scène marquante, le discours alarmiste et glaçant de Kai sur la peur qui nourrit les gens et permet de contrôler la population. Ça ne vous rappelle personne ? Enfin, la scène cauchemardesque au supermarché prouve une nouvelle fois les talents de mise en scène de Ryan Murphy.

Très référencé et codifié, ce premier épisode est un bel hommage stylisé à Ça, l’œuvre culte de Stephen King, qui a terrifié une bonne partie de ceux qui ont fait l’erreur de regarder l’adaptation filmique beaucoup trop jeunes (genre, moi). Les apparitions fantomatiques des clowns et l’arrivée sinistre du camion de glaces rappellent le film d’horreur. On peut même voir, dans le délire monstrueux de Ryan Murphy, l’utilisation d’un préservatif rempli d’urine comme une variante du ballon de baudruche rouge pour alerter ses ennemis, ici une communauté mexicaine que Kai va provoquer. Se faisant ensuite tabasser, le leader somme à ses disciples de filmer la scène afin de faire passer cette communauté pour des citoyens dangereux. Il faut bien nourrir la peur par des fausses images de propagande.

Se déroulant dans l’Amérique contemporaine, la série peut aussi être liée à une autre trilogie effrayante, j’ai nommé American Nightmare. Et là, il ne s’agit pas d’un seul jour de purge où les pires actes sont autorisés (crimes, viols, meurtres), mais d’un mandat de quatre ans où le déchaînement de violence et de haine va monter crescendo. À mi-chemin entre le Joker et des éléphants monstrueux, les clowns d’American Horror Story opèrent en bande en suivant le "roi" des abeilles aux cheveux bleus, Kai, humilié après son passage au tribunal où il a délivré une diatribe abjecte contre la communauté juive.

© FX

Arrivant peu de temps après les événements tragiques de Charlottesville, American Horror Story: Cult trouve ici une triste résonance avec le contexte sociopolitique américain, dans lequel la parole et la folie des néonazis et suprémacistes blancs sont libérées et mises à exécution, sans être explicitement condamnées par le chef de l’État. Ce n’est pas pour rien si le masque blanc au nez rouge est utilisé par Ryan Murphy pour les représenter. On retrouve aussi "avec plaisir" Twisty le Clown du Freak Show, venu faire un petit coucou sanglant dans une scène tirée d’un comics à son nom, qui tombe malheureusement entre les mains d’Oz, le fils d’Ally et Ivy.

Et si je pensais m’identifier à Ally et sa coulrophobie, c’est finalement dans les yeux de l’innocence enfantine d’Oz que l’intrigue complotiste et effrayante de cette saison va m’interpeller. Ce gamin doit faire face à la paranoïa de sa mère et à l’influence néfaste de Winter, sa nouvelle baby-sitter bien creepy, interprétée par Billie Lourd. Cette dernière se trouve être la sœur de Kai et va confronter le jeune Oz aux images violentes du monde via Internet avant de lui infliger l’horreur de la vision bien réelle des meurtres de ses voisins. Le lavage de cerveau commence maintenant.

Entre deux ou trois cris d’effroi face aux screamers des clowns, force est de constater que les membres phares de la Murphy family sont toujours aussi excellents, Sarah Paulson et Evan Peters en tête. Les petits nouveaux, dont Alison Pill et Billie Lourd, s’en sortent bien. Avis à mes compères coulrophobes, si j’ai réussi à regarder American Horror Story: Cult, vous aussi vous pouvez le faire. Rien de mieux que de s’affranchir de ses phobies psychologiques en affrontant l’horreur du réel.

© FX

En délaissant les apparitions surnaturelles, Ryan Murphy et Brad Falchuk se détournent du schéma classique des autres saisons. En passe de devenir la saison la plus effrayante, American Horror Story: Cult dépeint avec brio l’atmosphère tendue et violente des États-Unis depuis l’élection de Trump en questionnant la nature humaine et son penchant pour la haine et le rejet de l’autre via un bourrage de crâne insensé. Espérons que les showrunners continuent sur cette lancée dans les dix autres épisodes et utilisent l’effrayante réalité comme arc narratif pour dénoncer les mécanismes politiques du pouvoir en place.

Il semblerait, par chance, que ce soit le cas puisque Ryan Murphy a récemment expliqué à IndieWire qu'"[il s’intéressait] vraiment à la montée du culte de la personnalité qui peut croître dans une société divisée". Et cela va se traduire dans la suite de la saison par les histoires d’une pléiade de chefs de secte, tous interprétés par Evan Peters, dont Charles Manson, Jim Jones, David Koresh et Andy Warhol – ce dernier entretenant un culte de la personnalité autour de sa personne à travers son mouvement, le Factory Crew. Avec son style baroque et un message pertinent, Ryan Murphy nous livre peut-être, avec la nouvelle saison de sa série d’anthologie, sa plus belle histoire d’horreur américaine.