Animal Kingdom : bienvenue chez les Cody, criminels de mère en fils

Le pilote d'Animal Kingdom réussit le pari de nous intéresser à la famille déjantée des Cody, et nous plonge dans une atmosphère séduisante.

Nouvelle réinvention d'un film en série, Animal Kingdom est à l'origine un thriller australien réalisé par David Michôd (The Rover) en 2010. Acclamé par la critique et récompensé au Sundance Festival, il offre à sa version sérielle un difficile travail d'adaptation.

Au cours du pilote, on fait la rencontre des différents membres de la famille Cody, qui traîne derrière elle un passé criminel ô combien héréditaire. À la fois unis et rivaux, les personnages semblent tous plus dingos les uns que les autres, excepté le dernier venu, le jeune "J.", un peu paumé au milieu de ces bandits qui lui serviront de parents de substitution.

Cette tragédie familiale, bourrée de violence gratuite et de personnalités malsaines, font de la Californie du Sud une terre promise angoissante et franchement intrigante.

Le jour "J"

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“J” et sa grand-mère, ange et démon ? (©️ TNT)

L'histoire débute par un plan fixe, sur un salon terne et quelconque où un môme et sa mère sont assis. Deux ambulanciers débarquent, inquiets de l'état de santé de la femme, qui semble endormie. Lorsque les deux hommes demandent au garçon amorphe ce que sa mère a pris, celui-ci répond d'une manière complètement détachée : "Héroïne."

En réalité, il s'agit d'une overdose, et la mère du jeune garçon y a laissé la vie. Le décor dramatique planté, on en apprend plus sur Josh, aka "J", gamin de banlieue abandonné par son père, et désormais orphelin. Il trouve de l'aide auprès de sa grand-mère Janine (Ellen Barkin, impeccable dans son rôle de matriarche troublante), une figure maternelle aimante qui choie presque trop sa progéniture : trois beaux gosses musclés, californiens de surcroît, qui s'adonnent à des activités épicuriennes (surf, drogue, filles et alcool).

La routine familiale va être perturbée par le retour de l'aîné Pope (Shawn Hatosy,  vu dans Alpha Dog), tout juste sorti de prison. Et assurément plus timbré que ses trois frères.

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Une bonne dose de muscles et de testostérone. (©️ TNT)

Dans cette famille de braqueurs aux personnalités bien marquées, "J" fait figure d'innocent. Incarné par Finn Cole et sa bouille d'ange (Michael Gray dans Peaky Blinders), Joshua passe pour un gamin sympathique et timide. Il refuse de sécher les cours, passe du temps avec sa copine, et se méfie de Pope, qui essaie tant bien que mal de lui apprendre les ficelles du business du crime.

Car au sein de ce foyer toxique et dangereux, Josh aura bien du mal à rester dans le droit chemin. La fin de l'épisode le montre d'ailleurs sous un jour différent : lorsqu'il menace avec un flingue le dealer qui a vendu la drogue à sa mère, Josh, émotionnellement abîmé, a déjà évolué.

On s'attend donc à une longue plongée en enfer pour lui. Celle-ci semble débuter au moment où Craig lui glisse son premier .45 entre les mains – avec pour seul objectif de faire flipper une bande de surfeurs et se payer une bonne tranche de rire (jaune pour nous).

Des personnages ambigus

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Pope, pas franchement un amateur de musique pop. (©️ TNT)

Le point fort d'Animal Kingdom, c'est la complexité et le charisme de ses personnages. Sous ses airs de "sexy mom" à la sensualité affichée, Janine s'avère être une figure féminine dominante et mentalement solide.

Deux scènes renversent d'ailleurs la tendance du sexe fort, rafraîchissant au passage les relations femmes-hommes telles qu'elles sont souvent présentées : celle où Deran vient littéralement chialer dans les jupons de sa mère, puis celle où Janine tient tête à Pope, qui se permet de lui faire des allusions sexuelles provocatrices et déplacées. Janine incarne une femme forte dans un monde masculin… où elle semble avoir plus de "cojones" que les cinq garçons réunis.

Certains rôles restent en revanche assez classiques, comme celui de Craig (Ben Robson, vu dans Vikings), le caïd intrépide ne supportant pas de se faire marcher sur les pieds. Il est suivi dans les embrouilles par son frère, plus en retrait, Deran, dont Jake Weary hérite malheureusement du rôle le moins intéressant pour le moment.

Quant à Baz, il paraît être le seul frangin à avoir du plomb dans la caboche. En empathie avec "J", pas effrayé pour un sou par Pope, il prend soin de ses frères et de sa femme, pas franchement rassurée quand elle est entourée de la famille Cody. Si des plans se préparent, il est le premier au courant et agit comme le bras droit de Janine, ce qui lui confère un rôle paternel timide mais inattendu.

Cliché ou critique de l'Amérique "white trash" ?

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California here we come. (©️ TNT)

Une fois passée l'étape de la compréhension des personnages et de l'intrigue mafieuse, reste à savoir si le sujet suffira à nous tenir haleine. Les plans rythmés et ancrés au sol, filmés par la caméra minutieuse de John Wells (Shameless), participent grandement à instaurer cette atmosphère angoissante.

Mais derrière ce beau décor californien se cache un nombre de clichés assez invraisemblables. Des acteurs aux belles gueules, à l'activité stéréotypée qu'est le surf dans le Golden State, rien ne colle avec l'ambiguïté dont font preuve les personnages. Ce qui gâche une partie de la lecture de l'intrigue.

On a parfois l'impression d'être en plein milieu de l'Amérique "white trash", où se balade des rednecks californiens qui ont remplacé la country par de l'alternative music. Là où le film de David Michôd parvenait à introduire, séduire et conclure une histoire criminelle bien écrite de bout en bout en un film, on se demande encore où le reboot sériel veut nous emmener.

Reste que la qualité de l'interprétation, les mystères que nous dissimulent la famille Cody ainsi que la montée de la tension dramatique qui se traduit à merveille à travers le regard fragile de "J" nous convaincront de regarder la suite. Et d'observer si dans le royaume des Cody, la loi de la jungle règne réellement.

La saison 1 d'Animal Kingdom débarque dès le 8 février 2018 sur Warner TV en France.