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Atypical, la révélation douce-amère sur les premiers émois adolescents

Plus qu’un teen drama simpliste, Atypical se démarque par sa sincérité déconcertante.

© Netflix

Assis en tailleur dans un couloir de lycée, un casque antibruit vissé sur le crâne, Sam garde la tête baissée et, inconsciemment, nous ouvre les portes d’un univers bien trop familier. "Je suis un mec bizarre, enfin c’est ce que tout le monde dit", énonce-t-il en voix off, de but en blanc, dès les premières minutes d’Atypical. En une phrase, son personnage résume ce sentiment de ne pas être à sa place, propre à l’âge adolescent, si justement dépeint dans la dernière production Netflix. Sauf que Sam, avec son air hagard et sa coupe de premier de la classe, n’est pas comme n’importe quel ado de son âge.

Interprété à la perfection par Keir Gilchrist (révélé il y a plusieurs années dans l’intimiste The United States of Tara), Sam Gardner est autiste. Un fait qui le place irrémédiablement en marge de ses camarades de lycée. Bien entendu, le spectre de l’autisme est étendu et nuancé. Selon certains critères psychologiques, Sam est atteint d’un autisme de haut niveau, une traduction approximative du terme "high functioning autism". Concrètement, le héros d’Atypical est capable d’interagir avec son entourage mais éprouve des difficultés à montrer des signes d’empathie et à appréhender les interactions humaines que l’on jugerait lambda.

Débarquée en loucedé sur la plateforme états-unienne vendredi dernier, Atypical entreprend de nous présenter les aléas de la vie d’un autiste, oscillant de façon justement dosée entre drame et comédie. Dans son quotidien, Sam est épaulé par ses parents, l’hyperprotectrice Elsa et le plus détaché Doug. Il peut compter sur sa sœur cadette, Casey, pour surveiller ses arrières dans la jungle qu’est leur lycée, mais aussi sur Julia, sa jeune thérapeute pour qui il a un sacré béguin, s’accentuant au fil des épisodes. Tout ce microcosme s’entrecroise dans une sorte de banlieue étonnante de réalisme, qualificatif qui pourrait très bien s’appliquer à l’ensemble de cette série confidentielle.

© Netflix

D’emblée, Atypical dégage quelque chose de rétro, faisant écho à des classiques pour ados venus tout droit des 80’s, telle la filmographie marquante de John Hughes, Ferris Bueller’s Day Off, Sixteen Candles ou The Breakfast Club en tête. La série n’essaie jamais d’en faire trop et ne tombe jamais dans l’improbable, comme ce peut être le cas avec l’excellente 13 Reasons Why. Grosso modo, on pourrait croiser les ados d’Atypical dans le self de n’importe quel lycée français, et ça fait plaisir. Par là même, leurs petits tracas paraissent étrangement familiers.

Qu’importe son degré d’autisme, Sam est décidé à se dégoter une petite amie, une vraie. Le hic, c’est qu’il ne sait pas trop comment s’y prendre. Pour ça, il devra se reposer sur les conseils (peu) avisés de son ami et collègue (il bosse dans un magasin d’électronique à mi-temps), Zahid, qu’on jurerait sorti d’un volet d’American Pie tant il est délicieusement beauf. On tient là la trame majeure d’Atypical, à savoir la recherche effrénée de la petite amie parfaite. Si notre héros peine à exprimer une grande variété d’émotions, ce n’est certainement pas le cas de sa sœur.

© Netflix

Atypical a beau être brandé comme un show centré sur Sam, ce dernier se fait assurément voler la vedette par l’athlétique Casey, dont la ressemblance physique avec une certaine Lily-Rose Depp mérite d’être notée. Avec son style garçon manqué et son franc-parler, Casey aurait assurément sa place parmi les marginaux de Freaks and Geeks. Partagée entre ses ambitions personnelles et son soutien indéfectible pour son frère, elle paraît souvent émotionnellement submergée sans pour autant montrer de signes de faiblesse. Le jeu de la novice Brigette Lundy-Paine se doit d’être loué, tant sa performance bluffante rend le personnage aussi poignant que profond. Avec une ligne de dialogue, la jeune comédienne laisse transparaître tout un éventail d’émotions. Ouvrons les paris, on tient peut-être là la prochaine Brie Larson.

Malgré son petit charme, Atypical ne fait pas l’unanimité, accusée par certains médias US d’offrir une vision légèrement stéréotypée de l’autisme. Pour autant, représenter un sujet tel que l’autisme n’est pas chose facile, puisqu’il n’en existe pas qu’une seule forme. L’autisme est un spectre, avec plusieurs profils, plusieurs nuances, plusieurs façons de se manifester dans la vie de tous les jours. À sa façon, la série de Netflix fait un job satisfaisant, mais ce n’est pas là où elle brille le plus.

Non, quoi qu’on en dise, Atypical est un hybride réussi entre le teen drama et le récit d’apprentissage, explorant les méandres de l’âge ingrat à son propre rythme et avec un regard étonnamment candide. Aux antipodes des séries pour ados où le sexe et la superficialité peuvent être banalisés, la série mise sur une innocence qui fait du bien. Dans la lignée de la larmoyante Parenthood et la désopilante Speechless, Atypical dresse un tableau ostensiblement humain d’un handicap trop souvent ignoré par le grand comme le petit écran. Clairement, un must-see.

La première saison d’Atypical est disponible en intégralité dès maintenant sur Netflix.