Blood Drive : un bordel gore et décomplexé entre Mad Max et Fast & Furious

Arrêtez tout, on a trouvé LA série la plus sanglante et décomplexée de l’été. Attention, spoilers.

Les 32 °C à l’ombre vous assomment, Épicure et Nietzsche vous ont épuisé avec leurs théories sur le bonheur et zapper sur BFMTV pour entendre des pseudo-experts déblatérer sur les conséquences des élections législatives vous sape le moral ? Un conseil, enfermez-vous dans le noir avec votre ordi et commencez sur les chapeaux de roues Blood Drive, la nouvelle série signée Syfy et fidèle héritière du genre grindhouse démocratisé par Tarantino et Rodriguez à la fin des années 2000.

L’intrigue tient sur un Post-it : une course de la mort dans le désert américain pour la modique somme de 10 millions d’euros. La particularité des véhicules en compétition ? Ils carburent au sang humain. Et oui, car dans le monde rétro slash dystopique slash post-apocalyptique de Blood Drive, le prix de l’essence a flambé et même l’eau potable se fait rare. Deux personnages complètement opposés se retrouvent malgré eux propulsés dans ce sprint motorisé et vindicatif : Grace (Christina Ochoa), jeune fille pulpeuse et débrouillarde à la recherche de sa sœur, et Arthur (Alan Ritchson), un flic droit dans ses bottes mais à côté de la plaque.

Ce tandem inattendu va devoir trouver un moyen de s’entendre pour remporter la course et éviter le funeste destin qui plane au-dessus des perdants. À chaque checkpoint, les derniers arrivants se font exploser la tête via une puce insérée dans leur nuque. Celle-ci peut être activée à distance par Slink (Colin Cunningham), un drôle d’oiseau né de la fusion entre Tim Burton et Ozzy Osbourne, aux commandes de l’événement macabre. Grace et Arthur vont devoir rivaliser de courage, et user de manigances et de leur sexualité (oui, oui) pour sortir vainqueurs de la course et remporter la mise.

Du sang, du cul et encore du cul

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Sucette et belle carrosserie. (©️ Syfy)

Autant vous prévenir d’entrée de jeu, il faut savoir considérer à leur juste valeur les ambiances nanardesques et les scripts de série B pour apprécier pleinement Blood Drive. Le show de Syfy applique à la lettre le saut de paradigmes "rien n’est vrai tout est permis" dans cette production décomplexée au possible. Blood Drive est un festival de gore délivrant bon nombre de vannes sexistes et pleines de clichés, mais tordantes, et présentant des personnages caricaturaux par excellence. Mais bordel, qu’est-ce que c’est bon, ne serait-ce que pour se remettre de séries exigeantes telles la dépressive The Leftovers ou la cérébrale Legion.

Une fois admise l’idée invraisemblable d’un moteur à la gueule de Sarlacc fonctionnant à l’hémoglobine humaine, on se retrouve plongés dans une Amérique industrielle et désertique façon Mad Max. La répression des forces de l’ordre est totale et les habitants de l’Oncle Sam doivent désormais acheter de l’eau via des DAB. Autant dire que les 10 millions offerts par la course de Slink représentent le Graal, une porte de sortie vers une vie meilleure. Et évidemment, les participants multiplient les coups bas et n’hésitent pas à offrir des pots-de-vin pour se débarrasser de leurs concurrents.

Dans le registre de la fille sexy mais badass, et amateure de sucettes, Christina Ochoa (vue dans Animal Kingdom) s’en sort avec les honneurs. Plus belle et terrifiante que jamais avec des tripes humaines étalées sur la jupe, elle évoque une Charlize Theron en puissance (époque Piège fatal, Les Chemins de la dignité et Braquage à l’italienne bien entendu). Face à elle, Alan Ritchson, plus monoexpressif, est bien aidé par l’écriture de son personnage d’idiot du village embarqué dans une aventure qui le dépasse. Le duo, désopilant et nerveux, fonctionne à merveille.

BLOOD DRIVE -- "The Fucking Cop" Episode 101 -- Pictured: Colin Cunningham as Slink -- (Photo by: David Bloomer/Syfy)

Mr. "Sink" Crowley. (©️ Syfy)

En résumé, les personnages de Blood Drive sont clairement caricaturaux et ultrasexualisés. Mais la série ne se prend pas une seconde au sérieux et c’est ce qui la rend absolument irrésistible. Les jets de sang tarantinesques évoquent les meilleures heures d’Ash vs Evil Dead tandis que Slink est un intrigant mix des meilleurs méchants de la pop culture, du Joker à Ramsay Bolton en passant par Immortan Joe. Le scénario et le rendu visuel restent violents, sanglants, sexuels et provoc, comme le diptyque Grindhouse de Tarantino et Rodriguez (Boulevard de la mort et Planète Terreur).

On regrettera toutefois un montage plutôt foutraque lors des courses-poursuites. On a également une certaine forme d’appréhension quant à la longueur de la série. Avec 13 épisodes au compteur, la saison 1 risque d’être étirée inutilement pour combler la case de diffusion estivale de la chaîne. À l’inverse, on apprécierait une série nerveuse et explosive au possible, fonctionnant à la manière de sa plus flagrante inspiration, Mad Max : Fury Road. En attendant, ce pilote jamais prétentieux et toujours jouissif défile à toute allure et dit merde aux conventions sérielles de l’ère de la Peak TV dans le plus grand des calmes. Jouissif, on vous dit.

La saison 1 de Blood Drive sera prochainement diffusée sur Syfy en France.