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Bobby Cannavale : "La drogue est un personnage à part entière dans Vinyl"

De passage au festival Séries Mania pour défendre Vinyl, dont le pilote signé Martin Scorsese était diffusé au Grand Rex, Bobby Cannavale est revenu sur son rôle de l'allumé Richie Finestra.  

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©️HBO

Biiinge | En tant qu’acteur, un personnage comme celui de Richie Finestra, c'est du pain bénit, mais il faut aussi éviter de tomber dans le too much. Comment l’avez-vous abordé ?

Bobby Cannavale | Richie était effectivement un défi. Il représente toutes les raisons qui font que j’adore ce métier. J’aime son intensité, sa foi, son oreille musicale, sa nature désespérée. Ce que j’aime le plus, c’est la passion qui l’anime. On ne peut pas remettre ça en question dans la série. Il porte ses émotions en bandoulière.

Même s'il est très différent de moi, j’ai mis certains aspects de ma personnalité dans ce personnage. Grâce à Richie, j'ai pu les explorer à fond. Je pense que c’est le plus grand rôle de ma carrière jusqu’ici.

Votre personnage est un mélange de figures connues du monde de la musique. On pense notamment à Rocco Laginestra ou Neil Bogart.

Je ne l’ai pas vraiment abordé de cette façon. C’était clair dès le départ que ce type n’était pas basé sur une personne ayant réellement existé. J’ai lu un tas de bouquins sur ces gars, j’en ai rencontré quelques-uns, dont certains encore dans ce business. J’ai passé du temps avec des géants comme Clive Davis [producteur de légende ayant remporté 5 Grammys, ndlr], Seymour Stein ou encore Danny Goldberg, qui m’a été d’une grande aide. Mais au final, Richie Finestra est une pure création.

La semaine dernière, j’étais à une cérémonie du Rock and Roll Hall of Fame, entouré de mecs du milieu du rock. Tout le monde regarde le show, mais chacun projette des personnes différentes sur Richie ! C’était drôle et cela montre que le show est malin.

"C’est très drôle de voir les gens essayer d’être cool près de Mick Jagger"

Qu’est-ce que ça fait d’avoir Mick Jagger, producteur exécutif sur le show, comme boss ? 

C'est assez particulier. Mick est un soleil. Il n'était pas souvent sur le plateau de tournage, mais les quelques fois où j’ai passé du temps avec lui m’ont beaucoup aidé. Il m’a raconté de bonnes histoires. Mais en 1973, les Rolling Stones étaient déjà les mecs les plus connus de la planète. Donc Mick ne pouvait pas m’expliquer ce que c’était que d’arriver en tant que nouveau groupe à cette époque.

En revanche, passer du temps avec lui et observer la façon dont les gens se comportent a été très instructif. J’ai pu ainsi imaginer la façon dont un mec comme Richie Finestra parle avec ce genre de stars. C’est vraiment très drôle de voir les gens essayer d’être cool près de Mick Jagger.

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©️HBO

Qu’avez-vous pensé de son fils, James Jagger, qui incarne le leader des Nasty Bits ?  

Je ne le connaissais pas avant. Je le trouve génial. J’aime beaucoup les titres qu’ils chantent, en particulier celui qui lui permet d’exploser dans le dernier épisode. Ils jouent vraiment. Ce qui est drôle, c’est que ces mecs, le guitariste et le bassiste, forment un vrai groupe.

Le guitariste qui se fait virer dans la saison 1 fait en réalité partie du groupe avec les deux autres. Ils ne sont pas vraiment acteurs d'ailleurs, ils parcourent le monde et les festivals. Cette scène était drôle du coup [rires] !

L’autre personnage principal de Vinyl, qui est constamment à vos côtés, c’est la coke… Comment joue-t-on un type aussi addict ? 

J’ai pris beaucoup de coke [rires]. Sérieusement, j’avait déjà joué un addict avant, donc j'avais effectué quelques recherches, qui impliquent de rencontrer des gens, d’aller à des réunions d’ex-addicts, ce genre de choses. Mais au final, comme me l’a dit Marty [Martin Scorsese, ndlr], on a tous connu de près ou de loin des gens qui prennent de la drogue. Chacun réagit différemment. Personne ne prend de la coke de la même façon. Marty m’a dit : "Tu peux faire ce que tu veux, tu crées le personnage que tu ressens."

"On n'a jamais montré l'addiction de cette façon à la télévision"

C’est vrai que la drogue est un personnage à part entière du show, ou je devrais plutôt dire l’addiction. Le combat de Richie avec la drogue constitue une grande part de Vinyl. L’une des premières choses que m’a dite Terence [Winter, ndlr], c’est que cette série n’est pas centrée sur le rock ou l’industrie de la musique, mais sur ses personnages, ce Richie Finestra qui lutte contre ses démons et tente de faire perdurer son héritage.

On voulait montrer cela de façon la plus juste possible. Je dois montrer que ce type est complètement  fou. Il aime des choses qui le détruisent. Je ne pense pas qu’on n’ait jamais dépeint l’addiction à la télévision de cette façon. Et en même temps, le monde artistique dans lequel il évolue a un sacré passif de génies connus pour leurs différentes addictions. On voulait explorer cette dualité chez Richie. Il se met vraiment en danger, et en même il prend du plaisir malgré tout.

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Certaines scènes de Vinyl sont assez folles. Avez-vous eu de la place pour improviser ? 

Un peu, oui. Deux mois avant le tournage, on a fait des répétitions. On parlait pendant plusieurs heures avec Terence, puis les autres acteurs venaient et on répétait une scène. Marty disait alors : "OK, faites ce que vous voulez maintenant avec cette scène."

On a alors fait pas mal d’improvisations, et le script a changé au fur et à mesure. "J’aime quand tu dis ça, gardons-le", disait alors Marty. Il aime laisser de la place à l’impro. Pour cette série, ça marche bien en particulier sur les scènes que j’ai avec les gars d’American Century. P. J. Byrne (Scott) et Ray Romano (Zak) sont vraiment très bons en impro.

P. J. Byrne vient du milieu de la finance avant d’être acteur. Vous l’avez vu dans Le Loup de Wall Street. Il m’a confié qu’il a totalement improvisé son audition pour ce film. Le plus fou, c’est que Marty lui a demandé de refaire dans le film ce qu’il avait fait lors de son audition !

"Je suis très fier de la série et du travail accompli avec Terence Winter"

On a appris très récemment que HBO se séparait de Terence Winter, le showrunner de Vinyl. Quelle a été votre réaction ? 

Ça fait quelques jours seulement que c’est arrivé. J’imagine qu’il y avait des divergences créatives. Terry est un bon ami à moi. On s’est rencontrés sur Boardwalk Empire. Et ce n’est pas comme si on était arrivé sur HBO en mentant sur ce qu’on allait faire... Je suis très fier du show et de ce que nous avons accompli avec Terry. Il va falloir aller de l’avant, mais j’espère que je pourrais retravailler avec lui très vite.

Olivia Wilde, Terence Winter et Bobby Cannavale sur le tournage de Vinyl ©️HBO

Olivia Wilde, Terence Winter et Bobby Cannavale sur le tournage de Vinyl ©️HBO

Vous avez grandi dans le New Jersey. Y avait-il une atmosphère, un état d'esprit particulier ? Plusieurs artistes viennent de cette ville. 

Je crois que le point commun à toutes les personnes originaires du New Jersey, c’est notre envie de se barrer au plus vite [rires] ! C’est tellement proche de New York et en même temps, on se sent isolé. Je pouvais voir des voisins new-yorkais de ma fenêtre, à l’autre bout du fleuve, et pour autant cela semblait un tout autre monde.

Une part de moi ressent toujours ça, surtout dans ce business. Je crois que je ne m’habituerai jamais à faire partie de ce milieu.

Que voulez-vous dire par là ?  

Il y a un consensus sur le fait que le business se fait à Hollywood. Ce n’est pas un lieu pour moi. Je ne m’y sens pas bien. Je suis très heureux à New York. Mes acteurs favoris viennent de NY. Si je dois me rendre à LA, ça ne m’enchante pas vraiment. Je me sens mieux sur un plateau de tournage.

Je ne suis pas très à l’aise avec tout ce qui se passe après. Je suis content de vous parler, mais ce n’est pas vraiment mon travail. Certains acteurs, à Hollywood, sont très doués pour ça. Ils font deux, trois films d’affilée et l’année suivante est dédiée à la promotion de ces films. Je ne pourrai jamais fonctionner comme ça.

La première saison de Vinyl a été diffusée sur HBO, et sur OCS en France. La série a été renouvelée pour une saison 2, sans Terence Winter