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BoJack Horseman : le rire n'est pas un antidote à la dépression

Tandis que la troisième saison de la série arrive aujourd'hui sur Netflix, on s'est penché sur cette comédie atypique, où le rire se mêle brillamment à la mélancolie.

Un anthropomorphisme à double tranchant

Si son héros n'avait pas été un cheval, BoJack Horseman aurait sans doute eu une toute autre saveur. Ce n'est pourtant pas faute de s'identifier à ce canasson dépressif qui, en dehors de son statut d'ancienne star de sitcom, traverse un état tristement familier pour beaucoup de gens. L'anthropomorphisme marche à plein régime, aucun doute là-dessus.

Mais la série Netflix, créée Raphael Bob-Waksberg, tient aussi sur ce paradoxe : le dessin animé permet une distanciation, porte d'entrée à son humour cocasse, mais à l'arrivée, ces animaux sont terriblement humains. Et c'est là que la mélancolie s'insinue, dans les failles, entre deux rires.

Car son héros a beau être un cheval dont le boulot était de faire marrer, il est surtout dépressif et l'envie de déconner lui est passée depuis bien longtemps. Peut-être a-t-il toujours été comme ça, même du temps des rires qu'il provoquait, d'une réplique parfaitement écrite et calibrée, dans son ancienne sitcom Horsin' Around.

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C'est la continuité, tout au long des épisodes, et de saison en saison, qui permet de donner de la substance à ce propos, inhabituel, dérangeant, intime. Contrairement à la forme traditionnelle de la sitcom, dont BoJack Horseman s'inspire nécessairement - ne serait-ce que par la mise en abîme avec son ancienne carrière - les choses ne s'arrangent pas quand arrive le générique de fin.

La dépression est un état constant, qui colle à la peau. Et une petite phrase réconfortante ou une petite tape sur l'épaule de la part d'un être cher n'y changera rien.

Hello Darkness, my old friend

Cet équilibre, entre comédie et mélancolie, est précaire. Constamment sur le fil du rasoir, BoJack Horseman se pare des atours de la sitcom animée, aux dessins un peu naïfs, pour mieux exposer les névroses de son héros. Pas besoin d'édulcorer, ni d'adoucir le tout avec de bons sentiments. BoJack est dépressif. BoJack est cruel avec son entourage. BoJack se fout de tout.

"We're cynical and we're sad and we're mean" ("On est cyniques, on est tristes et on est méchants") dit Wayne à Diane. 

BoJack Horseman explore cet état de dépression comme rarement vu dans une série, même dramatique. On est loin des clichés auxquels nous a habitués Hollywood. Le héros n'essaie pas d'échapper à sa condition, car sa souffrance, sa lassitude, est tout ce qu'il a. C'est une peau qui le rend imperméable au bonheur.

Et d'ailleurs, le recherche-t-il vraiment, ce bonheur ? Si BoJack ne supporte pas l'optimisme béat de Mr Peanutbutter, c'est en partie parce que ce dernier est le petit ami de Diane, mais aussi parce que ce bonheur affiché lui file la gerbe. Manquerait plus que ce soit contagieux ! Peut-être aussi parce que c'est un état qu'il aimerait atteindre mais a conscience que cela lui est interdit.

Quelle qu'elle soit, de la plus profonde détresse émotionnelle à une lassitude nihiliste du quotidien, la dépression se place sur un large spectre. Dans le cas de BoJack, c'est un trou noir, une force qui aspire tout et finalement ce fardeau, il le fait sien.

Car il a quelque chose de confortable, de familier. On s'y replie, on l'entretient, on se refuse presque à s’en débarrasser parce qu’après tout, tenter d’avancer, c’est aller vers l’inconnu, et ça, c’est terrifiant. BoJack cultive sa dépression comme un trait de caractère, portant le cynisme et la mélancolie comme un étendard.

Le rire n'est pas l'antidote

Sa routine, celle qui lui pèse tant, sa gloire passée, qui est un boulet qu'il traîne au pied, son rejet des autres, sont manifestes dès le générique. Il y navigue, tel un somnambule, pour finir au beau milieu de sa piscine, seul dans sa luxueuse baraque, à flanc de colline et isolée de tout.

Tout ce qui contribue à l'enterrer un peu plus dans la dépression, BoJack le cultive. Volontairement solitaire, il refuse de s'ouvrir même à sa meilleure alliée, Diane, sa biographe. La perspective d'une amitié lui est insupportable. Parmi son entourage, certains l'ont bien compris et refusent de le laisser se complaire dans ce cynisme permanent.

Il veut souffrir en silence ? Bien ! Diane ne l'épargne pas. Elle ne lui ment pas non plus et ne lui dira jamais qu'il est une bonne personne. Pourtant, quand la carapace se fissure, la comédie qui nous fait rire de son malêtre devient un crève-cœur.

"See, people respond to the flawed portrait I painted of you. They see themselves in it." ("Tu vois, les gens répondent à ce portrait peu flatteur que j'ai fait de toi. Ils se voient en toi") lui dit Diane au sujet de la biographie qu'elle a écrite.

Cette cruelle satire qui cloue au pilori le culte de la célébrité et sa toxicité sur nos vies, est finalement d'une délicate empathie pour son héros dépressif, en dépit de ses travers. Et pour ne rien gâcher, ce triste sire nous fait quand même bien marrer.

BoJack Horseman, dont la saison 3 est disponible depuis aujourd'hui sur Netflix, vient d'être renouvelée pour une saison 4.