Le créateur de BoJack Horseman revient sur le manque de diversité dans sa série

En plus d’un casting voix entièrement blanc, des fans lui ont reproché de ne pas avoir choisi d’actrice asiatique pour interpréter Diane.

© Netflix

Dans une longue interview accordée à Uproxx, Raphael Bob-Waksberg, le créateur de la série animée de Netflix BoJack Horseman, revient sur son choix de caster Alison Brie pour doubler Diane Nguyen, et explique pourquoi, si c’était à refaire, il préférerait confier ce rôle à une femme asiatique.

Évacuons tout de suite les remarques mesquines qui tomberont inévitablement à la lecture de ces quelques lignes : oui, c’est une série d’animation avec pour héros un cheval, et non, les acteurs et actrices ne sont pas visibles à l’écran. Alors pourquoi, vous demandez-vous, en fait-on tout un plat ? Parce que la visibilité des minorités, ça ne se joue pas que devant la caméra.

Parce qu’on est prompt à mépriser ce genre de considérations quand on n’est pas concerné·e, le sujet est facile à ignorer. Le showrunner de BoJack Horseman reconnaît qu’en étant un homme blanc, dans une position privilégiée, il a longtemps refusé de voir les discriminations d’un milieu, et n’a rien fait pour rétablir l’équilibre quand il en avait l’occasion (et les moyens).

Aussi, quand des fans ont demandé des comptes à Raphael Bob-Waksberg sur le fait que Diane, un personnage d’origine vietnamienne, était incarnée par Alison Brie, une actrice blanche, le créateur a fait son mea-culpa. C’est sur Twitter qu’il a, dans un premier temps, lancé sa réflexion sur le sujet :

"Pour faire court : j’adore tout mon cast, mais si je devais le refaire aujourd’hui, je ne me serais pas entièrement entouré de personnes blanches. Ignorer l’idée d’un casting ouvert à la diversité était surtout une excuse pour ne pas y prêter attention.

Twitter n’est pas le bon endroit pour se lancer dans une conversation nuancée sur le sujet, mais je serais heureux d’en discuter davantage en interview si on me le demande. Mais quasiment personne ne m’interroge là-dessus – probablement parce que la plupart de celles et ceux qui m’interviewent sont des fans de la série qui ne veulent pas me vexer (et aussi, parce qu’ils sont majoritairement blancs)."

© Netflix

Pour Uproxx, le showrunner se montre encore plus honnête. Pourquoi n’en a-t-il pas parlé plus tôt ?

"Peut-être parce que je suis lâche. Jusqu’à la semaine dernière, je me disais : 'Eh bien, si ça ne vient pas sur le tapis, on n’en parle pas' […] Pendant longtemps j’ai cru que ce n’était peut-être pas à moi de lancer la conversation. […]

Mais de plus en plus, je réalise que c’est ma série et que ce sont des décisions que j’ai prises, c’est donc de ma responsabilité d’en parler même si ça devient embarrassant pour moi… Je crois que ça mérite qu’on en parle et je pense que mon silence peut être vu comme un 'Il n’y a pas de problème ici', et je ne suis pas à l’aise avec cet état de fait."

L’ironie de l’histoire, c’est qu’à l’origine, Raphael Bob-Waksberg a créé le personnage de Diane Nguyen justement par souci de représentation. Quand Netflix a acheté sa série, au moment de trouver l’actrice parfaite pour le rôle, le showrunner admet : "J’étais excité et je ne comprenais pas que j’avais du pouvoir. Je n’ai pas eu le courage de dire : 'Non, il faut que ce soit une femme asiatique'".

Beaucoup de femmes blanches ont auditionné et c’est pourtant une femme asiatique qui a d’abord été retenue. L’actrice, qui a enregistré quatre épisodes, a finalement dû renoncer puisqu’elle était prise sur une autre série. C’est à ce moment-là qu’Alison Brie est entrée en scène. Et bien entendu, Raphael Bob-Waksberg ne regrette pas de l’avoir dans ses rangs. Il exprime juste ses regrets quant au manque d’inclusivité de son casting.

Il est très rare qu’un showrunner fasse à ce point son autocritique sur le sujet du racisme ordinaire, et la démarche du créateur de BoJack Horseman n’est pas simplement un mea-culpa, c’est un progrès, une main tendue vers plus de représentation des minorités dans les séries.