En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Les fans de Breaking Bad ne peuvent pas rater la saison 3 de Better Call Saul

La saison 2 avait réintroduit Hector Salamanca, la saison 3 nous a offert son pire ennemi, Gus Fring, tandis que Jimmy McGill se rapproche dangereusement de son alter ego Saul Goodman. 

better-feat

Il est conseillé d’être à jour sur la série avant de poursuivre la lecture de cet article.

Comment réussir son spin-off en 10 leçons ? Vince Gilligan pourra bientôt animer une conférence TED qui intéressera autant les journalistes que les showrunners ou les chaînes friandes du concept. Les sceptiques, ceux qui "ne sont pas rentrés dedans", pourront toujours arguer du fait que la première saison, assez lente, les a perdus. Et que BCS n’est qu’un lointain écho de la splendeur de Breaking Bad. Ils ont tort depuis le début mais encore plus en saison 3, où l’équilibre entre indépendance et interdépendance avec le show d’origine est particulièrement maîtrisé.

Previously on Breaking Bad

L’arrivée du fameux businessman/mafieux Gus Fring et son iconique fast-food Los Pollos Hermanos fera forcément frissonner tout fan de la culte Breaking Bad. Sa première apparition, maligne, a lieu dans son restaurant alors que Jimmy est en mission d’observation pour Mike. C’est avec un sourire en coin que l’on savoure les premières rencontres entre Fring, Mike, Salamanca… Les alliances se forment, les inimitiés commencent à éclater.

Et que c’est jouissif d’assister aux échanges entre le placide et en apparence docile Fring et le vieux parrain irascible et impitoyable Salamanca, personnifiés par deux grands acteurs, Giancarlo Esposito et Mark Margolis. Chez Vince Gilligan, les mafieux sont terriblement humains. L’un ne supporte pas le manque de respect de l’autre, quand l’autre ne peut répondre que par la haine face à un concurrent qui menace de détruire tout ce qu’il a construit.

Abel et Caïn

La dernière scène de Chuck et Jimmy dans la saison 3 de Better Call Saul (©️AMC).

La dernière scène de Chuck et Jimmy dans la saison 3 de Better Call Saul. (©️ AMC)

Si Better Call Saul ressemble de plus en plus à Breaking Bad, la série ne perd pas pour autant son essence. Au-delà du plaisir de retrouver des têtes connues (la secrétaire de Saul, Francesca ; l’homme de main de Gus, Victor, qui finira bien mal ; la mafieuse-businesswoman Lydia Rodarte-Quayle ; le parrain Juan Bolsa du cartel de Juárez…), le show n’oublie pas le plus important : nous raconter comment Jimmy McGill est devenu Saul Goodman. On se doutait bien que son orageuse relation avec son frère Chuck (Michael McKean) n’y était pas pour rien : cette saison nous en donne l’éclatante confirmation. L’écriture fine de Gilligan rend cette relation complexe absolument tragique.

Il devient tout simplement impossible de juger du degré de responsabilité de l’un ou l’autre dans ce fiasco. L’un est coupable de jalousie maladive façon Abel et Caïn (l’aîné tue le cadet car Dieu a préféré son offrande, Dieu étant ici représenté par la mère des deux hommes, qui réclamera Jimmy sur son lit de mort), d’intolérance, de ne pas savoir aimer, l’autre de manipulation, de cupidité et de maladresses aux conséquences désastreuses. La dernière scène de la saison entre les deux frères est à vous briser le cœur : "À quoi servent les remords ? À la fin, tu blesseras tous les gens autour de toi. Tu ne peux pas t’en empêcher. Alors, arrête de t’excuser et accepte-le. Assume-le", dit Chuck à Jimmy, précipitant (très) probablement son passage du côté obscur.

À la fin de la saison 3, pourtant, Jimmy est encore prêt à renoncer à une énorme prime (dans l’affaire Sandpiper) quand il réalise les dégâts qu’il a causés au sein d’un groupe de retraitées pour arriver à ses fins. Ce qui distingue Jimmy de Saul est bien le fait de ne plus éprouver de remords et de n’agir que pour son propre intérêt. Ce n’est pas encore le cas. L’un de ses points de repère moraux, Kim (Rhea Seehorn), n’y est pas pour rien. La trajectoire de ce personnage féminin attachant, qui réalise qu’elle est en plein burn-out après avoir failli perdre la vie, constitue aussi l’autre réussite de Better Call Saul, d’autant plus appréciable que BB manquait de protagonistes féminines fortes que l’on n’ait pas envie de claquer tous les deux épisodes (sorry Skyler…).

Il n’y a pas grand-chose à jeter dans cette excellente saison 3 – peut-être un peu trop de plans de Papi Mike en observation aux quatre coins d’Albuquerque (et encore, ça fait partie du personnage). Comme les deux précédentes livraisons, elle bénéficie d’un soin maniaque apporté à la réalisation. Certaines séquences, comme l’accident de Kim, aussi court que saisissant, nous rappellent clairement que c’est bien le papa de Breaking Bad qui est aux commandes. Comme toutes les bonnes choses ont une fin, et que je soupçonne Vince Gilligan d’être aussi control freak que Chuck, il reste probablement à Better Call Saul une ou deux saisons maximum pour atteindre son apogée, et doucement nous amener vers le destin de Gene, manager dans un Cinnabon à Omaha et couverture de Jimmy après les événements de Breaking Bad. It’s all good, man.