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Si vous aimez Buffy, vous aimerez sa digne héritière, Wynonna Earp

Buffy peut se targuer d’avoir influencé toute une flopée de séries. Wynonna Earp s’inscrit directement dans cet héritage fait d’héroïnes badass, d’amitiés plus fortes que tout et de démons récalcitrants.

Librement adaptée des comics éponymes de Beau Smith, aux éditions IDW, Wynonna Earp a débarqué, en chair et en os, sur Syfy en 2016, sous la supervision d’Emily Andras (ex-showrunneuse de la série canadienne Lost Girl). Ses aventures sur papier, elles, ont commencé bien plus tôt, il y a vingt ans, période à laquelle une certaine tueuse de vampires du nom de Buffy avait la lourde tâche de sauver sa ville de Sunnydale, encore et encore, sur le petit écran. La série de Joss Whedon, par son statut de show culte, a vu naître de nombreux rejetons directement inspirés des aventures de la tueuse au grand cœur et au courage sans limite. Le geekdom et la critique spécialisée ont donc eu vite fait, en découvrant le destin de cette nouvelle héroïne qu’est Wynonna, de la sacrer digne héritière de Buffy.

Des héroïnes bien malgré elles

Avant de vous détailler, par le menu, toutes les qualités de Wynonna Earp, tentons d’abord de vous amadouer avec cet argument ultime : elle et Buffy contre les Vampires ont beaucoup de points communs ! Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard. Comme on le disait plus haut, la série de Joss Whedon en a inspiré plein d’autres, mais c’est évidemment sa façon d’écrire son héroïne, plus que ses aventures, qui ont marqué Emily Andras, la showrunneuse de Wynonna Earp, comme elle le confie au Hollywood Reporter :

"S’il y a bien une chose que j’essaye de puiser dans Buffy, plus que tout, c’est qu’en dehors de son humour versé dans l’ironie et son petit budget, c’était vraiment une série sur le fait d’être une femme dans le monde moderne, et comment se frayer un chemin et se construire sa propre famille."

La tueuse de Sunnydale laisse ici place à l’héritière Earp, descendante de la plus célèbre gâchette de l’ouest, Wyatt Earp. Notre héroïne qui s’était exilée depuis la mort de son père, revient sur ses terres, à Purgatory. À son arrivée, tandis qu’elle franchit la limite invisible du Ghost River Triangle le jour de son 27e anniversaire, elle déclenche la malédiction qui pèse sur sa famille depuis plus de cent ans : à chaque génération, il incombe à un membre des Earp de renvoyer en enfer tous les démons de Purgatory, grâce au revolver Peacemaker. Voilà qui rappelle effectivement quelque chose. Les mots d’introduction de Buffy résonnent encore : "À chaque génération, il y a une élue. Seule, elle devra affronter les vampires, les démons et les forces de l’ombre. Elle est la Tueuse."

Comme elle, Wynonna se retrouve avec la lourde tâche de protéger sa ville du Mal. Plutôt réticente à assumer ce genre de responsabilités, elle va s’apercevoir que c’est sans doute la seule chose à laquelle elle excelle. Cette malédiction va lui permettre de se révéler, de faire émerger l’héroïne qu’elle est au fond d’elle. Celle qui va le plus réveiller cet instinct de protection chez elle, c’est Waverly (Dominique Provost-Chalkley), sa petite sœur. Elle est à la fois la Dawn de Buffy, mais aussi sa Willow. Une frangine pas si fragile qui va avoir un rôle majeur dans les événements de la série. Pom-pom girl loin des stéréotypes, Waverly est pétillante, positive, brillante, férue d’histoire et en particulier de celle de ses ancêtres. À Purgatory, si Wynonna fait un peu figure de mouton noir, Waverly est la chouchoute, toujours prête à aider son prochain.

Son personnage est aussi l’un des préférés du fandom de la série, car comme Willow, celle que l’on avait d’abord casée avec le beau gosse et benêt du village, va faire la rencontre qui va changer sa vie : l’adjointe du shérif Nicole Haught (Katherine Barrell). Les deux vont alors rapidement tomber amoureuses et devenir les Wayhaught, le nom donné par les fans (les Earpers) à ce joli petit couple. Mais ici, pas question de tomber dans le trope de la dead Lesbian !

Autre similarité avec Buffy, comme le rappelait Emily Andras plus haut, c’est l’humour grinçant. Wynonna, incarnée à merveille par Melanie Scrofano, a des répliques particulièrement jouissives et incisives. Un vrai régal ! La "crazy chick with a gun" jure comme un charretier – dans la limite de ce que peut tolérer une chaîne comme Syfy, bien sûr, mais comptez sur elle pour trouver des moyens détournés, et fleuris, pour insulter les démons. Le Ghost River Triangle, où les démons, nommés Revenants, sont condamnés à errer en attendant que notre héroïne les renvoie d’où ils viennent, est un peu l’équivalent "earpien" de la Bouche de l’enfer de Buffy.

Et comme elle, notre Wynonna a un penchant pour les mecs beaucoup, beaucoup plus vieux qu’elle. La reine du campus vivait son premier grand amour avec Angel, un vampire de 300 ans. Pour Wynonna, c’est un ancien pote de Wyatt Earp, John Henry Holliday, dit "Doc" (Tim Rozon). Celui-ci est un petit jeunot à côté d’Angel, puisqu’il n’est âgé que de 130 ans (environ hein, il a arrêté de compter depuis belle lurette).

Sa petite bande n’est d’ailleurs pas si éloignée que cela du Scooby Gang, entre son héroïne improbable mais vaillante, une petite sœur qui a autant de culture que de charme, un roi de la gâchette vieux de plus d’un siècle et aux usages d’un autre temps, une flic cartésienne (au début) et dévouée, et le dernier, qu’on ne vous a pas encore présenté : Dolls (Shamier Anderson), un agent de la Black Badge Division, une organisation mystérieuse qui enquête sur les phénomènes paranormaux. Dolls sera un mentor, un garde-fou pour Wynonna qui a des méthodes pas toujours très réglementaires, mais aussi un personnage qui a plein de secrets… Cette petite tribu concentre à elle seule toutes les richesses de la série. Des qualités qu’elle ne doit, cette fois-ci, qu’à elle-même, et à son écriture fine, drôle, pêchue et pleine de tendresse pour ses personnages.

Wynonna Earp, l’héroïne qu’on mérite

Contrairement à Buffy, Wynonna Earp n’est pas une métaphore de l’adolescence… elle est ce qui vient après. Quand les responsabilités de la vie d’adulte nous tombent dessus alors qu’on préférerait creuser un trou bien profond pour les y enfouir. Notre héroïne malgré elle n’était pas taillée pour ce qui l’attendait en remettant les pieds à Purgatory. Hériter de cette malédiction, c’est trop pour elle. Pour couronner le tout, elle se trimballe une bonne dose de culpabilité : persuadée, depuis qu’elle est petite, d’avoir tué son père quand leur maison a été attaquée par des Revenants. Enfin, elle doit renouer avec sa petite sœur, Waverly, qu’elle a quittée sans se retourner il y a fort longtemps. Mais la choupette en chef ayant un cœur gros comme ça, elle pardonnera vite à sa frangine d’être partie.

Bref, Wynonna Earp, c’est d’abord l’histoire d’une tribu, qu’il s’agisse de sa famille de sang ou de cœur. Et le poids de l’héritage et le devoir de la préserver, une tâche qui incombe traditionnellement aux hommes dans la littérature notamment, est donc confié à Wynonna qui est, en apparence, la moins indiquée pour le job. Notre héroïne effrontée fait face à chaque obstacle avec force, courage, et des punchlines qui, à l’instar de Peacemaker, font mouche à chaque fois.

La série a su créer une héroïne badass, mais aussi des personnages de femmes (les vraies stars de la série) attachantes, déterminées, indépendantes, drôles, sensibles, têtues, téméraires… Bref, en trois dimensions et pas stéréotypées pour un sou. Elles sont des modèles, certes qui ont des failles – Wynonna se traîne une ribambelle de casseroles et de mauvaises décisions, mais elle assume tout ! –, mais des modèles quand même. Ne cherchez pas, elle passe le Beschdel Test haut la main ! Et on lui décerne sans sourciller la médaille de "série féministe". Wynonna Earp, c’est un peu l’héroïne que l’on mérite, en 2017, a fortiori quand on a grandi avec Buffy.