Cheap mais engagé, le reboot de Charmed est une bonne surprise

Fustigé depuis sa mise en chantier du côté de la CW, ce Charmed 2.0 met toutes les chances de son côté pour devenir notre plaisir (très) coupable.

© The CW

Le reboot le plus redouté de cette rentrée est enfin là. Il s’appelle Charmed, comme l’œuvre originelle sur laquelle il se base, et il était attendu au tournant par une horde de fans hardcore qui auraient préféré que ce projet ne voie jamais la lumière du jour. Pourtant, faisant fi de cette foule récalcitrante, la CW – à savoir la chaîne qui diffuse entre autres Riverdale et tout l’Arrowverse – a pris la décision de commander une saison complète, laquelle vient de démarrer ce dimanche 14 octobre. Alors, les craintes des adorateurs des sœurs Halliwell étaient-elles fondées ? Plutôt, oui.

Plusieurs mois près la mort énigmatique de leur mère, Mel, une étudiante en histoires des femmes, et Maggie, une première année décidée à rejoindre une sororité, découvrent non seulement qu’elles ont une demi-sœur cachée, Macy, mais surtout qu’elles sont des sorcières. De la même façon que les Halliwell dans le Charmed du début des années 2000, ce nouveau trio d’ensorceleuses devra concilier une vie "normale" avec leurs aptitudes hors du commun et les démons qui veulent les éradiquer de la surface de la Terre. Bref, la routine quoi.

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Pour beaucoup en France, Charmed est la madeleine de Proust d’une génération dopée à la fameuse (et regrettée) Trilogie du samedi, aux côtés de fictions comme Dark Angel ou Roswell. Et pour cette raison unique, par pure nostalgie, ces séries-là sont petit à petit devenues intouchables car, évidemment, personne ne veut qu’on vienne entacher son enfance tant chérie. Que les séries en question soient de bonne facture ou non, d’ailleurs. Et dans le cas de Charmed, avouons-le, on était quand même très loin d’un chef-d’œuvre en puissance.

Alors oui, on passait toujours un bon moment à suivre les frasques surnaturelles du trio Halliwell, nos yeux rivés devant M6. Mais, aussi bien au niveau du scénario que de la réalisation, ça n’a jamais volé très haut. On peut encore passer sur les effets spéciaux, qui n’étaient pas encore aussi évolués qu’aujourd’hui à l’époque. Quant au reste, il n’y a pas vraiment d’excuses. J’ai beau avoir adoré Charmed et collectionné moult posters de la série durant mon adolescence, il faut reconnaître que le premier Charmed ne véhiculait pas grand-chose, au-delà de son postulat de base très girl power.

À l’inverse, son reboot s’ancre au maximum dans notre contexte contemporain, soit une ère post-Weinstein, et le fait avec absolument aucune subtilité. Le personnage de Mel, une activiste féministe et ouvertement lesbienne, proteste pour placer un agresseur sexuel présumé sous les verrous tout en rappelant à de jeunes étudiant·e·s l’importance du consentement. Là où certaines séries sont féministes sans pour autant s’autoproclamer comme tel, ce Charmed de 2018 prend le contre-pied, en fait des tonnes et s’impose comme une incarnation du Féminisme pour les nuls. Oui, c’est un peu redondant par moments, mais nécessaire et bienvenu quand on connaît la cible jeune du network sur lequel est diffusée la série.

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Au-delà de ça, le nouveau Charmed est aussi efficace que sa prédécesseure, avec la même tonalité fun et décomplexée qui lui aura permis de durer huit saisons. Les actrices, sans être transcendantes, délivrent des prestations louables et l’alchimie entre elles fonctionne. Et ça, c’était un peu le credo de l’original, qui tenait la route principalement grâce aux interactions entre Prue, Piper, Phoebe et Paige. Les pouvoirs des sœurs Vera sont quasi similaires à ceux de ces dernières, si ce n’est que Maggie – soit l’équivalent de Phoebe – possède le don de télépathie plutôt que de prémonition.

Là où ça pèche un peu, c’est au niveau des effets spéciaux. Dans le pilote, nos nouvelles sorcières doivent faire face à un démon qui se nourrit des âmes des jeunes femmes – une belle métaphore sur les prédateurs sexuels affichés grâce à #MeToo – et qui prend l’apparence d’un Marcheur blanc façon Game of Thrones… en version discount, puisque le budget de HBO n’est pas au rendez-vous. Pour le coup, on est toujours dans la droite lignée du Charmed originel.

Au bout du compte, le Charmed 2.0 a tout d’un plaisir coupable. On sent la volonté de Jennie Snyder Urman (Jane the Virgin), la showrunneuse, de faire de ce reboot une version progressiste de la série mère, avec un propos féministe et beaucoup de légèreté dans son approche. C’est un peu bancal dans l’ensemble mais le visionnage de ce pilote était mine de rien plaisant, en dépit des effets spéciaux risibles qui piquent les yeux. Mais au fond, faire de ce reboot une œuvre de série B était peut-être volontaire. Une chose est sûre : si vous avez aimé le premier Charmed, il n’y a pas de raison que vous n’aimiez pas sa version 2018.

Charmed est diffusée chaque semaine sur la CW aux States, et reste inédite en France.