Crisis on Earth X est le super-crossover fun et explosif qu’on attendait

Quatre épisodes pour rassembler une flopée de super-héros, poser un enjeu à la hauteur de leurs talents et ne négliger personne : challenge accepted !

© The CW

Rassembler quatre univers distincts dans un méga crossover, c’est un défi auquel la télé se risque peu. Et pour cause, c’est un casse-tête sans nom. Le cinéma s’y essaye depuis quelques années avec les Avengers de Marvel, et la première tentative de DC, avec la Justice League, s’est soldée par un résultat mitigé. La CW n’a jamais eu froid aux yeux. Après tout, son slogan est "Dare to defy". La chaîne et le studio WB ont donc osé défier les dieux de l’audimat en rassemblant, une nouvelle fois à l’écran, leurs quatre séries DC – Supergirl, Arrow, The Flash et Legends of Tomorrow – dans un crossover étalé sur quatre épisodes et sur deux soirées. Mis bout à bout, c’est trois heures de pur divertissement, fun, explosif, avec de gros enjeux et de belles émotions. Rien que ça.

Un concentré d’héroïsme positif

Est-ce que tout était parfait dans Crisis on Earth X ? Bien sûr que non. Mais les défauts de ce crossover ne sont rien comparés au spectacle qu’il nous a offert. Séparément, ces séries ont su trouver leur public mais peuvent facilement lasser. Arrow a très rapidement atteint ses limites, The Flash tire toujours sur les mêmes cordes sentimentales, Legends of Tomorrow est souvent trop cheap pour qu’on la prenne au sérieux et Supergirl a bien eu du mal à se faire un nom dans l’écurie DC du network (et pour cause, elle a d’abord été diffusée sur la chaîne pour vieux Républicains CBS).

Mais ces imperfections sont aussi les marqueurs d’une véritable culture commune à ces quatre séries. Chacune est, à sa façon, un concentré d’héroïsme positif et le règne des bons sentiments (même Arrow, la plus dark des quatre, n’échappe pas à la règle). Avec leurs budgets relativement serrés, elles assument leur côté un tantinet factice, et mettent le paquet sur les scènes un peu cheesy, réconfortantes, où leurs protagonistes, doués de superpouvoirs ou non, font preuve d’un courage exemplaire et véhiculent de belles valeurs. C’est tout ce qu’on leur demande, elles le savent et c’est exactement ce qu’elles nous offrent.

Crisis on Earth X est une synthèse de cela, et bien plus encore. Et puisqu’il faut bien en passer par là, comparé au précédent crossover, Invasion, il s’en tire avec les honneurs. On ne peut qu’apprécier le fait que les scénaristes aient retenu la leçon des erreurs de cet autre super-épisode. Le premier reproche qu’on faisait à Invasion, et qui a été magistralement balayé ici, c’est l’utilisation maladroite d’un personnage en particulier. Supergirl est un fardeau pour ces super-réunions, a fortiori parce que, parmi les justiciers, tout le monde n’a pas de superpouvoirs.

La "Girl of Steel", et son statut de déesse sur Terre, fait aussi d’elle une alliée omnipotente, et donc un problème majeur pour les scénaristes. Potentiellement, n’importe quelle menace peut être vaincue par l’héroïne en un claquement de doigts. Difficile d’imaginer un péril suffisamment grand pour justifier la présence de tous ces super-héros se battant contre un même ennemi. C’est ce dont a souffert, entre autres, Invasion, obligé de tenir Supergirl à l’écart, au mépris du bon sens.

© The CW

Les méchants convoitent ce qu’elle a de plus cher, son plus grand pouvoir aussi : son cœur. Oui, c’est cucul, mais c’est aussi là que réside la magie de ces séries (en particulier The Flash et Supergirl). Melissa Benoist donne une belle dimension à sa version maléfique et, contrairement à Stephen Amell, montre aussi qu’elle peut faire exister n’importe quel personnage et le rendre immédiatement crédible. Les bons sentiments, ce n’est pas un gros mot et ça donne même de chouettes moments sériels.

Hélas, on vit dans une époque cynique où il est de bon ton de dénigrer ce genre de fictions pour oser coexister avec des chefs-d’œuvre bien trop cool pour partager le même bac à sable. Cet argument de hater est un peu léger, surtout que l’offre pléthorique d’aujourd’hui permet précisément à ces séries d’exister dans un même espace-temps. Sans compter que celles-ci sont souvent teintées de préjugés… Des préjugés qu’ont surtout celles et ceux qui ne connaissent pas suffisamment le paysage sériel pour émettre la moindre observation valide.

It’s okay to punch a nazi

Crisis on Earth X, à la différence d’Invasion, a surtout trouvé un ennemi à combattre qui mettra tout le monde d’accord (ou au moins, le plus grand nombre) : des nazis. Le méchant ultime, le spectre d’un mal bien réel, d’autant plus palpable depuis que Trump et sa présidence ont décomplexé la parole raciste, sexiste, antisémite et homophobe. Car sur cette Terre X, Hitler a gagné la guerre et son règne de terreur s’est perpétué, d’un führer à l’autre, jusqu’à nos jours. Dans les camps, on enferme et extermine les juifs, les gays, les personnes de couleur et toutes celles et ceux qui s’opposent au régime.

Cet épisode s’en donne à cœur joie pour rappeler que, oui, "it’s okay to punch a nazi", comme le faisait Captain America avec Hitler sur sa couverture de 1941. À sa façon, Crisis on Earth X est cathartique pour les fans et agit comme un vrai défouloir avec ses scènes de fights XXL en faux plan-séquence. Certes, les deux grosses batailles manquaient un peu de panache, malgré toute l’énergie déployée. Le tout se résumant, peu ou prou pour la dernière, à une bande de gentils héros cognant sur de méchants nazis.

© The CW

Pour autant, ce crossover a vraiment réglé les problèmes d’équilibre qui entravaient le précédent, en donnant, à chacun de ses héros, la place pour des intrigues individuelles et prolonger ainsi, dans ces quatre épisodes, leurs univers respectifs. Alex rumine encore sa rupture avec Maggie, Felicity n’a pas vraiment envie de se marier avec Oliver, arguant que leurs dernières fiançailles ont fini en désastre, et le duo Firestorm touche enfin du doigt la séparation dont rêvait le Dr. Stein. Pour un crossover pourtant surpeuplé, Crisis on Earth X gère donc beaucoup mieux sa flopée de héros et d’héroïnes. Tout est savamment distillé et chaque action est justifiée, apportant son lot de conséquences.

Même si on peut déplorer la décision de Barry de laisser filer son ennemi juré, Eobard Thawne, comme si les seuls choix qu’il avait étaient de le tuer ou de l’épargner par bonté d’âme. Heureusement, dans la plus pure tradition de la culture super-héros, à la fin, les méchants nazis sont vaincus, on enterre nos morts (un seul ici, en l’occurrence) dans une scène à haute teneur lacrymale, et on célèbre le courage, l’amour et l’amitié avant de se séparer pour partir, chacun de son côté, vers d’autres aventures. C’est la simplicité et ses schémas familiers, rassurants et divertissants, que l’on espérait voir dans ce méga crossover : challenge completed !