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Netflix : pour Dan Franck, "la série Marseille va être une vraie guerre psychologique"

On a rencontré Dan Franck, le scénariste choisi par Netflix pour écrire Marseille, la première série originale française de la plateforme américaine.

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Dans le milieu des scénaristes français, Dan Franck tient une place à part. Auteur de plusieurs romans, il évolue dans le métier depuis les années 90 et a su gagner la confiance des diffuseurs en signant plusieurs téléfilms, comme La dame de Berlin (1991) ou Jean Moulin (2002). Dans les années 2000, le scénariste a mué en showrunner tandis que les séries devenaient un produit de plus en plus demandé.

Après le succès international de la mini-série Carlos (un Golden Globes en 2011) diffusée sur Canal +, Dan Franck lance la série Les hommes de l'ombre sur France 2. Il écrit aussi Résistance en 2014 pour TF1 et La vie devant elles pour France 3. Puis Netflix lui fait confiance pour piloter sa première série française. Lors de notre passage sur le tournage de Marseille, nous avons pu nous entretenir avec le scénariste.

Biiinge | Comment avez-vous travaillé les lieux de Marseille, qui vont tenir une grande place dans la série ?

Dan Franck | Je me suis baladé partout à Marseille. J'ai été à la mairie, dans les cités, dans les mosquées. On a beaucoup tourné à la mairie, et dans une des cités les plus pauvres de France, Félix Pyat. C'est un lieu très pauvre mais assez magnifique. Dans la série, on va passer de la mairie aux quartiers. On a également tourné au Vélodrome, un lieu symbolique de Marseille, et au Vieux Port, qui est le cœur de la ville.

Quel était votre rapport avec cette ville ?

Je ne connaissais pas bien la ville. J'y suis beaucoup allé et je m'y suis attaché. Marseille a une personnalité inouïe. Elle n'est pas faite que de ce qu'on lit, et ne se résume pas à la violence. Il y a beaucoup de finesse. C'est très frappant la manière dont les Marseillais, quels qu'ils soient, aiment leur ville. Je n'aurais pas pu écrire Marseille ailleurs. C'est le personnage principal de la ville, celui par lequel tous les protagonistes se définissent.

"J'aimerais qu'une partie des Marseillais se reconnaissent dans la série."

Comment avez-vous appréhendé la vie politique marseillaise ?

J'ai rencontré le maire (Jean-Claude Gaudin, ndlr). La vie politique est assez complexe dans cette ville. J'ai souvent été obligé de reprendre certaines choses à l'écriture. On m'a dit "non, ça ne se passe pas comme ça". J'ai eu de très bons interlocuteurs pour m'aider. Je tiens beaucoup à ce que la série soit réaliste. J'aimerais qu'une partie des Marseillais se reconnaissent dedans. J'ai fait lire mon scénario ici, et les réactions ont été positives. J'espère qu'il n'y aura pas trop d'erreurs.

Quel ton allez-vous donner à Marseille ?

Cette série sera avant tout un thriller psychologique. Il y aura un peu de scènes d'action, nécessaires à l'évolution du scénario. Le but reste pour moi de décrire une violence psychologique très forte. J'aime utiliser le sujet de la politique et analyser ce qui tourne autour. Shakespeare parle aussi de politique : regardez Le Roi Lear. C'est une dramaturgie extraordinaire, mais ce qui compte, ce sont les personnages créés autour. Marseille sera une vraie guerre psychologique.

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Gérard Depardieu va incarner le maire de Marseille, un rôle quasiment écrit sur-mesure pour l'acteur.

En tant que showrunner à la française, quelles sont vos prérogatives sur la série ?

J'ai un contrat de showrunner, c'est-à-dire que je suis auteur et directeur artistique. Il faut comprendre que les showrunners n'ont pas les même attributions en France qu'aux États-Unis. Par exemple, les metteurs en scène sont plus libres en France. J'ai eu mon mot à dire sur le casting, mais dans un esprit de collaboration. Et de toute façon, on était tous d'accord sur Depardieu, Magimel...

J'avais vaguement Depardieu en tête mais on pensait qu'on ne l'aurait pas. Il a lu le texte, et ça l'a décidé. Le maire de Marseille est un personnage puissant, qui a une forte intériorité. En général, quand un acteur dit oui, il faut reprendre un peu le scénario pour l'adapter. Là, je n'ai rien eu à faire. Ce rôle était quasiment écrit sur-mesure pour lui.

"Avec Netflix, il y a une vraie efficacité américaine."

Vous travaillez avec Netflix, après avoir été scénariste pour Canal+, TF1, France 2... Sentez-vous une différence notable dans la façon de faire ?

C'est un peu pareil. La grande différence concerne la réactivité. J'envoie des textes le soir et on s'en reparle le lendemain. Il y a une vraie efficacité américaine. J'ai senti une solidarité générale et une façon de travailler plus participative. Cela existe aussi en France, mais le process est souvent beaucoup plus long.

Avec Netflix, le rythme des échanges est aussi plus soutenu. En France, vous travaillez en général avec les producteurs, qui se font les interprètes des diffuseurs. Ce n'est pas le cas ici. J'écris seul et vite. À un moment donné, il me manque le recul, donc c'est intéressant de partager mon travail avec Netflix.

Avez-vous déjà en tête une éventuelle saison 2 pour Marseille ?

On en parle, je développe quelques idées. Si je fais une deuxième saison, j'aimerais beaucoup diriger une équipe de scénaristes et travailler de façon plus collective. C'est difficile et contrairement à une idée répandue, on ne gagne pas en rapidité. J'ai écrit Marseille en six mois. Je ne pense pas qu'on ira plus vite avec une équipe. Mais c'est une autre manière de travailler et j'ai envie de transmettre mon savoir-faire à de jeunes scénaristes.