Daytime Divas : entre soap assumé et plaisir coupable jouissif

La drama queen Vanessa Williams (Ugly Betty) est de retour dans un rôle sur mesure, pile à temps pour la saison estivale.

© VH1

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Parfois, des séries sont tellement mauvaises qu’elles en deviendraient (presque) bonnes. La nouveauté estivale Daytime Divas, dotée d’intrigues convenues et d’une réalisation tout le contraire d’innovante, illustre à la perfection cet adage. Marchant dans les pas de Marc Cherry, alias le génie à qui l’on doit la cultissime Desperate Housewives et la regrettée Devious Maids, les sœurs Amy et Wendy Engelberg signent ici leur toute première série sur laquelle elles officient en tant que showrunneuses. Pour leur coup d’essai, le duo ne fait pas dans l’originalité, mais on ne va étrangement pas s’en plaindre.

Talk-show fictif au cœur de Daytime Divas, l’émission The Lunch Hour est l’occasion pour cinq femmes au caractère bien trempé de discuter librement devant des millions de téléspectateurs. Maxine, productrice et présentatrice du segment télé, compte sur ses collègues aux caractères diamétralement opposés pour faire grimper l’audimat. Il y a Kibby, idole des jeunes devenue junkie rêvant de redorer son image médiatique. Nina, la journaliste d’investigation ultrasérieuse qui se demande ce qu’elle fait là. Heather, la pieuse de service aux mœurs pas toujours très catholiques. Et enfin Mo, la quadra afro-américaine à la langue bien pendue qui convoite le poste de Maxine. En version courte, on tient là de jolis stéréotypes en puissance.

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Tandis qu’UnReal nous ouvrait les portes du monde impitoyable de la télé-réalité, Daytime Divas suit les mêmes traces avec une immersion dans la même sphère médiatique. En revanche, pas de bachelor ni de prétendantes en bikini. Ici, on est entraîné dans les coulisses d’un talk-show diffusé en plein milieu de journée, probablement visionné par des ménagères en quête d’excitation. Pourtant, la dose de drama est tout aussi conséquente tandis que les cinq animatrices collectionnent les crêpages de chignon, à l’antenne comme en coulisses.

Dès les premières minutes du pilote, des influences très soapesques se font sentir : Nina se tape le fils de sa boss dans son dos, Mo batifole avec un assistant de production qui va tenter de lui extorquer des faveurs, Kibby doit gérer sa mère indigne revenant dans sa vie pour lui quémander du fric. Les personnages sont nombreux dans le microcosme kitsch de Daytime Divas. Néanmoins, tous sont tellement stéréotypés et enfermés dans des cases qu’il est au bout du compte facile de les apprivoiser et d’identifier les liens qui les unissent. Autrement dit, la série prend souvent des airs des Feux de l’amour, à la différence près que la façon de filmer est (légèrement) moins bâclée.

En dépit de ses intrigues déjà vues et revues, la série compte quelques points positifs qui donnent bon espoir pour la suite. Loin de la frivolité des innombrables coucheries auxquelles on risque d’avoir droit cette saison, Daytime Divas surprend avec les prémisses d’une storyline prometteuse, celle de Heather. Mère de famille exemplaire aux yeux de tous, l’animatrice présente une dualité intéressante, devant composer avec ses principes religieux pour apprendre à accepter son jeune fils transgenre. Des efforts que ne semble pas vouloir entreprendre son mari. Il est d’ailleurs suggéré que ce dernier lève la main sur Heather. Après visionnage de ce pilote, le show n’est peut-être pas le mieux placé pour traiter de violences conjugales, mais cette tentative est au moins honorable.

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Vous l’aurez compris, il se passe beaucoup de choses en une quarantaine de minutes. Le rythme de Daytime Divas est indubitablement maîtrisé et cet épisode inaugural passe à une vitesse éclair. Si le show ne sera jamais un modèle de women’s empowerment avec ses protagonistes féminines qui se tirent incessamment dans les pattes, il peut au moins se targuer de passer le Bechdel Test haut la main. En revanche, la série pèche sur bien d’autres aspects : une mise en scène cheap, des plans peu élaborés, des storylines usées jusqu’à la corde. Contrairement à Desperate Housewives qui s’armait d’un ton méta efficace, Daytime Divas baisse les bras d’avance et n’essaie même pas d’insuffler un zeste d’originalité.

Diffusé sur VH1 aux États-Unis, le show des sœurs Engelberg reste en cohérence complète avec la ligne de la chaîne, à qui l’on doit entre autres les tout aussi kitsch Single Ladies et Hit the Floor. Là où UnReal opte pour un regard acéré sur les coulisses de la télé-réalité, Daytime Divas fait dans la légèreté et n’a pas autant de mordant. Il n’empêche que la série est un divertissement louable. Comprenez par là qu’outre son absence totale de prise de risques, Daytime Divas est bien partie pour devenir notre plaisir coupable de l’été. À condition de revoir ses attentes à la baisse. Vraiment, vraiment à la baisse.

De l’autre côté de l’Atlantique, la série est proposée depuis le 5 juin dernier sur VH1.