Pourquoi The Walking Dead ne survivra pas au départ d’Andrew Lincoln

Sans le shérif, la série zombiesque va continuer à se décomposer comme ses morts-vivants.

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La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le monde des séries, pourtant plutôt calme en début de période estivale : Andrew Lincoln quittera The Walking Dead au cours de la saison 9. Si l’annonce de son départ n’a pas encore été officialisée par l’intéressé ou AMC, Norman Reedus et le réalisateur Michael E. Satrazemis l’ont plus ou moins confirmé à travers des posts touchants sur les réseaux sociaux. On imagine que la chaîne retournera cette affaire à son avantage, notamment en basant la campagne publicitaire de la saison 9 sur la mort de Rick et en créant le buzz autour de cet événement, comme avec le "Am, stram, gram" de Negan.

Pour les fans, le plus dur à encaisser dans ce départ est d’en accepter les raisons. Cette fois, impossible de renvoyer la faute sur un ponte d’AMC ou l’homme considéré par beaucoup comme le Judas de la série, Scott M. Gimple. La décision de quitter The Walking Dead appartient à Andrew Lincoln seul, qui ne veut plus quitter sa famille chaque année pendant des mois à cause du tournage du show. Ce dernier se déroule à Atlanta tandis que les proches de l’acteur vivent en Angleterre, son pays d’origine. De plus, on imagine que derrière ce choix se cache une envie de passer à autre chose, peut-être de retourner sur le grand écran, même s’il s’agit uniquement de suppositions.

En attendant, la frustration et les interrogations grandissent chez les fans de la série. The Walking Dead, déjà bien mal en point depuis deux saisons selon les critiques et les audiences, pourra-t-elle survivre au départ de son leader ? Des rumeurs insistantes annoncent la reprise du flambeau par Norman Reedus, avec un juteux contrat de 20 millions de dollars à la clé, étalés sur plusieurs saisons. Pour Biiinge, cette bouée de sauvetage n’empêchera pas le navire amiral de couler et les survivants de s’égarer dans des intrigues toujours plus monotones et rébarbatives.

Un effet boule de neige ?

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Depuis l’éviction controversée de Chandler Riggs en saison 8, dont les parents étaient apparemment en conflit avec Scott M. Gimple, les tares s’accumulent pour The Walking Dead. Pendant ce temps, Lauren Cohan tentait d’obtenir un salaire juste et équivalent à celui de ses homologues masculins, elle qui forme la sainte Trinité des personnages principaux avec Rick et Daryl. L’actrice n’a pas eu gain de cause et a donc logiquement préféré s’éloigner de la série pour devenir la star de Whiskey Cavalier et faire avancer sa carrière.

Si on ajoute les départs de Steven Yeun et Michael Cudlitz dans l’équation, certes justifiés par le scénario, on commence à se dire qu’Andrew Lincoln a baissé les bras. Après tout, l’acteur a vécu The Walking Dead sous le règne de quatre showrunners différents et est présent depuis huit ans dans cette grande famille. Les départs successifs de ses camarades l’ont peut-être touché plus profondément qu’on pouvait l’imaginer, notamment avec Chandler Riggs qu’il a vu grandir.

À la suite du drame, la fan base de la série a réagi en masse. Comme le rapporte cette compilation de réclamations rassemblées par Forbes, c’est d’abord la colère des aficionados qui a éclaté. La plupart d’entre eux font la promesse de ne plus regarder TWD sans la présence de l’acteur, qui est clairement l’âme du show et le point d’ancrage du spectateur dans l’univers depuis 2010. D’autres ont lancé une pétition pour réclamer le retour d’Andrew Lincoln en échange de leur fidélité. Fidélité dont auraient bien besoin les scores du show quand on voit les chutes d’audience dramatiques depuis la saison 5…

En roue libre par rapport aux comics

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Même si le tout-puissant Robert Kirkman est toujours consultant sur le scénario, ce n’est un secret pour personne et encore moins pour les lecteurs : la série a toujours pris de (très) grandes libertés avec les comics. Si cela permet aux équipes du show de s’exprimer créativement, il y a aussi le risque de perdre l’âme de l’œuvre originale. La mort de Rick irait dans ce sens bien que le shérif passe au second plan après l’arc des Sauveurs.

En effet, dans les comics, Carl prend le lead tandis que Negan tient un rôle important. Or, on connaît désormais le destin tragique des derniers Grimes de la série et aucun personnage ne semble capable de prendre les rênes. Ce n’est pas tant une question de charisme des acteurs, ces derniers ayant toujours eu une vraie gueule de survivant dans la série, mais encore une fois d’écriture. Carol tourne en rond, Ezekiel n’a jamais été vraiment exploité et les scénaristes sont parvenus à rendre Daryl détestable et complètement unilatéral en saison 8.

Reste le cas de Michonne, campée par Danai Gurira. La sabreuse émérite a été promue à un rôle surprenant en devenant le nouveau love interest de Rick ces dernières saisons (prenant ainsi la place d’Andrea dans les comics). Comme ceux de ses camarades, son contrat arrive à terme cette année et le succès de Black Panther et du personnage d’Okoye pourrait lui donner envie d’aller voir. Ajoutons à cela le départ de ses camarades et on comprendrait son souhait de quitter la famille zombiesque avant qu’elle n’implose, pour les mêmes raisons qu’Andrew Lincoln.

Savoir s’arrêter

C’est un peu le refrain récurrent des détracteurs de The Walking Dead. Contrairement à Game of Thrones, qui a une date de fin et des audiences en hausse à l’approche du spectacle final, la série zombiesque pourrait durer une éternité et mourir sans un brin d’étincelles. AMC ne veut pas se séparer de son show phare, programme du câble américain le plus puissant du dimanche soir sur la cible des 18-45 ans. C’est regrettable tant la mort de Rick aurait pu sonner le glas du show, mais pourquoi pas d’une belle façon, surtout avec la conclusion parfaite proposée par Andrew Lincoln pour le shérif, emplie d’une poésie macabre.

Par le passé, d’autres séries ont fait face à ce dilemme. C’est le cas de The Office, qui a persévéré pendant deux saisons malgré le départ de Steve Carell. Greg Daniels et Stephen Merchant ont tenté de surmonter la chose à l’aide de guest-stars prestigieux comme Idris Elba et Will Ferrell, mais les deux dernières saisons ont plus terni la renommée de la sitcom qu’autre chose. Du côté des autres chaînes, les fils de Ragnar (Travis Fimmel) ont du mal à convaincre les amoureux du roi des Vikings depuis sa mort, tandis qu’on verrait mal le clan Shelby (Cillian Murphy) prospérer sans Tommy et que le parc de Westworld nous paraîtrait moins attrayant sans Dolores (Evan Rachel Wood).

The Walking Dead est à l’aube d’une nouvelle ère qui, après neuf saisons entre grandeur et décadence, ferait peut-être mieux de ne pas voir le jour. Si un personnage ne définit pas une série, une série ne se définit pas sans un leader. Rick faisait partie des derniers antihéros charismatiques de la décennie actuelle et il serait bien dommage de gâcher sa légende, digne de celles de Tony Soprano, Don Draper et Heisenberg. Autant de personnages qui ont permis au petit écran de devenir un art à part entière. AMC, laissez mourir The Walking Dead avant qu’elle se zombifie et parte pourrir au fond d’un puits sans fond.