De l'Exorciste à Coraline, toutes les références creepy de l’épisode d’Halloween des Simpson

Les Treehouse of Horror, ces épisodes spéciaux d’Halloween, sont une institution chez Les Simpson, et comme le veut la tradition, celui-là se permet quelques références cultes.

Il y a deux choses à savoir sur les Treehouse of Horror des Simpson : d’abord, ils comportent généralement trois segments distincts. Mais aussi, ils ne sont pas canoniques. Donc, en gros, ce qu’il se passe à Springfield pendant Halloween ne revient jamais hanter ses habitants dans les épisodes suivants. Pas de conséquences, rien de définitif. Raison de plus pour se lâcher.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’épisode s’ouvre sur une séquence prégénérique, en 3D, où la famille Simpson est transformée en sucreries pour Halloween, attendant impatiemment dans un saladier qu’on les choisisse. On n’échappe pas à quelques jeux de mots avec les marques de bonbons, qui parleront surtout aux spectateurs américains, comme Barterfinger au lieu de Butterfinger. Mais la référence la plus flagrante, c’est lorsque Lisa, transformée en pomme, regrette que personne ne veuille la manger. Parce que c’est un fruit ? Non, selon elle, c’est parce que les enfants pensent qu’elle cache une lame de rasoir.

Il s’agit là d’une vieille légende urbaine, remontant aux années 1960 et 1970. Durant ces décennies, des rumeurs ont commencé à circuler selon lesquelles, durant Halloween, des personnes malveillantes planquaient dans les pommes (la friandise traditionnelle à l’époque) du poison, des épingles ou des lames de rasoir. En dépit de preuves, la paranoïa a gagné les foyers et les hôpitaux se sont retrouvés forcés de pratiquer des radios pour rassurer les parents inquiets. C’est en partie ce qui explique que, désormais, les bonbons d’Halloween aux États-Unis sont présentés dans un emballage, histoire d’éviter qu’un sadique y ajoute un ingrédient indésirable.

The Exor-Sis

En vingt-neuf saisons, et presque autant de Treehouse of Horror, c’est la première fois que Les Simpson s’attaquent au film qui a terrifié des millions de gens, L’Exorciste. Et il s’ouvre de la même façon sur l’air "Tubular Bells" de Mike Oldfield, qui donne encore la chair de poule 44 ans après sa sortie. Son réalisateur, William Friedkin, fait même un caméo plus tard dans l’épisode, où il joue le psychiatre de Homer.

On touche ici à la parodie classique, mais non moins efficace. Homer reçoit par erreur un colis qui renferme une statuette du démon Pazuzu (il pensait avoir commandé une pizza sur Amazon). L’entité possède alors la petite Maggie. Tout y est : la tête qui tourne à 360 degrés, la victime attachée au lit, les barreaux du lit rembourrés et les litres de vomi vert. Le prêtre chasseur de démons entre en scène. Un rôle tenu par Ben Daniels, qui joue déjà ce personnage dans la beaucoup plus sérieuse version télé de L’Exorciste. Lorsqu’il demande que l’on détache la petite Maggie, il ajoute, pour finir de convaincre Marge et Homer : "Si vous ne pouvez pas confier votre enfant à un prêtre catholique, à qui d’autre ?" Malaise…

Quand le bébé est libéré de son emprise démoniaque, c’est Bart qui hérite de la possession. Mais rapidement, Pazuzu réalise qu’il est tombé sur plus coriace que lui : "C’est pire que de bosser avec David Schwimmer !", jouant sur la rumeur selon laquelle l’acteur de Friends serait invivable au travail. Autre particularité de ce segment, Maggie parle. Beaucoup. Mais ce n’est pas la première fois qu’elle est capable d’aligner deux mots à la suite. La petite dernière des Simpson a déjà culpabilisé son frère dans "Bart vs. Thanksgiving", en lui disant : "C’est de ta faute si je ne parle pas !"

Un épisode non canonique dans lequel Bart rêve éveillé. Elle a aussi parlé lors d’un autre épisode sans conséquence, le cinquième Treehouse of Horror, dans lequel elle rétorque, après avoir planté une hache dans le dos de Willy le jardinier, et avec la voix du légendaire James Earl Jones (Dark Vador dans Star Wars) : "C’est en effet un univers dérangeant." En réalité, et c’est bien plus mignon, le véritable premier mot de Maggie était "Daddy" (ou "papa" en français), dans l’épisode "Lisa’s First Word", de la saison 4.

Coralisa

Bien que les Treehouse of Horror ne soient pas canoniques, on retrouve exceptionnellement une référence au segment précédent dans "Coralisa". La séquence s’ouvre sur la famille, à table dans la cuisine, et Maggie qui éructe des torrents de vomi. Marge constate alors que Maggie a encore "une touche de Pazuzu" en elle. Ce segment est une parodie du film Coraline sorti en 2009, inspiré du roman éponyme de Neil Gaiman. L’auteur fait d’ailleurs un caméo en doublant le chat Snowball.

Lisa, l’éternelle incomprise de la famille, découvre, grâce à son chat Snowball, une petite trappe dans sa chambre. Elle s’offusque : "On n’a pas d’alarme incendie mais on a une porte secrète ?!" Elle se glisse alors dans le passage étroit, et réalise que le félin peut parler. Il la conduit dans une autre version de sa famille, en 3D, à la manière des animations en stop motion. Cette séquence est d’ailleurs, à cet égard, une belle prouesse technique. Ravie d’y découvrir un environnement bien plus épanouissant, elle choisit de rester et accepte d’avoir des boutons à la place des yeux, comme les habitants de ce drôle d’univers.

Mmm… Homer

Avant le dernier segment, Lisa monte sur une scène de théâtre. Une référence au film Frankenstein de 1931, qui voyait l’acteur Edward Van Sloan se prêter au même rituel afin de prévenir le public que ce qu’il s’apprêtait à voir pouvait choquer. Lisa fait donc de même et avertit que ce que l’on est sur le point de regarder est "si dégoûtant que vous devrez regarder Game of Thrones pour vous calmer les nerfs".

Dans "Mmm… Homer", le père de famille est livré à lui-même, sans Marge pour le nourrir. En cuisinant, il se coupe un doigt, lequel tombe sur le barbecue qu’il se préparait. Et Homer étant Homer, il décide de goûter. Il blague auprès de son voisin Ned, et lui dit qu’il est désormais "Me-gan", un jeu de mots avec "moi" et "végan". Dans le même style, il lui demande s’il a des "me-balls" (version détournée des meatballs, les boulettes de viande).

Il devient complètement accro à lui-même et se mange, morceau après morceau, jusqu’à totalement disparaître dans un ultime festin qui rassemble sa famille et quelques habitants de Springfield. Une fois au paradis, il s’adresse à Jésus et lui dit : "Tu sais ce que ça fait d’avoir des gens qui mangent ton corps ?!" L’intéressé répond aussi sec : "Ouais, mec, genre tous les dimanches !"

Le segment aurait pu virer dans la parodie d’Hannibal avec son thème du cannibalisme, mais a préféré prendre le chemin d’une histoire originale. Homer n’est pas seulement anthropophage, il se mange lui-même. Une obsession qui touche au tabou, mais est aussi touchante dans la mesure où notre gentil héros s’aime tellement que sa nouvelle obsession le détruit. Il laisse derrière lui une famille et des amis repus et heureux. Dans l’ensemble, ce Treehouse of Horror est dans la lignée des autres, avec une dernière partie un peu au-dessus du lot dans son propos. Mais comme toujours, Les Simpson ont su jongler entre humour, frayeurs et fan-service. Un régal.