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Fear The Walking Dead tacle-t-elle les suprémacistes blancs américains ?

Les nationalistes blancs sont-ils les grands méchants de cette saison ? Attention, spoilers.

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Une belle tronche de redneck. (©️ AMC)

Il est conseillé d’avoir vu les trois premiers épisodes de la saison 3 de Fear The Walking Dead avant de lire cet article.

Plus les épisodes avancent, plus Fear The Walking Dead donne l’impression de marcher dans les pas de sa grande sœur. Après un double épisode coup de poing pour débuter la saison 3, où les rebondissements tragiques se sont succédé sans temps mort, "TEOTWAWKI" ("The End Of The World As We Know It") a calmé le jeu mais creusé des points d’intrigue troublants. La nouvelle communauté dans laquelle évolue la famille des Clark n’a rien de paisible et renferme certainement un secret terrifiant.

Pourtant, tout portait à croire que le clan des Otto serait les nouveaux Greene de The Walking Dead. En apparence, ce sont de gentils fermiers qui détiennent un ranch, le Broken Jaw (la "mâchoire brisée" en VF, histoire de bien commencer l’aventure), isolé des zombies et des étrangers trop curieux. Toutefois, Jeremiah et Troy ne sont pas des enfants de chœur contrairement à Maggie et Hershel. Le benjamin mène des expériences violentes et sadiques sur des inconnus, tandis que le père de famille dirige sa clique d’une main de fer et semblait avoir prévu l’apocalypse zombies depuis belle lurette. Mais le plus étrange reste que leur communauté est uniquement composée d’individus blancs.

Ce bouleversement narratif se situe à l’opposé des débuts de Fear The Walking Dead et il était difficile de ne pas le remarquer. Depuis le début du spin-off, nos héros traversent l’ouest des États-Unis de long en large, croisant le chemin de personnages issus de communautés noires (Victor Strand), hispaniques (les Salazar) voire maoris (les Manawa). Ils sont passés par Los Angeles, Baja ou encore Tijuana tout récemment. Ainsi, la série présentait une vaste et appréciable mixité culturelle qui renforçait le réalisme de l’intrigue tout en lui donnant de la modernité. Mais plusieurs événements tragiques ont complètement chamboulé ces codes dans les derniers épisodes et on en vient à se demander si la série ne critique pas volontairement l’Amérique d’aujourd’hui.

Un zombie vaut mieux que deux Trump

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S’il croit amadouer Madison avec un peu de lecture, Troy se met la cuillère dans l’œil. (©️ AMC)

C’est clairement l’hécatombe dans la série zombiesque depuis la mort de Chris. L’énervant et révolté rejeton de Travis est le premier nom d’une longue liste de personnages majeurs qui ont fini par trépasser sous la plume de Dave Erickson et Robert Kirkman, les créateurs du show. Le boyfriend de Madison est également décédé après sa chute en hélicoptère (et la belle morsure de zombie qui lui a transpercé l’estomac). Bisous les Maoris ! Griselda Salazar a expiré rapidement, sa fille est toujours portée disparue (elle avait pourtant été capturée par Jeremiah dans le season finale de la saison 2) et le paternel de la famille vient tout juste de revenir. Et encore, il pourrait résulter du fruit des hallucinations liées à la déshydratation de Strand.

En bref, tous les personnages principaux représentant une minorité ethnique sont morts ou passés en arrière-plan. Il ne reste que les Clark et les réfugiés du clan Otto, tous blancs cisgenres sans exception. Quant aux nouveaux protagonistes, ils se comportent d’une manière sadique et brutale à l’encontre des étrangers. Troy et ses militaires torturent et sacrifient à la pelle des Hispaniques et des Mexicains ramassés dans les alentours. Leur objectif ? Chronométrer la durée entre la mort d’un individu et sa transformation en zombie… Glauque à souhait, et surtout foutrement raciste vu qu’une minorité de Blancs étaient abattus pour le "bon vouloir de la science".

Avec l’élection de Donald Trump, ses mesures inhumaines et ses propos stigmatisants à l’encontre des immigrés, une question primordiale éclate au vu des choix scénaristiques de cette nouvelle saison : la famille des Otto est-elle une caricature des suprémacistes blancs qui sévissent dans l’Amérique de Trump ? Après tout, cette bande de fermiers représente des rednecks nationalistes prétendant accueillir la veuve et l’orphelin dans leur sanctuaire, sauf si les survivants ne sont pas des natifs américains.

C’est le cas de Luciana, blessée par balle mais largement secourable, qu’ils ont refusé d’intégrer à maintes reprises, avec pour seul prétexte qu’elle risquait de se zombifier dans l’enceinte du ranch. L’épisode suivant, on apprenait de la bouche de Troy qu’un humain de taille et de poids normaux mettait près d’une heure et demie avant de se transformer en mort-vivant… Un temps largement suffisant pour sauver la jeune femme d’origine hispanique. Je ne sais pas pour vous, mais le mot "racisme" commence tout doucement à siffler dans mes oreilles de spectateur.

La survie, c’est pas "Ottomatique"

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La famille parfaite selon Jeremiah. (©️ AMC)

Autre point marquant de l’épisode 3, il s’agit des vieux spots publicitaires filmés pour l’entreprise du patriarche dans son passé. Jeremiah est un homme superstitieux, survivaliste et conservateur, du même calibre que ces flippés de la vie qui creusaient des trous et rassemblaient des vivres lorsque la planète Nibiru devait entrer en collision avec la Terre en 2012. Dans une des VHS visionnées par Madison, où Jeremiah promeut son kit de survie et avertit les Américains de l’apocalypse à venir, on apprend de la bouche du fermier que les étrangers représentent un danger pour les États-Unis. Il évoque d’ailleurs "une civilisation meilleure" à rebâtir après l’apocalypse, enlaçant sa femme blanche et ses fils blancs en signe de fierté. Le pire dans l’histoire, c’est qu’une telle publicité aurait très bien pu être diffusée vingt ans auparavant dans l’indifférence générale…

Pour renforcer l’idée d’une critique de Trump de la part de Robert Kirkman et Dave Erickson, rappelez-vous que pendant la campagne électorale, le parti républicain ciblait les spectateurs de The Walking Dead. Selon les analyses de data récoltées par Jared Kushner, le directeur de campagne de l’actuel président, une majeure partie du public fan du show votait à droite. Avec pour meilleur argument la métaphore des zombies, symbolisant l’arrivée des étrangers sur le sol américain. Avec ce tacle à l’encontre des nationalistes et des électeurs de Trump, les deux créateurs du spin-off feraient un bon pied de nez aux pseudos-analystes du "Grand Old Party".

Un autre indice nous porte à croire que les Otto sont de vilains nationalistes. Au cours d’une interview avec le Hollywood Reporter, il a laissé entendre que "les actes de bienveillance de Jeremiah dissimulent une facette plus sombre et déplaisante de sa personnalité, en plus d’être ouvertement raciste". What else? Le seul espoir de cette famille (et le salut pour tous les potentiels opprimés du Ranch) réside en l’aîné Jake, qui non seulement ship bien avec Alicia mais reste plus ouvert d’esprit et un tantinet plus amical que le reste de sa fratrie.

Il est trop tôt pour l’affirmer, mais Madison, Nick et Alicia semblent avoir mis les pieds dans un nid de nationalistes blancs. On ne serait pas étonné par la suite d’apprendre que le clan des Otto séquestre et asservit des individus hispaniques à l’abri des regards indiscrets, dont Ofelia Salazar pourrait faire partie. Si tel était le cas, Fear The Walking Dead ferait un énorme d’effort d’engagement par rapport à sa grande sœur, appuyant une position politique ferme et critique en présentant les suprémacistes blancs comme les grands méchants de l’histoire. Chapeau, l’artiste zombie.

En France, la saison 3 de Fear The Walking Dead est diffusée à l’heure US sur Canal+ Séries.