En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Pourquoi la "remontada" de Daniel Salazar est l’un des meilleurs épisodes de Fear The Walking Dead

L’épisode 4 enteramente en español de cette semaine représente à merveille toute la liberté d’écriture que peut s’offrir le spin-off de The Walking Dead. Attention, spoilers.

daniel-feat

©️ AMC

Il est conseillé d’avoir vu l’épisode 4 de la saison 3 de Fear The Walking Dead avant de lire cet article.

"Osons". C’est probablement la note d’intention du showrunner Dave Erickson adressée à ses scénaristes avant le début de la production de cette troisième saison de Fear The Walking Dead. Depuis le double épisode d’introduction, le spin-off de The Walking Dead parvient à nous surprendre et surtout à rendre son rythme haletant, alors qu’on lui reprochait des personnages creux et des longueurs épuisantes il y a de ça quelques mois. Dans l’épisode "100" (qui n’est pas une référence à Lexa comme en rêvent les fanatiques d’Alycia Debnam-Carey !), la série zombiesque nous a peut-être offert l’un de ses plus beaux efforts.

Pour cet épisode, l’équipe créative a décidé de monter un stand alone, soit un chapitre entièrement consacré à un personnage de l’histoire. Un procédé narratif que les spectateurs de The Walking Dead connaissent déjà bien, notamment avec l’épisode sur Tara et la communauté d’Oceanside vu en saison 7. Mais dans le cas présent, "100" a une saveur toute particulière puisqu’il permet également de réintroduire un personnage disparu depuis la saison 2 du spin-off. Un survivant qu’on pensait pourtant enterré pour de bon.

Quel affront nous avons commis envers Daniel Salazar, personnage le plus robuste de toute la série jusqu’à maintenant. L’homme a réussi à encaisser coup sur coup les décès de sa femme et de sa fille (en réalité capturée par Jeremiah Otto mais portée disparue depuis). Il a aussi échappé aux flammes qu’il avait lui-même déclenchées dans "Shiva", afin de détruire la résidence des Flores. Décidément, la leçon du cliffhanger mortel offerte par Glenn et Nicholas se confirme dans l’univers zombiesque : s’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a aussi pas de trépas sans cadavre.

Morgan et Salazar, même combat

L’épisode "100" se dévoile sous la forme d’un faux flash-back, qui vient dans les dernières minutes se recoller à l’intrigue générale, à savoir les retrouvailles entre Daniel et Strand près du barrage de Tijuana. Ainsi, on apprend comment le père Salazar a survécu à sa terrible blessure à la jambe et comment il est parvenu jusqu’au repaire de Dante Esquivel, l’homme aux punchlines aussi aiguisées et polémiques que "je veux bien l’apocalypse, mais pas le communisme" (sic). Difficile de ne pas comparer cet épisode au saisissant "Here’s Not Here" de The Walking Dead, où on découvrait l’histoire tragique de Morgan, d’Eastman et de la chèvre (non, pas celle de How I Met Your Mother).

Un épisode raillé par une partie des spectateurs de la série et adulé par les autres. Personnellement, je fais partie de cette seconde catégorie de fans. "100" et "Here’s Not Here" tiennent du même calibre émotionnel : ce sont des épisodes longs, évoluant sur un rythme de croisière particulièrement lent voire contemplatif, mais qui permettent une approche viscérale des états d’âme d’un personnage. Et les deux chapitres sont aussi poignants et émouvants l’un que l’autre. Ils parlent des chances de rédemption d’un homme et de ses angoisses existentielles dans un environnement en putréfaction. Des hommes brisés par les tragédies traversées et par le monde chaotique dans lequel ils ne peuvent s’adapter qu’en sombrant dans la folie.

Morgan avait perdu les pédales après les pertes successives de sa femme et de sa fille. C’est pour cette raison qu’Eastman l’avait enfermé pour le calmer, avant de lui enseigner l’art du bō-jutsu et de la maîtrise de soi. Daniel suit, à quelques différences près, le même cheminement que Morgan auprès d’Efrain. Il souffre de déshydratation et de sa blessure à la jambe. Mais au lieu de le séquestrer à la manière d’Eastman, Efrain invitera Daniel à se confesser autour d’une bouteille. À chacun son école de la rédemption !

zombielight

"Previously on The Flash". (©️ AMC)

Finalement, le résultat est le même pour Morgan et Daniel. Ils ont réussi à se pardonner, annihilant la démence qui s’était emparée de leurs esprits tourmentés. Il est toutefois regrettable que ce prenant épisode de Fear The Walking Dead soit gâché par la scène absurde (et inutile) de l’orage. Un coup de foudre dont on se serait bien passé, puisque le spectateur ne croira jamais à cette pseudo-intervention divine tombant à pic pour sauver Daniel d’une mort certaine.

Dans la deuxième moitié de l’épisode, les scénaristes jouent brillamment avec nos nerfs et notre patience. Salazar a-t-il vraiment pété les plombs et trahi ses amis au profit d’une position confortable dans les rangs de Dante ? Jusqu’au bout de "100", on sera surpris de découvrir que Daniel est en quelque sorte une "Carol en puissance" (on se calme, j’ai sorti les guillemets). Il est plus badass et violent que la plupart des survivants malgré sa petite taille et ses rides apparentes, a appartenu à un ancien escadron de la mort formé par la CIA et sait comment neutraliser un homme avec une fourchette en plastique. Mais donnez une arbalète à ce mec !

Plus sérieusement, Daniel est un personnage plus complexe et touchant qu’il n’y paraît. Il possède une facette obscure et le titre de l’épisode renvoie d’ailleurs aux cent personnes qu’il a tuées depuis le début de l’apocalypse zombie jusqu’à la balle entre les deux yeux qu’il colle à Dante. Sa "remontada", c’est de surmonter les ténèbres qui sommeillent en lui et de refuser la facilité pour le bien d’autrui, en dépit du monde austère et dangereux dans lequel il évolue. Et ça, c’est la plus belle leçon de vie que peut nous offrir une série comme Fear The Walking Dead vu l’état actuel de notre société.

¿ Cuál es el problema ?

Aux États-Unis, l’épisode a généré des réactions massives sur les réseaux sociaux. La raison ? La langue espagnole, utilisée pendant la quasi-intégralité de "100". Évidemment, ce choix des créateurs n’est pas le fruit du hasard au vu des tensions qui subsistent entre Donald Trump et ses partisans et les Mexicains. L’action de Fear The Walking Dead se situe en ce moment à la frontière du Mexique, et cette approche réaliste n’a pas plu à tous les Américains.

En résumé, Dave Erickson et ses scénaristes ont bien l’intention de tacler la politique et les penchants extrémistes de leur président cette saison. On ressentait déjà cette impression avec la famille des Otto, qui symbolise les suprémacistes blancs et racistes des États-Unis. Clairement, l’équipe créative a pris une position politique engagée étant donné que le casting de Fear The Walking Dead présente une importante mixité culturelle. C’est aussi un moyen de lutter contre le whitewashing, comme l’avançait le showrunner dans les colonnes d’Entertainment Weekly :

"J’espère que les spectateurs ne seront pas frustrés par les sous-titres, mais créativement parlant, cela fait sens. […] Si vous racontez une histoire qui se déroule au Mexique avec des personnages qui parlent en espagnol, il n’y a aucune raison de la mettre en scène en employant l’anglais."

Je vous renvoie à la compilation de tweets réalisée par Uproxx pour comprendre que la plupart des Ricains étaient remontés contre cet épisode par pure flemmardise de lecture des sous-titres… Pour en revenir à "100", ce chapitre entièrement tourné en langue romane marque une fracture dans l’histoire du spin-off. Il traduit cette fameuse note d’intention évoquée au début de l’article, qui offre une plus grande liberté d’écriture aux scénaristes pour surprendre et intéresser les spectateurs, restés sur leur faim depuis les précédentes saisons rébarbatives. Un joli retournement de situation opéré par l’équipe créative, qui fait à la fois honneur à la série mère tout en se distinguant via sa force principale : sa palette de personnages multicolores.

Qu’on apprécie ou non cet épisode, il faut lui reconnaître son audace. Des œuvres ultrapopulaires comme The Walking Dead ou Game of Thrones n’ont jamais le temps de faire dans la dentelle. En priorité, on exige de ces séries du spectaculaire : des zombies tranchés en deux inondant l’écran de sang ou des dragons immenses capables de raser une cité en un battement d’ailes. Alors quand un show dérivé d’un mastodonte du petit écran comme Fear The Walking Dead prend le temps, de manière pensée et intelligente, de justement prendre son temps pour capter un bout de vie et sublimer ses personnages, on ne peut qu’acquiescer. Gracias, señora.

En France, la saison 3 de Fear The Walking Dead est diffusée en US+24 sur Canal+ Séries.