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Fear The Walking Dead marche plus que jamais dans les pas de sa grande sœur en saison 3

Le spin-off de The Walking Dead a fait son retour avec un double épisode grandiose et terrifiant. Attention, spoilers.

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©️ AMC

Il est conseillé d’avoir vu les deux premiers épisodes de la saison 3 avant de lire cette critique.

Depuis deux saisons, Fear The Walking Dead tentait une approche différente de l’univers zombiesque. Le ton, les personnages, l’atmosphère du spin-off faisaient tout pour s’éloigner de la série mère, mais il pataugeait pour trouver son propre rythme de croisière. Après une vingtaine d’épisodes, les critiques restent peu élogieuses et le show a perdu sept millions de spectateurs sur AMC entre le pilote et le season finale de la saison 2. Pourtant, Fear The Walking Dead a fait des choix audacieux : un road trip le long de la côte Ouest, une tentative de survie en pleine mer, un groupe de héros réduit… Mais rien ne fonctionnait et Biiinge se demandait même si elle n’était pas devenue la série la plus chiante de 2016.

Pour relancer la machine zombiesque, le showrunner Dave Erickson a apparemment pris la décision de chambouler ses bases. Le double épisode d’ouverture de la saison 3 est littéralement une grande claque dans la gueule des fans lassés par la série (et même de tous les autres). Terrifiant, poignant, glaçant… Tant d’adjectifs élogieux peuvent largement définir ces deux épisodes qui sont dix fois plus intenses que la saison 7 de The Walking Dead dans sa grande majorité. Mais comment les scénaristes ont-ils réussi leur coup ? En cuisinant les meilleurs éléments de sa grande sœur, évidemment.

Rats crevés et zombie mutant

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©️ AMC

La saison 3 de Fear The Walking Dead reprend exactement là où la dernière s’était arrêtée. Nick et Luciana, blessée par balle, sont ramenés dans la base des mystérieux militaires. Sur leurs traces depuis l’hôtel, Madison, Travis et Alicia sont également capturés par la petite communauté. Loin des retrouvailles tire-larmes auxquelles on s’attendait à nouveau, les survivants sont plongés dans l’horreur dès les premières minutes de "Eye of the Beholder". Les militaires sont à l’origine d’une barbarie raciste sans nom : pour chronométrer le timing de la réanimation d’un cadavre en zombie, ils tuent des survivants de couleur au hasard.

Ces exécutions froides et violentes évoquent indéniablement l’esprit The Walking Dead. Qui ne se remémore pas cette séquence insoutenable du season premiere de la saison 5, où des innocents se faisaient trancher la gorge comme des cochons à l’abattoir du Terminus ? Dans l’épisode du spin-off, ces événements prennent une tournure terrifiante et les expérimentations de l’infâme Troy Otto (Daniel Sharman, Isaac dans Teen Wolf) feront sursauter plus d’un spectateur. Quel est donc ce zombie mutant qui apparaît à la fin de l’épisode, capable de piéger un homme et de briser son corps en deux ? Une chose est sûre, la horde de rats qui surgit dans la scène a dû rassasier des jours durant la créature.

À travers ces deux séquences, Fear The Walking Dead montre deux bouleversements majeurs dans son écriture : les scénaristes piochent davantage dans les éléments de sa série mère et osent même aller plus loin, comme en témoigne ce zombie mystérieux et surpuissant. Les puristes ne pourront pas vraiment lui reprocher cette audace puisque le spin-off n’est basé sur aucun comics. Cette prise de risque narrative et cette mise en scène rythmée font plaisir à voir, car, pour la première fois, le terme "fear" du show prend tout son sens. Personnellement, le season premiere m’a retourné le bide, avant même de savoir que je n’étais pas encore au bout de mes peines.

Plusieurs mois auparavant, on reprochait à The Walking Dead son ultraviolence, notamment concernant la scène des exécutions sanglantes d’Abraham et de Glenn. Son spin-off n’est pas loin de franchir les limites du torture porn non plus. Toutefois, son utilisation de la violence est davantage maîtrisée et latente. Alors que Madison plante une cuillère dans l’œil de Troy, le réalisateur Andrew Bernstein s’amuse plutôt à tourner autour des deux personnages pour retranscrire la souffrance subie par le militaire en filmant son deuxième œil. Voir des bouts de cervelles voler en l’air sous les coups d’une batte entourée de barbelés est bien plus gore, mais moins réaliste et dérangeant que le jeu du hors-champ opéré par Fear The Walking Dead.

Fear is the new Walking Dead ?

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©️ AMC

Les fans de la première heure repéreront plusieurs clins d’œil à la série mère au cours des deux épisodes. Avec son cache-œil, Troy ressemble à s’y méprendre au Gouverneur de Woodbury. Apparemment, pour les survivants de Fear The Walking Dead, ce sont les Otto qui endossent le rôle de grands méchants de la saison. Leur ranch évoque d’ailleurs le premier sanctuaire du groupe de Rick, à savoir la ferme d’Hershel. On ne serait pas étonnés d’apprendre que l’énigmatique famille dissimule un effroyable secret à l’intérieur d’une grange, si vous voyez ce que je veux dire…

Le chaos qui se dégage de ces deux premiers épisodes apporte un nouveau souffle au spin-off. La mort surprenante et choquante de Travis en est la preuve évidente. On aurait pu s’en douter, puisque Cliff Curtis a été débauché pour jouer dans la suite de la franchise Avatar. D’un autre côté, la mort de ce personnage principal offre deux opportunités à la série.

La première, c’est que personne n’est à l’abri de disparaître dans le show et cette tension permet de garder une intensité dramatique de tous les instants. La deuxième, c’est que les scénaristes souhaitent recentrer l’intrigue sur la famille des Clarks, tout en approfondissant leur mythologie à l’aide de nouveaux protagonistes. Le deuxième épisode se conclut d’ailleurs sur un plan de Nick, Madison et Alicia, histoire de bien nous faire comprendre qu’ils sont désormais les héros de l’intrigue.

La mort de Travis prouve également que les thématiques si chères à The Walking Dead sont exploitées à travers sa petite sœur. On retrouve la notion de sacrifice pour le bien commun quand Travis décide de sauter de l’hélicoptère pour éviter de condamner le reste du groupe. Avec l’introduction de la famille Otto, on remarque aussi que les humains représentent d’ores et déjà un danger aussi menaçant que les zombies. Enfin, les personnages évoluent en fonction des épreuves qu’ils affrontent. Alicia appuie sur la gâchette sans trembler tandis que Nick a stoppé ses actes inconscients et ne semble plus vouloir s’isoler depuis leurs affrontements avec des morts-vivants.

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En quittant les lieux clos comme le yacht de Strand pour des paysages ouverts, le chef opérateur a clairement fait des efforts sur la photographie et la lumière de la série. Encore un bon point. (©️ AMC)

Madison reste un cas à part puisqu’elle suit clairement l’archétype du leader. Certains pensaient que Travis incarnerait le "Rick de la West Coast" comme disent les Américains, mais ce sera finalement sa femme qui marchera dans les bottes du shérif. Pour elle comme pour Rick, la fin justifie les moyens (même avec une cuillère enfoncée dans l’œil) et elle n’hésite pas à menacer ses hôtes, prévoyant même de prendre le contrôle du ranch par la force. Une situation qu’ont rencontrée Rick et son groupe à leur arrivée à Alexandria. Il est navrant de voir que l’interprétation de Kim Dickens ne suit pas, comme l'illustre cette scène pathétique où elle apprend le sort de son défunt mari et pleure autant qu’un zombie sourit à pleines dents.

Pour conclure, j’aimerais revenir une dernière fois sur la scène de la mort de Travis, critiquée par de nombreux spectateurs. Oui, c’était expéditif. Oui, elle tombe comme un zombie sur la soupe. Oui, on ne sait pas comment il s’est retrouvé avec la moitié de l’estomac éventré. Mais cette séquence express et inattendue traduit merveilleusement bien la violence latente dont je parlais plus haut. Dès le début de cette troisième saison, les personnages ne cessent d’emprunter un chemin chaotique et Travis en particulier n’est pas épargné. Il trouve finalement la mort après son combat de gladiateurs contre une horde de morts-vivants. Nos survivants vivent dans un monde austère et terrifiant, où le danger rôde et peut surgir de n’importe où, comme en témoigne cette balle perdue tirée par un inconnu qui finira de l’achever.

En résumé, cette nouvelle saison de Fear The Walking Dead commence à rebours des deux précédentes. L’action s’enchaîne à une vitesse folle, les rebondissements scénaristiques sont légion et les personnages de la série n’ont jamais été aussi badass. Si quelques questions restent en suspens (quid d’Ofelia, capturée à la fin de la saison 2 par le patriarche des Otto ?), le spin-off de The Walking Dead n’a jamais été en meilleure forme. Si bien que l’élève pourrait rattraper le maître cette année en suivant ce fil rouge explosif qu’on attend de toutes les séries zombiesques.

En France, la saison 3 de Fear The Walking Dead est diffusée sur Canal+ Séries.