En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Fear The Walking Dead : il y a une nouvelle shérif en ville

La saison 3 de Fear The Walking Dead reprend avec un double épisode plutôt calme mais qui pose de nouveaux enjeux palpitants. Attention, spoilers.

©️ AMC

On avait laissé la famille Clark sur un cliffhanger des plus galvanisants : le suprémaciste Jeremiah Otto mourait de la main de Nick. Un plan ingénieux fomenté par Madison pour prendre le contrôle du ranch et éviter une guerre sanglante contre la Nation, les Indiens menés par Qaletaqa Walker. Si les membres du ranch Broke Jaw partent sur de nouvelles bases, ils n’avaient pas prévu de cohabiter avec la tribu d’autochtones. Un conflit culturel et sociétal qui pose de nouveaux enjeux dans la seconde partie de la saison 3 et interroge sur la notion du vivre-ensemble, plus que jamais actuelle au sein de l’Amérique de Donald Trump.

On pensait que Madison serait la nouvelle shérif en ville, à juste titre. C’est elle qui tirait les ficelles pour prendre le contrôle du clan Otto et on lui trouvait logiquement de nombreuses similitudes avec Rick Grimes, dont sa capacité à renverser les forces en présence. Mais finalement, Madison (et le spectateur) a fait la même erreur : sous-estimer les seconds couteaux, dont font partie Nick et Alicia. Ses deux enfants sont aussi doués pour les grands discours et les coups fourrés, agissant dans l’ombre de leur mère pour mieux prendre le pouvoir.

Néanmoins, le duo est bien plus compréhensif et tolérant que Madison. Ces derniers tentent par tous les moyens de permettre aux membres du ranch et de la Nation de vivre ensemble, laissant les vieilles rancœurs derrière eux. Si Nick, qu’on connaissait moins manichéen, prend le parti de sa communauté après un séjour brûlant dans une cage en plein désert, c’est bien à Alicia qui permet aux deux groupes d’enterrer la hache de guerre. La jeune femme a enfin un rôle à son envergure qui lui permet de se détacher du fantôme de Lexa et de faire un bon gros f*** aux fans de The 100.

Troy, le mal-aimé

Si Nick et Alicia ont frappé et utilisé leur charisme à toute épreuve pour briller sur ce double épisode de reprise, Troy a également confirmé son statut de nouveau chouchou des fans. Son duo avec Nick fonctionne à merveille et le psychopathe est de plus en plus attachant malgré ses sautes d’humeur et son imprévisibilité. Cette impétuosité fait de lui un personnage en constante évolution à la manière de Nick, et donc foncièrement intéressant. On lui pardonne sa démence causée par sa solitude macabre qui l’a torturée toute sa vie : ses parents sont morts, son frère se méfie de lui et personne ne daigne le comprendre.

Pourtant, Troy est un membre dévoué à sa communauté. S’il a du mal à exprimer ses émotions et a trop tendance à répondre par la violence comme le montre la fusillade de l’épisode "Minotaur", il est seulement en quête d’amour. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a confiance en Madison, lui pardonne sa traîtrise et la considère finalement comme une mère de substitution.

Troy est l’archétype parfait de l’outcast, du paria instable mais particulièrement attachant comme Daryl dans la série mère. Après son exil, on imagine que le jeune homme sera en quête de rédemption même s’il pourrait définitivement passer du côté obscur au vu de l’âpre rejet de sa communauté pour laquelle il a donné "œil et main".

À travers cette shortlist de prétendants au titre de shérif (les réalisateurs multiplient les plans au niveau de la ceinture façon cow-boy qui rengaine son arme pour nous le signaler), le spin-off reproduit le schéma narratif de The Walking Dead. La notion du vivre-ensemble, donc, illustrée à travers deux communautés distinctes qui doivent apprendre à cohabiter. Elle recopie d’ailleurs à l’identique des intrigues secondaires, comme l’exil de Troy qui correspond au bannissement de Carol dans la série initiale, ou alors la quête d’armes qui se transforme en chasse à l’eau dans Fear The Walking Dead.

Mais le spin-off a un avantage de taille : il ne se fonde pas sur un matériau de base et propose donc des arcs narratifs et des personnages moins "cartoonesques" que son homologue, renforçant la dimension humaine qui jalonne le show. D’ailleurs, on n’aperçoit quasiment aucun zombie au terme de ces deux épisodes de reprise, preuve indéniable que l’homme est un loup pour l’homme en dépit de la menace mort-vivante qui pèse sur nos survivants.

Madison et la boîte de Pandore

©️ AMC

En tuant Jeremiah, Madison a ouvert une boîte de Pandore, par laquelle elle a libéré de bonnes idées plutôt que des monstres, autant dans la série que de manière méta pour les scénaristes. Tous les groupes en présence se cherchent un leader, que ce soit le ranch ou le barrage avec Salazar, afin d’assurer leur survie. Et ces derniers font face à un défi de taille : les différences de culture, de couleurs, de langue n’aident pas vraiment. À travers ce conflit, Fear The Walking Dead résonne de façon moderne dans l’Amérique de Donald Trump, lieu de profond désaccord entre les radicaux blancs et les progressistes. Une critique d’actualité que ne s’est jamais permise The Walking Dead pour le moment, son lien intrinsèque avec les comics étant probablement la cause de ce manque de libertés.

Le zombie est politique et ça n’a rien de nouveau. C’est pourquoi le showrunner Dave Erickson et son équipe prennent le temps de creuser leurs personnages, de coller à la réalité de notre époque quitte à se perdre dans des longueurs inutiles. En cette troisième saison, ils ont véritablement trouvé leur rythme de croisière. De ce conflit culturel entre les Blancs du ranch et les Amérindiens de la Nation, les scénaristes ont tranché sur une résolution simple et (trop) facile sur le papier, mais pleine de bons sentiments. Une intrigue qui voit travailler ensemble deux cultures qui étaient au bord de s’entre-tuer, comme un message subliminal d’espoir envers les esprits coléreux et révoltés de l’Oncle Sam.

Derrière ce pitch contemporain et poignant, cette troisième saison n’évite pas quelques erreurs de parcours à commencer par des scènes d’action franchement confuses, saccadées, voire qui sonnent carrément fausses. Ou encore quelques facilités scénaristiques comme la connexion entre Madison, Strand et Salazar, éloignés par des kilomètres, qui se retrouvent comme par magie par le manque d’eau.

Malgré ces petites défaillances narratives, on souligne l’effort des scénaristes qui invoquent ce deus ex machina pour resserrer le fil rouge, éviter les sous-intrigues à l’écriture inégale et rythmer une histoire de survie qui a enfin trouvé son public et son vecteur d’expression. En vérité, on en vient même à se demander si Fear The Walking Dead ne serait pas devenue plus mordante et haletante que The Walking Dead.

En France, la saison 3 de Fear The Walking Dead est diffusée à l’heure US sur Canal+ Séries.