Fear The Walking Dead rejoue brillamment le coup des fleurs macabres dans un épisode déchirant

Le spin-off de The Walking Dead confirme sa (très) grande forme en saison 4 avec un épisode audacieux, qui prend les fans aux tripes. Attention, spoilers.

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Âmes sensibles s’abstenir. Depuis le début de la saison 4 de Fear The Walking Dead, la série de l’univers zombiesque embarque ses spectateurs dans un ascenseur émotionnel violent. En faisant le pari risqué du soft reboot, AMC a joué à pile ou face avec les showrunners remplaçants de Dave Erickson, Andrew Chambliss et Ian Goldberg, et la nouvelle direction empruntée par la série. Mais pour le moment, c’est un sans-faute et "Good Out Here" est peut-être le meilleur épisode de Fear The Walking Dead, voire de l’univers télévisuel créé par Robert Kirkman et Frank Darabont en 2010 (oui, nous l’assumons).

La saison 4 du spin-off jouit d’une narration hyper dynamique, scindée en deux temporalités captivantes. La première sert à introduire Morgan dans Fear The Walking Dead ainsi que les nouveaux personnages de la saison. Avec ses teintes grises et crues, cette partie de l’intrigue apporte un ton plus grave et abrasif, qui détonne avec les couleurs orangées de la seconde timeline, terrain connu des fans de la première heure. Ainsi, la suite énigmatique de l’explosion du barrage est explorée sous la forme de flash-back qui nous informent petit à petit sur les événements se déroulant pendant le saut dans le temps.

Contrairement aux deux premières saisons du spin-off, impossible de s’ennuyer dans ce nouveau chapitre qui propose des personnages intrigants et moins cliché que dans la série mère. Morgan a retrouvé un semblant d’intérêt, Althea et John apportent un vent de fraîcheur dans le show tandis que les tragédies qui entourent la famille Clark n’ont jamais été aussi poignantes. Et c’est justement un événement funeste qui vient frapper "Good Out Here" et notre sensibilité de spectateur.

Des adieux déchirants

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Depuis le pilote de Fear The Walking Dead, Nick Clark est un personnage clivant. Jeune homme autodestructeur, trouillard par instants, insensé par moments (il était l’un des premiers survivants à se recouvrir de chair morte pour marcher parmi les zombies), le frère d’Alicia agace autant qu’il fascine. Nick est un protagoniste complexe et profond, très nietzschéen par son approche de la mort et de la fatalité, dont la personnalité a été bouleversée par de mystérieux troubles après l’explosion du barrage en saison 3.

Si on ne connaît toujours pas précisément les événements qui ont mené les Clark au stade de base-ball, Nick est devenu effrayé par le monde extérieur. Lui qui adorait fricoter avec les zombies et rencontrer des inconnus de l’apocalypse est désormais frappé de crises d’angoisse quand il franchit le portail de Diamond. Dans la temporalité avec Morgan, il est à l’inverse consumé par la vengeance (peut-être liée à la mort de Madison, toujours inexistante dans la timeline du présent). Et comme l’a appris Morgan à ses dépens, la loi du talion va causer sa perte, faisant écho à l’adage du manieur de bō : "Tu perds des gens autour de toi et tu finis par te perdre".

Dans une scène inattendue et coup de poing, Nick trouve donc la mort après avoir assouvi ses désirs de vengeance. Une séquence très belle et intense, sublimée par la partition de Frank Dillane mais aussi, et surtout, d’Alycia Debnam-Carey. Toujours très émouvante et investie dans le rôle d’Alicia, l’actrice lance un cri de désespoir et déverse un terrible chagrin qui pourraient bien vous tirer quelques larmes refoulées en l’honneur de la mort du meilleur personnage de la série.

La scène du trépas de Nick est sublimée par une mise en scène très sobre et touchante, où l’acteur semble rendre hommage à son personnage. Quelques notes de piano funèbres en fond, et une caméra enlevée qui se fixe sur son visage et son corps allongé sur le sol en dézoomant, évoquant forcément la mort de Jack dans Lost ou encore celle d’Heisenberg dans Breaking Bad. Une très belle déclaration d’amour à un personnage certes moins intense et populaire que ces deux antihéros de la pop culture, mais tout aussi passionnant à voir évoluer au cours des quatre saisons de Fear The Walking Dead.

L’art de la paix

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Nick est assassiné par Charlie, une jeune fille de 12 ans complètement paumée qui le prive de sa paix retrouvée et se venge à son tour de la mort de son tuteur. Une escalade de la violence que Morgan ne connaît que trop bien depuis sa rencontre avec Rick à Atlanta et la mort de sa famille. De fait, il essayait tant bien que mal d’éclaircir l’esprit embrumé de Nick avant qu’il commette l’irréparable. Malheureusement, Morgan est arrivé trop tard, a décidé de faire marche arrière (littéralement) trop tard pour sauver son protégé et éviter une nouvelle mort dans son entourage.

Pourtant, Nick avait retrouvé une forme de paix intérieure comme le confirment les flash-back auprès de sa mère. Cet apaisement est symbolisé par les lins bleus, ces fleurs qui poussent en grande quantité au Texas et que Nick redécouvre dans la timeline du présent. À travers ces scènes mélancoliques et pleines de poésie, le spin-off retourne complètement l’un de ses tropes phares, surexploité dans The Walking Dead : une forme de haine envers les enfants.

En effet, ces fleurs évoquent irrémédiablement l’épisode tragique "The Grove", où Lizzie trouve la mort après ses manifestations de démence. Fear The Walking Dead inverse cet outil narratif en faisant de Nick le dommage collatéral de la vengeance d’une enfant, à l’origine innocente. La phrase terrible de Carol, "regarde les fleurs, Lizzie", avant de tirer une balle dans la tête de la gamine, résonne alors avec la scène finale de Nick qui meurt au milieu d’un champ de fleurs, où il était enfin en symbiose avec lui-même quelques mois auparavant.

Si certains spectateurs trouveront ces passages mielleux, les symboles et les références à The Walking Dead sont bien trop subtils et réfléchis par les scénaristes pour être critiqués. La mort de Nick survient pour servir le récit, et non choquer les fans. Son décès aura des conséquences sur le comportement de Morgan, d’Alicia mais aussi et surtout du spectateur, qui éprouve désormais de la compassion pour ce personnage voué à un avenir funeste à travers les scènes de flash-back.

Son trépas offre également une fin pleinement satisfaisante à ce personnage qui a fait le tour de son arc narratif dans l’univers post-apocalyptique. Un élément confirmé par Frank Dillane, son interprète, entre autres lassé par ce rôle et la série, dans les colonnes d’Entertainment Weekly :

"Je fais ça depuis trois ou quatre ans. Cette série a beaucoup changé dans ce laps de temps, avec un nouveau staff et des nouveaux patrons, et j’ai commencé à penser que cette saison marquait la fin d’une ère pour le show.

Je ne suis pas américain, donc au bout d’un moment, j’ai commencé à avoir le mal du pays. J’avais également l’impression d’avoir achevé mon travail sur les premières saisons, et qu’il était temps de bouger."

Nous continuerons de voir Nick jusqu’à l’épisode 8 de la saison 4, dans la partie de l’intrigue réservée aux flash-back. L’acteur quitte sûrement Fear The Walking Dead alors que la série est à son meilleur niveau. Mais ne dit-on pas qu’il faut savoir s’arrêter quand on a atteint son apothéose ?

En France, la saison 4 de Fear The Walking Dead est diffusée en US+24 sur Canal+ Séries.