Il faut qu’on parle du meilleur épisode de Fear The Walking Dead

L’élève a définitivement dépassé le maître des zombies. Attention, spoilers.

©️ AMC

C’est certainement la première fois en trois saisons que le mot "fear" du spin-off de The Walking Dead prend tout son sens. Oubliez vos idées préconçues sur la série, l’ennui mortel et affligeant des deux premiers chapitres, car Fear The Walking Dead mérite enfin toute votre attention. Depuis le début de cette troisième saison, le show de AMC réussit un tour de force en visant juste et en appliquant la recette miracle des trois "S" que sa grande sœur a oubliée : surprise, spectaculaire et sentiments (non, pas sexe bande de pervers). Parole de zombie, l’épisode "Brother’s Keepers" est fabuleux et vous redonnera foi en Fear The Walking Dead.

Pour une fois, la série se focalisait uniquement sur les jeunes pousses de l’intrigue, confrontées à la gestion difficile du ranch alors que l’eau vient à manquer. Après un épisode entièrement consacré à Madison, Strand et Walker, on apprécie les changements de rythme et de points de vue adoptés par le showrunner Dave Erickson. Car contrairement à The Walking Dead, le spin-off avance et construit ses personnages avec une tension palpable constante en arrière-plan (du moins, depuis la saison 3). Et cette fois-ci, la tension n’était pas seule mais composée de quelques milliers de zombies.

La confrontation avec une horde de morts-vivants pourrait devenir un trope lié aux séries zombiesques. Rick et ses camarades en ont déjà affronté plusieurs, notamment à la prison ou à Alexandria en début de saison 6, mais celle de Fear The Walking Dead vaut tous les World War Z du monde. Ce que Troy présente comme une "bête du désert" dans l’épisode est le signe évocateur de la fin du monde, perceptible comme un fan service gratuit mais tellement jouissif.

C’est le retour en masse des zombies et surtout de ce qu’ils représentent : la mort, la dévastation, la crainte. Avec brio, des effets spéciaux maîtrisés et un certain sens du spectacle, Fear The Walking Dead réussit là où The Walking Dead échoue depuis quelques saisons : les marcheurs morts sont toujours la plus grande menace de cet univers. En vérité, c’est même plus compliqué que ça et c’est tout ce qui fait le charme de cet épisode.

Œil pour œil, zombie pour zombie

©️ AMC

Si la horde se dirige vers le ranch pour tout détruire, c’est bien un vivant, Troy, qui en est à l’origine. Exilé par sa propre communauté deux épisodes auparavant, le membre du clan Otto est revanchard. La chaleur du désert, le manque d’eau, de nourriture et la fatigue accumulée pour survivre dans le no man’s land ont eu raison de sa clarté d’esprit. Il a mené de son propre chef la meute de zombies pour détruire son ancien sanctuaire. S’il ne peut y avoir accès, alors personne n’en aura le droit. Par cet arc narratif, Fear The Walking Dead répète le schéma classique de sa grande sœur (les survivants trouvent un havre de paix, s’opposent à un antagoniste et se voient obligés de fuir l’endroit), mais avec une intensité qui fait défaut à la série mère depuis quelques saisons.

D’ailleurs, le spin-off ne se prive pas pour multiplier les clins d’œil à The Walking Dead (le mur de camions, la sauvagerie d’Alicia mise en parallèle avec celle de Rick), comme lorsque le shérif et ses compagnons durent trimballer à l’autre bout du territoire des centaines de rôdeurs. Sauf qu’ici, la horde est si gigantesque qu’elle crée une tempête de sable et détruit les barrières du ranch avec une facilité déconcertante, mettant en danger tous les personnages sans exception. Et sans aucun regret, Fear se permet de tuer l’un des personnages principaux, relançant une certaine dynamique dramatique qui affecte nos jeunes pousses : que faire quand les adultes, les véritables leaders, ne sont pas dans les parages ?

Nick et Alicia n’ont d’autres choix que de prendre leurs responsabilités, quitte à se planter en cours de route et sacrifier des camarades au passage. Pour une fois, "MadiRick" n’est pas là pour sauver les meubles et le résultat est catastrophique pour les survivants, mais extrêmement haletant pour nos cœurs de spectateurs. On recommence à transpirer et claquer des dents à chaque grognement de zombie, à chaque fois que l’un d’entre eux attrape Alicia ou que Nick se retrouve avec un flingue sur la tempe. Et surtout, le plan maléfique de Troy était bien plus élaboré et réfléchi que les atrocités de Negan, offrant à la série un véritable bad guy qu’on adore détester sans qu’il ne tombe dans la violence gratuite.

Raciste, égoïste, sociopathe, Troy inspire pourtant étrangement une certaine sympathie, en bonne partie grâce à l’interprétation démente de Daniel Sharman (Teen Wolf). Personnage complexe et en perpétuelle évolution, passant du connard introverti au petit garçon traumatisé par une enfance en ermite, il se présente dans cet épisode comme le messie de l’apocalypse. Rien d’étonnant à ce qu’il considère la horde de rôdeurs comme une conséquence "biblique", tant il fait pleuvoir un déluge de sang sur nos survivants. Mais au fond, il n’est qu’un humain brisé par la perte entière de sa famille et ses motivations restent mystérieuses. En d’autres termes, Troy est un méchant façonné dans le dur, un faux antihéros qui se complaît dans l’annihilation.

L’évolution comportementale de Nick est aussi agréable à observer. Il a toujours été le personnage coup de cœur des fans de la série et prend une nouvelle direction cette saison. Fataliste dans l’âme, s’amusant à se pavaner parmi les morts pour les étudier, Nick est désormais un meneur d’hommes en devenir. Il le prouve d’ailleurs dans l’épisode en faisant prendre conscience à Troy de son erreur et en assumant ses responsabilités de grand frère vis-à-vis de Jake. Un twist qui n'est pas sans rappeler l’histoire tragique d’Hershel dans The Walking Dead, qui conclura l’épisode sur un des moments les plus poignants de la série.

Outre ses effets spectaculaires et les intenses émotions qu’il transmet, l’épisode est un petit bijou d’écriture et de mise en scène. À travers le personnage de Troy encore une fois, Fear The Walking Dead tue tout le côté cartoonesque et manichéen de ses personnages, comme en souffre par moments The Walking Dead. En engendrant la horde et la destruction du ranch, Troy a paradoxalement réalisé un vrai miracle positif : réunir les membres de Broken Jaw et de la Nation, qui se tiraient une balle dans le pied jusque-là. Une nouvelle fois, Dave Erickson et ses scénaristes délivrent un très beau message à travers le prisme de leurs zombies politiques : face à l’envahisseur, les couleurs, les ethnies, les confessions religieuses ne comptent plus et seule la survie importe. Et pour y parvenir, c’est la notion du vivre-ensemble qui prime avant tout. Je n’aurais jamais cru dire ça deux ans plus tôt, mais vivement la suite de Fear The Walking Dead.

En France, la saison 3 de Fear The Walking Dead est diffusée à l’heure US sur Canal+ Séries.