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De Friends à Game of Thrones, la petite histoire de la friend zone en séries

Parce que les séries sont bien souvent au plus près de la vie.

À moins que vous ne viviez dans une grotte au fin fond de Westeros, vous avez forcément entendu parler du concept de la friend zone. Pour les ermites donc, rappelons qu’il s’agit d’une situation un peu lose dans laquelle une personne est ami.e avec une autre et développe des sentiments amoureux non réciproques. Sniff… Il faut donc sortir les rames pour faire comprendre subtilement ses tendres pensées à l’autre, mais sans trop se mouiller, sous peine de se payer la honte en cas de râteau.

Friends, la pionnière

Le concept a été popularisé par Friends en 1994. Et oui, l’histoire d’amour entre Rachel et Ross est un cas d’école de sortie de friend zone réussie. C’est dans l’épisode 7 de la saison 1, The One with the Blackout, que Joey fait comprendre à son pote aveugle l’ampleur du problème et utilise pour la première fois le fameux terme. "Ross, tu es le maire de la friend zone !".

On a reproché à ce concept d’être sexiste, dans la mesure où il s’agissait surtout de mâles la langue pendante devant leur amie. Ce qui sous-entend plusieurs constats implicites : une femme n’est intéressante que dans une perspective sexuelle et romantique, et doit toujours quelque chose à un homme. Des recherches universitaires très sérieuses ont montré que les hommes étaient plus enclins à penser que leurs sentiments étaient réciproques que le contraire. En gros, ils se font plus souvent des films sur leur pote, en pensant qu’elle les kiffe, alors que pas du tout. Ce qui a donné tout un déferlement de mèmes assez drôles du genre : "Elle a un pote gentil, ça ne veut pas dire qu’elle est obligée de coucher avec lui". Et oui.

Friends, pour le coup, est la mauvaise élève : Rachel finit par embrasser Ross après avoir revu une vieille cassette vidéo dans laquelle il se fait méchamment friendzoner. Donc on peut dire qu’elle se met avec lui par pitié, comme une sorte de récompense après toutes ces années de lose. Mais Rachel ne doit RIEN à Ross.

Et la friend zone créa Dawson

Heureusement pour ce bon vieux concept de la friend zone, les séries se sont (parfois, pas assez souvent) chargées de rétablir l’équilibre entre hommes et femmes, notamment du côté des drama adolescents. Logique, ils reposent essentiellement sur des amitiés plus ou moins ambiguës, à un âge où la bande de potes est le socle de la vie. Si Dawson n’a rien inventé – remember Brian, le voisin in love d’Angela dans My-So Called Life – elle reste un exemple fascinant puisque son pitch repose intégralement sur une bonne vieille friend zone.

En première saison, notre apprenti cinéaste est en effet amoureux de Jen, qui le fait un peu mariner en mode "soyons amis", tandis qu’il friendzone sans le savoir sa BFF, Joey Potter, qui n’a d’yeux que pour lui. Ne cherchez pas, si Ross est le maire de la friendzone, Dawson en est le président. À la fin de la série, il sera passé par les chambres à coucher de Joey et Jen, mais il finit seul à faire semblant de parler à un hypothétique Steven Spielberg (c’est censé être le vrai, on n’y croit pas Dawson !). On sous-estime les ravages de la friend zone.

Notons aussi que la deuxième histoire d’amour au cœur de Dawson rapproche Joey et Pacey, également deux amis d’enfance qui finiront par développer des sentiments l’un envers l’autre (lui avant elle).

La friend zone infuse tous les genres sériels, de la comédie au fantastique teenage (Smallville, Buffy ou plus récemment dans The Flash) en passant par les shows hospitaliers. La soapesque Grey’s Anatomy nous aura offert un classique du genre dans ses premières saisons, à travers le personnage dramatiquement cliché de George O’Malley, le colocataire mort de faim de Meredith et Izzie. Au milieu de ces deux bombes, le cœur du gentil et un peu pataud Georgie balance. Moment de gênance extrême : dans un épisode de la saison 2, une passablement déprimée Meredith finit par accorder le Saint Graal à son pote après qu’il lui a fait une belle déclaration d’amour. Mais en plein acte, la chirurgienne craque, se met à pleurer et ne peut lui dire qu’un très malaisant "Oh George". Aoutch.

Dans un style beaucoup plus fun, J.D. se rend compte en saison 1 de Scrubs qu’il lui reste 48 heures pour embrasser Elliot avant de finir dans la friend zone de sa pote, qui se matérialise sous la forme d’une chambre d’hôpital déjà bien remplie. Un peu comme dans Friends, une grosse partie de la série reposera sur le jeu du chat et de la souris entre les deux âmes sœurs. Un schéma qui a tendance à se répéter du côté des sitcoms, de The Big Bang Theory (Penny et Leonard) à How I Met Your Mother (Robin et Ted). Comme si les mecs devaient forcément passer par la friend zone pour conquérir leur dulcinée. Les clichés ont la peau dure, surtout dans le genre ultrabalisé de la sitcom.

La friend zone pour tous

Ce ressort romantique, qui peut créer moult rebondissements au cours d’une série, a été utilisé jusqu’à la lie depuis les années 1990. Au point de devenir une émission de télé-réalité sur MTV (4 saisons entre 2011 et 2013). Malheureusement, le schéma aux relents sexistes a une vague tendance à se répéter ad vitam aeternam : le mec gentil et attachant n’en peut plus de sa pote, qu’il s’évertue à séduire de toutes les manières possibles. Les exemples opposés existent mais se comptent sur les doigts de la main, en particulier si on s’écarte du couple hétéro. Il faut tout de même citer Skins, qui dans sa première saison, met en scène l’amour obsessionnel d’une jeune femme mal dans sa peau, Sketch, pour Maxxie, qui est homosexuel. Dans Buffy, le personnage (passionnant) de Willow bave complètement sur son pote Alex, lui-même friendzoné par la tueuse de vampires ! Au moins, tout le monde en prend pour son grade.

Plus récemment, Felicity en pinçait pour Oliver dans la première saison d’Arrow, sans que celui ne s’en rende compte. Elle arrivera à ses fins deux saisons plus tard. Signe des temps, Riverdale, la série teenage 2017, met en scène une friendzone dans sa saison 1 où c’est une femme, Betty, qui kiffe son pote, Archie. Plus audacieux : il ne se passe rien entre les deux. Au final, la jolie blonde développe une relation amoureuse bien plus mature (mais compliquée) avec Jughead. Si le concept de friend zone pouvait légitimement être perçu comme sexiste à ses débuts, les séries l’ont fait évoluer en même temps que la société.

Game of Thrones, pourtant pas franchement portée sur les histoires d’amour (ou juste les glauques), nous a livré un exemple de friendzonage assez intéressant, à travers le personnage de Ser Jorah Mormont. Sa fidélité à toute épreuve et ses missives passionnées à Daenerys alimentent les moqueries sur Internet depuis plusieurs années.

Mais contrairement à ce trope sériel agaçant, où le mec "gentil" finit d’une manière ou d’une autre à avoir ce qu’il veut (il est récompensé pour avoir eu un comportement décent…), Jorah Mormont n’a clairement aucun espoir de réciprocité. Daenerys ne couche pas par pitié, et si elle estime grandement son serviteur, il existe en plus entre eux une relation hiérarchique stricte. Elle est sa reine. Et voilà finalement le meilleur exemple de la définition de la friend zone (on le voit aussi entre Buffy et Alex parce que Buffy est une série qui a tout compris avant tout le monde) : des sentiments amoureux non réciproques entre une personne et une autre, quels que soient leur genre et leur orientation sexuelle. Parce qu’évidemment, l’ambiguïté en amitié, on l’a tous et toutes connue. Merci Captain Friend Zone pour cette mise au point.