En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Pourquoi il ne faut pas rater la saison 6 de Homeland

La série Homeland en est déjà à sa sixième saison. On n'est sûrement plus qu'une poignée à suivre le show d'espionnage, mais cette sixième fournée vaut le détour vu le contexte actuel. On vous explique pourquoi. Attention, spoilers.

©Showtime

© Showtime

Lors de son lancement en 2011 sur la chaîne Showtime, la série avait fait beaucoup de bruit. Un soldat américain enlevé et converti par des terroristes est renvoyé dans son pays pour y préparer un attentat. Forcément, dix ans après les attentats du 11 septembre, ça intrigue. Basé sur la série israélienne Hatufim de Gideon Raff, le show tient ses promesses et laisse présager un avenir prometteur. Mais après la première saison, la série commence déjà à s'essouffler et laissera sur sa faim par la suite. Il faudra attendre la fin de la saison 3 et la mort de Brody (Damian Lewis) pour enfin voir des explorations différentes en matière d'intrigues.

La série, désormais concentrée uniquement sur Carrie Mathison (Claire Danes), ne se renouvellera réellement qu'avec la saison 5. En territoire européen, l'agent offre ses services à un riche philanthrope qui œuvre pour l'accueil de réfugiés de guerre qui fuient la tyrannie de Daech. En parallèle, elle nous fait vivre son enquête sur un projet d'attentat (oui, encore) avec l'aide de son ami-amant Peter Quinn (Rupert Friend). Lui, finit dans le coma, entre la vie et la mort. Elle, réussit à déjouer le projet d'attentat dans le season finale, diffusé en décembre 2015. Mais, en France, cette fin de saison résonne tristement, un mois à peine après les attaques du 13 novembre 2015.

Dans la saison 6, on retrouve Carrie Mathison, de retour sur le sol américain, travaillant pour un cabinet d'avocats spécialisés dans les affaires d'abus envers les citoyens américains musulmans. Elle s'occupe aussi de Quinn, en pleine période de réadaptation. Après un début brouillon, Homeland réussit à mettre en place une intrigue politique forte, loin des schémas classiques auxquels nous avait habitués la série.

La situation politique américaine nous fait terriblement écho

©Showtime

©Showtime

Tout aurait pu si bien commencer. À peine la saison lancée qu'on nous présente une femme à la présidence des États-Unis. L'annonce de l'arrivée de ce personnage intervient alors pendant les élections américaines, dans laquelle Hilary Clinton est "grande favorite". C'est Elizabeth Marvel (vue notamment dans House of Cards) qui tient le rôle d'Elizabeth Keane, présidente élue. L'intrigue de cette saison 6 se déroule entre le jour de l'élection et son investiture deux mois plus tard. Si Homeland peut se targuer d'être une série souvent proche de l'actualité, les créateurs Howard Gordon et Alex Gansa n'ont cette fois pas vu juste en mettant une femme aux idées pacifistes et antimilitaristes à la tête de ces États-Unis fictionnels. (Pour rappel à ceux qui sortent du coma, c'est Donald Trump qui est à la tête de la première puissance mondiale depuis maintenant trois mois.) Et pourtant. Alex Gansa a reconnu avoir eu peur lors d'une interview pour USA Today.

"Juste après l'élection de Trump, nous avons tous été inquiets pendant un moment en pensant que nous serions hors de propos."

Mais au fil des épisodes, Elizabeth Keane ne se révèle pas des plus sympathiques. Elle délaisse ses idéaux et glisse peu à peu sur une pente autoritaire. Elle le porte d'ailleurs sur son visage, toujours fermé. Mais surtout, n'écoutant qu'elle-même, elle se met à dos les services de renseignements puis le peuple américain. La présidente élue ne cesse de se replier sur elle-même, de crier à la défiance des médias et de vouloir prendre les pleins pouvoirs à l'approche de son investiture – ça ne vous rappelle personne ? Ce qui fait la force de cette saison, c'est la période choisie et étudiée : avant l'investiture, le moment de transition est complexe et révèle sérieusement la personnalité de la future présidente. Autres points où le show tape dans le mille : la présidente ne porte pas la CIA dans son cœur et menace bientôt de la dissoudre, puis rejette la stratégie politique du pays, déployée au Moyen-Orient. Rings a bell?

À J-4 des élections présidentielles en France, tous les yeux sont rivés sur nous. Un final pareil donne matière à réfléchir, à quelques jours de mettre un bulletin de vote dans l'urne. Après le Brexit et l'accès au pouvoir de Donald Trump, l'animateur anglais John Oliver nous exhorte à ne pas "fuck up" nos élections. À bon entendeur.

Le personnage de Carrie sous un nouveau jour

©Showtime

©Showtime

Cette saison 6 propose un autre éclairage au personnage de Carrie Mathison. Après avoir longtemps joué sur sa bipolarité et ses troubles psychologiques, les créateurs développent un autre trait de sa personnalité. Carrie est mère d'une petite fille, Frannie. Fruit de sa relation avec Nicholas Brody, elle s'occupe seule de son enfant depuis la mort de ce dernier. On apprend au fil des épisodes que Carrie joue un double jeu. En plus de son travail avec les avocats défendant les droits des citoyens américains musulmans, l'ex-agent de la CIA conseille la présidente élue. Cette alliance sera vue d'un très mauvais œil par les services de renseignements et elle en subira vite les conséquences. Dar Adal (F. Murray Abraham) jouera de ses relations pour lui faire retirer la garde de sa fille. Cet événement est l'occasion de découvrir une autre facette du personnage et de constater qu'il a considérablement évolué.

Jadis, elle se serait lancée dans une guérilla contre les services sociaux et aurait tout fait – même le pire – pour récupérer sa fille. Mais dans cette saison, après avoir difficilement digéré la nouvelle, Carrie se ressaisit et suit les instructions de l'assistante sociale à la lettre dans l'espoir de retrouver Frannie. Et Claire Danes se révèle parfaitement juste dans son interprétation, entre l'attente désespérée et la volonté d'être une bonne mère. Notamment, les doutes qu'elle avait lors des précédentes saisons sur ses capacités maternelles sont vite oubliés lorsqu'elle a l'opportunité de rendre visite à sa fille. Malheureusement, on lui apprend que la fillette est malade. Elle redouble alors d'efforts pour convaincre l'assistante sociale de la laisser la voir quand même. En bref, elle ne se laisse pas démonter même si elle sait très bien qui est derrière tout cette mascarade. Carrie préfère jouer dans les règles lorsqu'il s'agit de sa famille.

Ce côté maternel est aussi représenté dans sa façon de s'occuper de Peter Quinn, qui souffre du syndrome de stress post-traumatique des anciens combattants. Elle n'accepte pas le rejet total de son ancien amant du centre pour vétérans, supposé l'aider pour sa rééducation et réhabilitation. Le sachant fragile et à la limite de la paranoïa, elle l'invite à vivre chez lui. Mais elle ne peut malheureusement pas lui éviter un destin tragique dans le dernier épisode. Carrie réendosse donc son rôle de mère nourricière et représente à nouveau une certaine personnification des États-Unis. La série renoue alors avec un thème fondateur.

Une intrigue plus proche de l'actualité

©Showtime

© Showtime

Même si les premiers épisodes sont brouillons et lents, certains personnages posent des questions essentielles sur la politique intérieure des États-Unis. D'abord avec le personnage de Sekou Bah, jeune musulman accusé de propagande terroriste. Carrie va défendre ses droits coûte que coûte. Ensuite avec Peter Quinn, qu'on avait laissé entre la vie et la mort. Sa période de rééducation donne une mauvaise image des centres pour vétérans. Ces deux arcs narratifs traînent en longueur sans être traités en profondeur, mais la série a le mérite de mettre en lumière ces thématiques. Elles apportent deux éclairages intéressants sur le traitement des "ennemis" et des "alliés" du pays.

Chaque épisode a su faire monter le rythme de la saison crescendo. Grâce à des intrigues qui résonnent fortement dans l'actualité. La saison aborde des sujets forts comme la désinformation, les fake news, les manifestations, l'utilisation des données personnelles, les mesures politiques, etc. La présidente élue se retrouve confrontée à une vidéo trafiquée de son fils, soldat mort au combat, qui le fait passer pour un traître. Derrière cette manipulation d'opinion se cache Dar Adal, qui fait tout pour nuire à Elizabeth Keane. Il ira jusqu'à lui mentir sur les accords passés avec l'Iran sur l'armement nucléaire. Le peuple américain se retourne contre elle et se rassemble dans la rue pour scander "Not my president!". La frontière entre la fiction et la réalité est bien mince quand des événements comme ceux-là sont repris. Recoucou Donald Trump. Ce dernier avait vivement critiqué l'administration Obama pour l'accord sur le nucléaire avec l'Iran, signé en juillet 2015. Depuis son élection, des manifestations en réaction à la gouvernance de Trump ont eu lieu dans le monde entier, que ce soit pour le droit des femmes ou en réponse au décret anti-immigration qu'il avait signé.

Avec l'épisode final, les showrunners ont su nous redonner goût à la série. La présidente élue est prise pour cible, mais elle échappe à cette tentative d'homicide grâce à Carrie et Dar Adal. On pensait en rester là. C'était sans compter l'effet de surprise voulu par Howard Gordon et Alex Gansa. Elizabeth Keane, n'ayant plus confiance en personne, manipule Carrie pour mener à bien ses projets et finit par prendre goût au pouvoir. La saison se finit sur une décision choquante. Dar Adal sous les verrous, c'est au tour de Saul Berenson de se faire arrêter. Pire encore, la présidente décide purement et simplement de purger les services de renseignements. Carrie se retrouve désarmée face à une présidente paranoïaque qui risque de devenir incontrôlable. Ce final est encore plus pessimiste que la situation actuelle.

Si vous aviez abandonné le show (et on peut le comprendre), ne passez pas à côté de cette dernière saison. Même si elle est inégale, elle mérite d'être vue. On peut aussi regretter un Saul Berenson (Mandy Patinkin) un peu mou, voire inexistant dans certaines situations. Malgré un début confus, l'intrigue politique solide arrive à reprendre le dessus et nous entraîne dans un rythme effréné jusqu'au season finale. Dans cette saison, la menace vient de l'intérieur plus que de l'extérieur. Les créateurs ont su renverser les codes auxquels ils nous avaient malheureusement habitués dans les saisons précédentes pour revenir à l'essentiel. La série a su renouer avec ses thématiques du début : la politique intérieure et la notion de mère-patrie. En somme, du Homeland, du vrai. On est impatient de découvrir les prochaines saisons.