Un hôpital indien a traité le premier cas d’addiction à Netflix

Les dérives du visionnage boulimique, chapitre un.

© CBS

Si on connaît tous la sainte Trinité du chill sériel (chocolat chaud + plaid + Netflix), les Français sont loin d’être les plus gros binge-watcheurs du monde. Depuis que la plateforme de streaming est disponible en Inde, où elle produit d’ailleurs des séries locales telles que Le Seigneur de Bombay et Ghoul, ses habitants en raffolent. C’est bien simple, selon un sondage de Limelight Networks relayé par Gadgets 360 et réalisé sur un échantillon de 5 000 consommateurs en 2017, les Indiens passeraient en moyenne 8 heures et 28 minutes par semaine devant des vidéos sur le Net (contre 4 heures dans l’Hexagone). Et sur les sites de streaming, cette tendance entraîne malheureusement des dérives voire des pathologies latentes.

Ainsi, le SHUT (Service for Healthy Use of Technology) de Bangalore, ville située dans l’État de Karnataka en Inde, assure avoir accueilli le premier patient de l’histoire souffrant d’une addiction à Netflix. Selon le quotidien The Hindu, l’individu est un homme sans emploi de 26 ans, qui passerait plus de 7 heures par jour devant Stranger Things et consorts afin d’oublier ses problèmes. Depuis six mois, l’anonyme hibernerait devant la plateforme de streaming, complètement déphasé. Il souffrirait également d’une forte pression familiale concernant son statut social et d’une mésestime de soi due aux succès de ses amis.

Chaque matin, son premier réflexe était d’allumer son écran. Les symptômes relevés par les médecins sont assez alarmants : fatigue des yeux, épuisement mental, troubles du sommeil et une incapacité à se maîtriser. Le SHUT compare ces derniers à l’addiction aux jeux vidéo, qui a récemment été reconnue comme une pathologie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La dépendance aux sites de streaming comme Netflix se range donc dans la catégorie des maladies mentales.

"C’est un moyen de s’évader"

"Il voudrait regarder des séries continuellement, explique le docteur Manoj Kumar Sharma, en charge du SHUT. C’est un moyen de s’évader. Il a l’impression d’oublier ses soucis personnels et d’en tirer une grande satisfaction." Son équipe tente différents traitements thérapeutiques pour aider le patient à sortir de son addiction : des séances de sophrologie pour lui apprendre à gérer son stress, un suivi psychologique ainsi qu’un conseiller d’orientation personnel pour retrouver du travail.

L’addiction aux sites de streaming devient de plus en plus préoccupante pour les thérapeutes, psychologues et psychiatres du monde entier. Ces derniers souhaitent d’ailleurs l’inscrire dans le DSM-5 sorti en février dernier, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, où sont recensées toutes les pathologies du genre (addictions, schizophrénie, spectre de l’autisme, hypersexualité…). Les spécialistes demandent également des interventions dans les collèges et lycées, où le risque de dépendance est le plus élevé.

De l’autre côté, Netflix est conscient du problème d’addiction qu’entraîne la manie du binge-watching. Dans un panel tenu l’année dernière devant des journalistes américains, Reed Hastings, le fondateur de la plateforme, s’inquiétait de ce phénomène auprès des bingeurs : "quand vous regardez une série sur Netflix et qu’elle vous tient éveillée la nuit, c’est que vous êtes dépendant·e. On concurrence le sommeil, et c’est un problème qu’on ne peut laisser de côté." L’heure de l’anti-visionnage boulimique a-t-elle sonné ?