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House of Cards : une saison 4 aussi folle que pertinente

Netflix a mis en ligne vendredi dernier la quatrième saison de House of Cards. Au programme, rebondissements, machiavélisme et résonance assourdissante avec les vraies élections américaines.

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La saison 3, non dénuée d'intérêt mais un poil molassonne, vous avait laissé à quai ? Revenez ! Après le binge watching de la quatrième saison, elle apparaît clairement comme une transition, une phase de préparation indispensable à ce qui vous attend maintenant.

#1 Frank Underwood se fait tirer dessus

C'est sans doute le moment le plus fou de cette saison, qui rappellera de bien mauvais souvenirs aux Américains (Reagan, JFK). Dans l'épisode 4, Frank Underwood (Kevin Spacey) se fait tirer dessus par l'ex-journaliste désespéré Lucas Goodwin, en pleine campagne pour les primaires démocrates. Son bodyguard, Meechum (oui, le mec du plan à trois le plus zarbi du monde), en paie le prix fort. Pendant quelque temps, Frank lutte alors avec sa psyché, et les vieux fantômes refont surface. Dans une scène cauchemardesque, il se retrouve bloqué à la Maison-Blanche en compagnie de ses victimes, Peter Russo et Zoe Barnes.

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Sorti d'affaire grâce à une greffe de foie (et aux magouilles du fidèle Doug), Underwood souffrira physiquement le reste de la saison. Et encore une fois, pour qu'il (sur)vive, il faut que quelqu'un d'autre meurt. C'est la seule véritable conséquence de cette tentative d'assassinat. Physiquement diminué, il va devoir se reposer sur Claire.

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Cet arc narratif permet aussi de mettre sur le devant de la scène le problème majeur de la circulation des armes aux États-Unis. Claire Underwood se lance dans une bataille avec la NRA et ses puissants lobbyistes pour réglementer davantage le port des armes. Comme dans la vraie vie, le sujet est très délicat et le projet de loi, soutenu par l'opinion publique, ne passe pas.

#2 Cinquante nuances de Claire

L'état critique du Président permet au showrunner Beau Willimon de braquer les projecteurs sur Claire Underwood. Médiatiquement, la première dame gère ce moment à la perfection, façon Jackie Kennedy. En coulisses, elle ne perd pas le nord et influence le vice-présent Blythe, submergé par ses soudaines responsabilités. Intimement, Claire se débat avec ses émotions : le choc de découvrir son mari amoindri, de ne pas ressentir ce qu'il faudrait. La parfaite Robin Wright brille comme jamais dans cette saison de haute volée.

Fascinante, aussi déterminée et impitoyable que son mari mais un poil plus humaine, Claire est sur le point de quitter Frank en début de saison. Dans les premiers épisodes, elle lui fait comprendre à coups de tactique vicieuse qu'elle peut devenir sa pire ennemie politique. Il faudra qu'il se fasse tirer dessus pour se rendre compte qu'elle n'est pas rien sans lui comme il le pensait. C'est même complètement l'inverse.

De nouveau alliée de son mari, avec qui elle fomente un coup d'éclat politique, Claire doit alors gérer la mort de sa mère (excellente Ellen Burstyn), avec laquelle elle entretient une relation pour le moins complexe. Elle s'autorise alors un break en compagnie de l'écrivain Tom Yates, l'un des rares qui comprend les Underwood, selon les mots de Frank himself.

Claire, fille, amante, tacticienne politique hors pair et épouse, et ses multiples visages sont particulièrement explorés. Elle en devient même difficile à suivre. À peine se prend-on de sympathie qu'elle fait montre d'autant de cruauté et de manque de conscience morale que son mari la scène suivante. Ces deux-là ne sont pas partenaires à vie pour rien.

#3 Les élections sont passionnantes

Cette saison a des airs de miroir déformant des véritables élections présidentielles, qui se tiennent parallèlement aux états-Unis. D'ailleurs, on vous l'avait dit, Frank Underwood a tous les atouts pour être un président IRL.

Les Underwood vont devoir redoubler d'ingéniosité et de coups fourrés pour évincer les Conways, couple de républicains adorables, modernes (ils se filment constamment sur Instagram & co) et presque (c'est là toute la différence) prêts à tout pour conquérir la Maison-Blanche.

Prêts en tout cas à s'acheter les bonnes grâces d'un moteur de recherche (Pollyhop) simili Google. House of Cards nous montre à quel point les techniques de com' digitales, l'espionnage domestique, l'opinion publique et les médias influent sur une élection ou la justice. Peu importe que les Conways flirtent avec l'illégalité, il leur suffit de bien présenter les faits au public pour s'en tirer indemnes, et même augmenter leur cote de popularité.

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Mais ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire la grimace. Par une énième manœuvre politique, les Underwood réussissent à s'imposer comme candidats démocrates exactement comme ils l'avaient planifié : lui président, elle vice-présidente. Une première dame aussi influente que Claire Underwood dans la politique américaine ? Coucou Hillary Clinton, passée de première dame en 1993 à candidate en pole position des primaires démocrates en 2016. OK, ça lui a pris vingt ans quand Claire s'est imposée en trois ans dans House of Cards, timing de série oblige.

Les élections dans la série balaient plusieurs thèmes actuellement brûlants dans la vraie course américaine :  les dérapages racistes (fuite d'une photo du père de Frank Underwood avec un membre du Ku Klux Klan, déclarations fracassantes de Donald Trump en vrai, comparé à Hitler ces derniers jours), la lutte contre le terrorisme islamiste (ISIS devient l'ICO) ou encore le patriotisme à tout crin.

Ce qui frappe surtout les esprits, c'est qu'en 2013, House of Cards était vue comme une satire d'un cynisme incroyable. Elle l'est toujours trois ans plus tard, mais si on la compare au cirque des élections américaines actuelles, les scénaristes s'approchent de plus en plus de la vérité. Ce qui en dit long sur l'état de la plus puissante démocratie mondiale.

#4 Frank ne s'est pas (du tout) adouci

S'il a baissé les armes face à sa femme, Frank Underwood n'est pas devenu un enfant de chœur pour autant après qu'on lui a tiré dessus. Dans une scène absolument glaçante de l'excellent épisode 10, le Président confesse à Cathy Durant (Jayne Atkinson) – sa secrétaire d'État qui lui tient tête – le meurtre de Zoe et Peter, un coupe-papier menaçant à la main. Et s'il éclate de rire, faisant passer son aveu pour une mauvaise blague, il aura gain de cause.

Au début de l'entretien, Cathy lui dit "Je n'ai pas peur de vous". À la fin, elle est terrifiée et finit par se rétracter et soutenir Claire publiquement.

Pris en tenaille entre une prise d'otages et les révélations sur ses magouilles, Frank décide de se la jouer Palpatine avec l'appui de Claire, partant dans "une guerre contre la terreur". Il s'agit évidemment d'une tactique pour repousser les élections présidentielles, qui se présentent très mal pour le couple.

"That's right, we don't submit to terror. We make the terror." ("Nous ne nous soumettons pas à la terreur. Nous la créons.") Pour la première fois, Claire franchit le quatrième mur comme son mari, et nous regarde face caméra. Plus machiavéliques que jamais, les Underwood sont prêts à tout pour rester au pouvoir. Comme le dit Claire à un leader terroriste un peu plus tôt, la démocratie n'est qu'un outil pour arriver à leurs fins.

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#5 Journaliste dans House of Cards, un métier maudit

Il ne fait pas bon travailler dans la presse dans House of Cards. Les journalistes, de nouveau sur le devant de la scène cette saison, apparaissent dans leur écrasante majorité comme des victimes collatérales de l'ambition de Frank.

Alors qu'on pensait l'affaire épuisée après le meurtre de Rachel en fin de saison 3, le serpent de mer Peter Russo/Zoe Barnes connaît de nouveaux rebondissements et le sang finit par gicler du côté du principal intéressé, Frank Underwood. Au passage, la série a de nouveau sacrifié un journaliste compétent et sain d'esprit avant d'avoir eu affaire au couple présidentiel.

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On revoit aussi une Janine Skorsky traumatisée et sous Xanax le temps d'une scène. C'est finalement le journaliste à la retraite Tom Hammerschmidt qui reprend le flambeau des casseroles Underwood. Alors forcément, on a peur pour lui. On ne donne pas cher de sa peau, et pourtant, surprise, il arrive à ses fins en exposant une (petite) partie des mensonges de Frank. Well done Tom.

On continuera d'avoir très peur pour lui (et pour la démocratie) dans la prochaine saison, qui change de showrunner. Pour son dernier tour de piste avant de passer la main, force est de constater que Beau Willimon termine en apothéose. La saison 4 de House of Cards est l'une des meilleures du show.