En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Fabrice Gobert (Les Revenants) : "S'il y a une saison 3, elle sera très différente"

La série phénomène qui a redonné le goût du fantastique aux téléspectateurs français revient enfin pour sa deuxième saison, diffusée à partir de ce lundi 28 septembre sur Canal+. Rencontre avec Fabrice Gobert, le showrunner des Revenants. 

©Canal+

© Canal+

Biiinge | Que s'est-il passé entre la première et la deuxième saison ?

Fabrice Gobert | On a pris du temps. Ecrire une saison 2 est très difficile. Il y a beaucoup d'écueils à éviter. Beaucoup de portes ont été ouvertes avec la première saison. On savait vers quoi aller mais ça a été dur de trouver un point de départ pour cette deuxième phase. On a cherché longtemps le moteur avec les auteurs. On a envisagé de repartir tout de suite après la saison 1, ce qui posait plein de problèmes. Et il y a eu cette idée de réaliser une ellipse six mois plus tard. Ca n'a pas convaincu tout de suite Canal+. On a dû reproposer des choses. Le premier épisode a connu plusieurs versions.

Comment avez-vous réussi à vous en sortir ?

On a eu le déclic avec le personnage de Berg (Laurent Lucas). C'est l'archétype du mec qui revient sur ses terres, un peu comme dans Top of the lake récemment. On sent qu'il a une histoire intime avec le décor. Il va mener une double enquête : le barrage et quelque chose lié à sa trajectoire personnelle. Ce personnage prend en compte toutes les interrogations que le spectateur a pu avoir à la fin de la saison 1.

Aviez-vous des références culturelles en tête au moment de l'écriture ?

Oui, j'en ai énormément. Je me nourris beaucoup d'oeuvres différentes. L'épisode de la grossesse d'Adèle (le premier) m'a renvoyé à Alien 3. Sur le plateau, on écoutait la musique de Rosemary's Baby parce que ça nous faisait marrer. Je trouve ça bien pour les acteurs aussi parce qu'ils ont des rôles compliqués. On leur demande de jouer une mère qui retrouve sa fille morte ou un mec qui découvre qu'il est mort. Je ne sais pas comment ils font ! Sur le plateau, l'indication c'est "débrouille-toi !" (rires). Aux Etats-Unis, on a l'impression que les acteurs peuvent dire n'importe quoi, on y croira toujours. En France, il faut vraiment mettre le paquet.

Pour en revenir aux références, il y eu aussi Gustave Doré, un peintre dont les lumières étaient géniales. Il y a un plan de radeau dans l'épisode 1 qui est très inspiré de cet illustrateur. On joue avec des références comme les films de Cronenberg et Lynch. J'avais aussi parlé du film danois Morse qui m'a beaucoup marqué.

"La forme ne doit pas prendre le pas sur le fond"

Vous avez conservé cette esthétique et cette atmosphère si particulière aux Revenants... 

Dès le début, j'avais dans l'idée de réaliser une série stylisée, puisque nous partions dans le genre fantastique. Avec quelques références en tête, comme les clichés du photographe Gregory Crewdson, j'ai rencontré un chef opérateur (Patrick Blossier) très partant pour ça. On a même été un peu plus loin en saison 2, tout en gardant en tête que la forme ne doit pas prendre le pas sur le fond.

Sur le rythme, il y a quelque chose de suspendu, qui permet de faire croire à un faux temps réel. On est ainsi au plus près des personnages. Canal+ a été séduite par cette proposition. Mais la vraie originalité des Revenants, c'est le fantastique. On n'avait pas beaucoup de modèles en France sur cet aspect, et ça m'allait très bien.

©Canal+

© Canal+

Dans le premier épisode, la scène du cerf marque les esprits. Comment s'est-elle déroulée ? 

Ça m'a pris 10 minutes d'écrire : "le cerf s'écrase sur la place de la Médiathèque". J'ai refilé la séquence au réalisateur et... Ça a été un enfer ! Ils ont passé 10 heures pour cette scène qui ne dure même pas une minute. J'étais relou parce que je voulais qu'il descende les escaliers et les animaliers disaient que c'était possible (rires). On a eu le même genre d'histoire avec un loup en saison 1.

Vous allez plus loin dans l'aspect fantastique cette saison. Était-ce une volonté de votre part ? 

On n'avait pas une volonté claire d'aller vers davantage de fantastique mais il fallait creuser tous les aspects de la saison 1, dont le genre. On a contrebalancé cela par des situations très concrètes, comme la présence des militaires. Le but était de conserver un équilibre entre le fantastique et le réalisme. Certains épisodes sont plus chargés que d'autres, mais je ne voulais pas changer l'ADN de la série. La base, c'est une situation réaliste à laquelle on ajoute un élément fantastique qui vient tout bouleverser.

 "Je voulais donner tous les éléments du puzzle"

Comment avez-vous contourné le fait que les enfants, notamment le jeune Victor, avaient grandi ?  

La perception des gens est très différente. Certains m'ont dit que Victor n'avait pas grandi. Dans le scénario du premier épisode, j'ai fait en sorte qu'on ne puisse le voir qu'à la fin. L'idée était d'entretenir le mystère sur son changement. Pour le cas de Victor, c'est expliqué dans l'épisode 2. C'est aussi parce qu'il s'est passé deux ans et demi qu'on a opté pour l'ellipse de six mois. Tous les acteurs ont changé. J'ai découvert qu'en faisant une série, c'est très important de coller les saisons les unes aux autres, car les gens changent !

Vous revisitez la figure du zombie avec Les Revenants. Vous êtes-vous fixé des règles sur ce que peuvent faire vos revenants ?

Oui, tout à fait. On a écrit assez tôt dans la saison 2 la chronologie de l'histoire de la vallée, les règles auxquelles elles obéissent ou encore la façon dont les revenants évoluent. Tout ça était très important. On voulait de la cohérence. Les contraintes, comme le fait que Swan Nambotin (Victor) ait grandi, peuvent donner des idées formidables.

LES REVENANTS Chapitre 2

Les téléspectateurs auront-ils droit à une conclusion ?

Je sentais qu'il fallait tendre vers ça en saison 2, mais le mot conclusion est très définitif. Il y a des mystères et petit à petit, on met en place des histoires qui les éclaircissent. À la fin de la saison 2, le spectateur doit pouvoir se raconter une histoire, qui variera selon les points de vue. Je voulais en tout cas donner tous les éléments du puzzle, mais il n'y a pas de solution.

Je n'ai pas créé un "whodunnit" comme Broadchurch. Ce qui compte, c'est la façon dont les personnages vivent les histoires. L'intrigue ne doit pas être plus importante qu'eux. En saison 2, il sont revenus de leur stupéfaction et sont davantage dans l'action. Ils veulent être ensemble, avec la personne qu'ils aiment, et ils luttent pour cela. Les personnages sont le moteur essentiel des Revenants.

La fin de Lost, une de vos références, a divisé le public. Vous n'avez pas peur de faire de même avec Les Revenants ?

J'ai eu l'occasion de rencontrer le showrunner Carlton Cuse. C'est vrai que je trouvais très compliqué de faire durer un mystère. Ca peut être une fuite en avant. Je n'ai pas peur tant que je reste convaincu que l'histoire est celle que je voulais raconter. J'ai l'impression qu'on a été dans la bonne direction. L'aboutissement est celui que j'avais en tête. Je verrais bien si ça satisfait ou frustre le public.

Avez-vous envie de partir sur une saison 3 ?

A partir du moment où on a mis 5 ans à faire deux saisons, la question d'une saison 3 se pose différemment. Il faudrait aller plus vite je pense, fonctionner autrement, et rechercher d'autres histoires. On arrive aussi en retard et je pense que Canal+ attend la réception du public. Est-ce qu'ils vont avoir envie de voir une suite ? Est-ce qu'ils vont sentir cette nécessité ou pas ?

Pour l'instant, il n'y a pas d'évidence à une saison 3, mais il n'y a aucune raison pour qu'il n'y en ait pas. Dans le cheminement de la saison 2, et en particulier dans l'épisode 8, les personnages sont confrontés à des situations très fortes, qui représentent un aboutissement. Si saison 3 il y a, elle sera très différente.