Irresponsable : avoir trente ans en 2016

Julien, ses mensonges et ses emmerdes, débarquent ce soir sur OCS dans la première saison d'Irresponsable, la dramédie française qu'on n'attendait plus. 

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Les États-Unis ont fait de la dramédie un genre à part : les filles vingtenaires de Girls, les homos de Looking, les quadragénaires de Togetherness, le couple trentenaire de Love, les familles dysfonctionnelles de Casual ou Transparent... Qu'ont donc en commun ces séries pour être qualifiées de dramédies ? Elles s'intéressent à des tranches de vie d'une certaine catégorie de personnes (un peu trop aux bobos feront remarquer ses détracteurs) et leur style de réalisation réaliste, proche des personnages, rappelle celui du ciné indé US.

En France, après quelques tentatives timides du côté d'OCS, qui aime le format court de 30 minutes l'épisode, le genre de la dramédie attendait encore un vrai beau représentant. Ancien élève de la section série de la Fémis, Frédéric Rosset vient enfin combler le vide en s'intéressant à ces trentenaires adulescents, piégés entre des perspectives d'emploi moroses, l'envie de rester immatures le plus longtemps possible, mais tout de même rattrapés par leur âge et les attentes qui y sont liées.

Une place non-négligeable est également attribuée aux ados dans la série, puisque son héros, Julien (Sébastien Chassagne), reparti vivre chez sa mère (Nathalie Cerda dans un rôle bien gratiné de maman poule déjantée) faute de boulot – et d'envie d'en trouver un –, découvre qu'il est l'heureux papa d'un fils de 15 ans, Jacques (Théo Fernandez).

Le scénariste traite ces sujets sur un ton comique, sans jamais tomber dans le grotesque, malgré l'énormité de certaines scènes. La faute à son interprète principal, Sébastien Chassagne. On pardonne tout à cet héritier de Pierre Richard, drôle et lunaire, qui incarne l'irresponsable en question : ses mensonges de plus en plus gros, ses tentatives maladroites pour être le "papa-pote" le plus cool du monde, son manque de jugeote permanent, ses provocations... Cet acteur est une vraie révélation. Sa personnalité nourrit toute la série.

Tu seras un homme, ou pas

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Il faut aussi avouer que Sébastien Chassagne est servi par d'excellentes répliques. Frédéric Rosset, accompagné par Camille Rosset (coscénariste), a réussi à sortir d'un style de dialogues trop engoncés, souvent reproché aux séries françaises. Les punchlines modernes sonnent juste, et accompagnent idéalement des situations rocambolesques, filmées dans des tons doux par Stephen Cafiero. De quoi nous redonner de l'espoir en un genre, la comédie française, si maltraité au cinéma.

Modernité dans le propos (crise de la paternité, du trentenaire, l'adolescence banlieusarde en 2016), mais aussi dans les situations : la France décrite ici existe vraiment. Pour tuer l'ennui des petites villes où jamais rien ne se passe, on fume des joints, on fait des soirées, on couche avec la mauvaise personne...

Contrairement à ses homologues américaines, on ne pourra pas reprocher à Irresponsable d'embellir le sort de ses protagonistes en ne s'intéressant qu'à une catégorie privilégiée de hipsters, qui voguent de soirées impro en concept stores cool. La série, si elle se passe près de la capitale, en banlieue, décrit davantage une vie provinciale que parisienne. On a tous un pote qui vit encore chez sa mère, dormant dans son petit lit une place d'enfant, mangeant des céréales devant des séries et fumant des pétards en cachette la nuit.

À mesure que la saison avance, Irresponsable gagne en maturité. Elle n'est plus seulement drôle, elle devient tendre et n'hésite pas à aborder des sujets sérieux, comme l'avortement. Sans dévoiler le dénouement évidemment, nous dirons seulement que l'auteur réalise un choix plutôt audacieux pour ces héros, pas le plus simple ou le plus évident. On espère grandement les retrouver tâtonner et avancer dans leurs vies pleines de trous la saison prochaine.