En saison 2, Marseille prend toujours l’eau mais tente de reboucher les trous

Le face-à-face insipide entre Robert Taro et Benoît Magimel laisse sa place à des intrigues actuelles et une écriture plus convaincante des personnages féminins.

Lynchée par la presse et les spectateurs français en 2016, Marseille avait récolté de biens meilleurs retours en Russie et au Brésil. Un succès à l’international suffisant pour que Netflix offre une deuxième saison à sa première production française, autrefois marketée comme le House of Cards hexagonal. Pour ce nouveau tour de piste, la plateforme a rebattu ses cartes en engageant trois scénaristes (dont le journaliste Philippe Pujol, lauréat du prix Albert-Londres en 2014 pour sa série d’articles sur les quartiers nord de la cité phocéenne) pour palier le départ du créateur Dan Franck.

Le "thriller politique" reprend tout de suite après le cliffhanger final de la saison 1, où Robert Taro (Gérard Depardieu) était victime d’un AVC. Sauvé in extremis par son rival à la mairie de Marseille, Lucas Barres (Benoît Magimel), le maire réélu reste incapable d’assurer ses fonctions après son attaque cardiaque. Son fils illégitime profite de cette opportunité pour siéger sur le trône de Massilia en ralliant à sa cause le Parti français, un Front national fictif composé de magouilleurs et de politiciens corrompus prêts à tout pour s’emparer de la ville.

On a retrouvé le respect des personnages féminins

© Netflix

La vraie bonne surprise de la saison 2 de Marseille concerne son traitement des personnages féminins. Les femmes de la série ont abandonné leur rôle de faire-valoir voire de poupées sexuelles pour prendre les rênes du show. Parmi elles, on distingue trois leadeuses majeures : Jeanne Coste, adjointe au maire, membre du PF et pastiche de Marion Maréchal-Le Pen, Rachel Taro, la femme de Robert qui prend sous sa tutelle un jeune immigré sans-papiers et futur Mozart du piano, et Julia Taro, leur fille, qui mène l’enquête sur le meurtre du patron de l’équipe de foot locale.

Toutefois, le personnage de Jeanne Coste, et le traitement du PF en général, manquent de créativité et s’aventurent dans un manichéisme maussade. La série se contente surtout de diaboliser le FN sans jamais apporter un véritable argumentaire politique. Les twists s’enchaînent dans des épisodes assez courts, offrant un rythme efficace, gâché par l’aspect "soap-orifique" de l’intrigue. Quant aux partitions inégales des acteurs – on pense à Magimel (qui a pourtant eu la bonne idée d’abandonner son accent du sud) et Depardieu, toujours en mode semi-flemme –, elles virent parfois à la catastrophe.

Natacha Régnier, l’interprète de Jeanne Coste, frise le ridicule dans son déficit d’éloquence et son incapacité à éprouver des émotions. On a souvent l’impression d’assister à du théâtre figé et mal foutu. Heureusement, les jeunes pousses de la série portent le navire à bout de bras, Stéphane Caillard (Borgia) en tête.

Dans la peau de Julia Taro, l’actrice est impeccable voire bouleversante dans l’épisode 3, où son personnage subit un profond traumatisme. Enfin, Guillaume Arnault (Prof T) confirme sa position de révélation de la série en campant le touchant Éric, tandis que Vladimir Consigny (Les Revenants) fait une entrée remarquée au Sporting marseillais.

Plus convenu, mais plus chiant ?

© Netflix

Si les scènes de sexe sont désormais moins offensantes et plus suggérées, et si les dialogues gênants ("Vous trouvez pas ça bizarre qu’on se touche le zob en parlant de Picasso ?", murmurait un Benoît Magimel en roue libre dans la saison 1) ont été atténués, Marseille reste insupportablement didactique. Chaque événement important qui survient est forcément exprimé dans les dialogues, à travers des scènes inutiles où les médias interrogent les protagonistes comme une mauvaise pub pour Bernard Tapie et son groupe La Provence.

Pourtant, les nouveaux scénaristes du show s’attaquent à des sujets actuels. En premier lieu, on découvre une cellule terroriste dormante qui tente de faire exploser le Vélodrome, ravivant les souvenirs douloureux des attentats du 13-Novembre et l’attaque ratée contre le Stade de France. Entre la montée de l’extrême droite et le climat angoissant généré par les actes de Daech, la saison 2 vise juste mais se perd au milieu de ses intrigues touffues, sans véritable liant pour raccrocher les spectateurs.

Le scénario de ce deuxième chapitre semble plein de bonne volonté mais est trop confus pour apporter une réponse pertinente et réfléchie sur la palette de thématiques explorées. De plus, ce qui faisait le ridicule de la série en saison 1 viendrait presque à nous manquer : les scènes de sexe affligeantes, l’accent de Magimel, les punchlines navrantes de Lucas Barres, les personnages des quartiers nord ultra-caricaturaux apportaient finalement un second degré divertissant. Paradoxalement, en essayant de rentrer dans le rang et de corriger ses défauts, Marseille est devenue bien plus ennuyeuse et poussive que la grande farce bordélique de la saison initiale.

Si une saison 3 de Marseille venait à voir le jour (la fin de la saison 2 laisse en tout cas la porte ouverte), le thriller politique soap-opera phocéen parviendrait peut-être à trouver son rythme de croisière, quelque part entre la bêtise involontairement tordante des situations de la saison initiale et le sérieux retrouvé mais trop convenu de ce nouveau chapitre. En attendant, la première production française de Netflix reste une déception dans les grandes lignes, qui fait tache au sein de la créativité sérielle de l’Hexagone.

Les deux premières saisons de Marseille sont disponibles en intégralité sur Netflix.