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Pourquoi "New York, I Love You" est le meilleur épisode de la saison 2 de Master of None

Pas parce que l’épisode se déroule à New York.

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On a reproché à Aziz Ansari d’être centré sur lui-même dans la saison 2 de Master of None. Si la romance contrariée de son alter ego de fiction Dev avec l’Italienne Francesca (Alessandra Mastronardi) prend effectivement pas mal de place, c’est oublier un peu vite des épisodes comme "Thanksgiving", ce dernier étant dédié à la trajectoire de Denise (Lena Waithe) et à son parcours pour faire accepter son homosexualité auprès de sa mère, ou l’excellent "New York, I Love You".

Dans cet épisode stand-alone (qui peut se regarder indépendamment des autres), Dev et ses amis se rendent au cinéma pour voir un film d’horreur dont tout le monde parle, Death Castle. Mais cette fois, ils ne seront pas les stars de Master of None. Dans un procédé façon Short Cuts de Robert Altman, Alan Yang – cocréateur et coscénariste de cet épisode avec Aziz Ansari et Cord Jefferson – va mettre en scène trois autres personnages, qui se croisent au hasard des rues new-yorkaises. Ils exercent des boulots alimentaires, où ils ne gagnent pas des mille et des cents.

Le premier, Eddie, est portier dans une résidence de riches. On suit son travail au quotidien, qui se révèle plutôt stressant, entre réflexions totalement déplacées révélatrices d’un racisme latent et demandes de petits services en extra. Bonne pâte, Eddie tente d’aider les résidents comme il peut, mais quand il faut à la fois surveiller les allées et venues de l’épouse d’un homme infidèle et nourrir deux piafs (l’un doit prendre un médicament qui rend fou l’autre, donc il ne doit pas se tromper !) d’un autre appartement, l’affaire se corse.

Ce petit segment extrêmement bien écrit se révèle à la fois léger et drôlement pertinent. Si vous n’en avez pas dans votre entourage, vous ne regarderez plus les portiers des résidences de bourges comme avant.

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Intersectionnalité

Humaniser. Se mettre réellement dans les baskets de l’autre. L’empathie est probablement la plus grande qualité humaine et professionnelle d’Aziz Ansari. C’est en écoutant les histoires des autres et de ses proches qu’il a nourri son travail, de son livre (où il part aux quatre coins du monde pour comprendre comment des gens de cultures et d’âges divers vivent la recherche de l’amour) à ses spectacles de stand-up en passant par sa série, Master of None.

Après l’histoire d’Eddie vient celle, encore plus saisissante, de Maya. Employée dans un magasin d’alimentation, la jeune femme est sourde. Le choix de mise en scène pour nous placer de son point de vue est aussi simple que rarissime, si ce n’est inédit : le son est coupé. Complètement. Passé la surprise de ne plus rien entendre, le spectateur entendant va se concentrer sur le personnage de Maya, incarné par Treshelle Edmond (elle-même sourde). Dans la première scène, elle se fait draguer par un homme, à qui elle doit faire comprendre à la fois qu’elle est sourde et en couple, donc pas intéressée.

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Si on comprend rapidement les problèmes que peut poser sa surdité au quotidien, Maya n’est pas caractérisée par son handicap, qu’on oublie au fil des minutes : elle n’aime pas que sa copine s’habille comme elle et, comme dans tous les couples, elle traverse une petite période de crise avec son mari, qui prend la forme d’une engueulade en plein milieu d’un magasin de déco type Ikea. C’est drôle (il faut voir Maya expliquer à son mec qu’elle veut un cunni, puis se faire engueuler par une maman sourde entourée de ses enfants qui font le signe du vagin), attachant et encore une fois très finement écrit.

Aussi, Maya est noire. Elle se retrouve donc au cœur du concept d’intersectionnalité (pluralité des discriminations) en tant que femme noire et sourde. Hormis Jenji Kohan avec Orange Is the New Black, la diversité intersectionnelle, qui permet de donner une voix à des personnes vivant des situations très spécifiques, se fait encore rare dans les séries ou au cinéma.

Ce n’est pas la première fois qu’Aziz Ansari et Alan Yang, tous deux enfants d’immigrés respectivement indiens et taïwanais, mettent en scène des personnages intersectionnels. C’était déjà le cas avec Denise, la meilleure amie noire et lesbienne de Dev. En revanche, les personnages sourds à la télévision restent particulièrement rares et trop souvent représentés comme doux et timides. Maya a un sacré caractère et une sexualité. On se prend à rêver d’un spin-off de Master of None centré sur son histoire.

Le dernier segment prend pour héros un chauffeur de taxi africain, Samuel (Enock Ntekereze), qui partage un petit appartement avec trois amis. Et ce soir, ils ont décidé d’aller se chauffer sur le dancefloor. Mais comme ils ne sont ni les plus stylés, ni les plus riches, qu’ils sont noirs et accompagnés de zéro femme, ils galèrent à entrer.

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Ça pourrait être chiant ou trop triste, mais Aziz Ansari est plutôt du genre éternel optimiste. Les pérégrinations tragicomiques des personnages les emmènent dans un fast-food où travaille le quatrième coloc. Ils y rencontreront quelques filles, en galère comme eux. Et finalement, tout le monde passera une bonne soirée. Et histoire de boucler la boucle, tous nos personnages du temps de l’épisode, ainsi que Dev et ses amis, se retrouvent dans une salle de cinéma pour regarder Death Castle.

Ces tranches de vie, sublimées par l’empathie d’Alan Yang et Aziz Ansari, font de cet épisode un véritable petit chef-d’œuvre du genre très prisé de la dramédie. Il sort du lot au milieu d’une saison 2 de Master of None déjà excellente.