On a parlé de Safe, de figure paternelle et d’un revival de Dexter avec Michael C. Hall

Biiinge a pu rencontrer l’acteur Michael C. Hall, de passage en avril dernier lors du festival Canneseries, pour promouvoir sa nouvelle série, Safe.

© Red Production Company

Biiinge | Safe est votre premier rôle majeur dans le monde des séries depuis Dexter. Qu’avez-vous vu dans cette série qui vous ait fait prendre cette décision ?

Michael C. Hall | Je pense que c’est la qualité du script. À la première lecture, j’ai juste pensé que c’était extrêmement bien écrit. Il mettait en place un vrai univers cohérent, avec beaucoup de personnages qui me parlaient. Ça a été l’impulsion initiale.

J’ai aussi aimé le fait qu’il y ait une fin bien claire, un nombre fermé d’épisodes. Et puis, la série m’a donné la chance de tourner en Angleterre et d’incarner un personnage anglais. Tout cela a constitué une opportunité unique et un joli challenge.

Est-ce si différent de travailler en Grande-Bretagne par rapport aux États-Unis ?

Et bien, au-delà de l’accent, les Anglais ont une relation au langage qui est différente. Il y a une vraie délectation de la langue dans leur façon d’utiliser les mots et de parler.

Pour ce qui est de la logistique, la façon de tourner en Grande-Bretagne est plus "civilisée". La journée de travail a un début et une fin [rires]. Tu ne travailleras pas plus de 10 ou 11 heures. Parfois, aux États-Unis, ça peut tirer jusqu’à 14 ou 15 heures de travail. Tu dois travailler jusqu’à ce que ce soit fini. Ça peut devenir assez douloureux.

Pourquoi le personnage de Tom, en particulier, vous a séduit ?

C’est un mec normal, un père de famille, à qui il arrive des choses dingues, à l’opposé d’un certain personnage que j’ai incarné pendant plusieurs années, qui était dérangé à l’intérieur et à qui il arrivait des trucs dingues aussi.

Le gros de ma préparation a été de travailler mon accent. Je vivais à Londres quand j’ai décroché ce travail. J’ai aussi fait quelques recherches et discuté avec d’anciens militaires anglais et des chirurgiens pédiatriques, car mon personnage est un vétéran et un chirurgien. Je voulais confronter l’idée que j’en avais, qui venait des États-Unis, avec la réalité anglaise.

"Tom est guidé par un besoin irrépressible d’agir"

Face à ce qu’il lui arrive, Tom ne va pas attendre la police. Il s’improvise détective lui-même.

Oui, il devient rapidement convaincu que personne ne lui dit l’entière vérité et que lui seul pourra trouver des réponses dans l’urgence. Dans une telle situation, même si vous naviguez à vue, sans trop savoir ce que vous faites, vous avez besoin d’agir. Il ne peut pas juste s’assoir, et attendre. Je pense que le personnage de Tom est vraiment guidé par ce besoin irrépressible de faire quelque chose, même s’il ne sait pas exactement ce que c’est. Il est désespéré.

Il est au centre d’une sacrée galerie de personnages, tous plus ambigus les uns que les autres…

Oui, la partie fun du show repose sur ces nombreux personnages qui peuplent cet univers. Chacun d’entre eux peut raisonnablement être coupable du crime central. Au fur et à mesure que l’on avance, on comprend qu’ils cachent tous un secret qui contredit l’image qu’ils renvoient aux autres. Ce en quoi on peut tous se reconnaître.

Même Tom a son secret.

Pour lui, cela a à voir avec les circonstances de la mort de sa femme et où il se trouve émotionnellement. C’est un chirurgien pédiatrique. Dans le cadre de son travail, il a affaire à des situations de vie et de mort et il est parfait. Il sauve des vies.

Mais dans sa vie de famille, quand il s’agit de venir en aide à sa chair et son sang, à ses enfants ou sa femme, il est complètement perdu. Il ne sait pas comment prendre la bonne décision. Professionnellement, c’est un excellent chirurgien, mais en tant que père, il a des choses à apprendre !

© Red Production Company

Aviez-vous des références culturelles en tête sur le tournage de Safe ? J’ai rapidement pensé à un Desperate Housewives en plus dark…

Oui, je vois. Je n’avais rien de précis en tête mais j’ai aimé la combinaison que propose la série. Il y a des éléments réunis ici que l’on voit habituellement séparés. On a l’aspect thriller, mais aussi le drama familial et une vraie étude de personnalités. Tout cela dans une seule série. Il y a pas mal de twists aussi. Je ne les avais personnellement pas vus venir. J’espère qu’ils surprendront les spectateurs autant qu’ils m’ont surpris.

Au milieu de tous ces personnages, Jojo et sa famille apportent un côté assez comique au sein d’un univers plutôt sombre.

Oui, la storyline autour de Jojo permet d’apporter des scènes plus légères et drôles, mais tout en restant intégrée au sein de cet univers plus large. Ils se retrouvent dans une situation complètement folle, et c’est assez drôle de voir ces gens tenter de devenir des maîtres du crime, alors que clairement, ils ne savent du tout pas ce qu’ils font [rires].

Dans Safe, vous donnez la réplique à une actrice française, Audrey Fleurot.

Oui, c’était marrant, on était un peu les deux étrangers de l’équipe : l’Américain et la Française. Je vous avoue que je ne connaissais pas bien le travail d’Audrey en France, mais j’ai tout de suite compris pourquoi c’était une star. Elle possède une présence très magnétique.

"Je suis ouvert à l’idée d’un retour de Dexter"

Vous êtes producteur exécutif sur Safe. Qu’est-ce que cela implique pour vous ?

En fait, c’est juste une façon d’avoir plus de contrôle sur son personnage, de pouvoir dire à un moment : "Ça, je pense qu’il faudrait le changer." Honnêtement, c’est aussi une façon d’être un peu propriétaire du show. Si je n’avais pas été aussi bien entouré de personnes qui font très bien leur job, j’aurais peut-être dû m’impliquer davantage dans certains domaines de la production. Mais je n’ai pas eu de désaccord avec l’équipe. Tout a été si bien exécuté.

Être producteur exécutif, ça permet aussi d’avoir la bonne personne au téléphone beaucoup plus vite [rires].

Entre Dexter, Six Feet Under et maintenant Safe, vos plus grands rôles ont à voir avec la famille, la figure du père et les secrets qui rongent. Est-ce un choix délibéré ?

Je peux apprécier la présence de thèmes communs dans les rôles que j’ai choisis tout au long de ma carrière. Il y a sûrement quelque chose d’inconscient là-dedans, qui inspire mes choix. Mais ce n’est pas non plus le but de ma vie. Je n’ai pas de cahier des charges qui dirait : "Il faut que je joue un personnage qui a des secrets et des problèmes avec son père" [rires]. Et en même temps, j’ai une certaine fascination pour ce genre de thématiques, je ne peux pas le nier.

La tendance des revivals bat son plein à Hollywood. Est-ce qu’un retour de Dexter vous tente et quelle forme pourrait-il prendre ?

Je ne peux pas vraiment vous en parler, non pas qu’il soit en cours, mais je n’arrive pas à l’imaginer. Je suis ouvert à l’idée d’un retour de Dexter, mais je ne sais pas trop ce qu’il pourrait s’y passer. Dites-moi si vous avez une bonne idée [rires] !

Est-ce que ça a été difficile pour vous de vous détacher du rôle de Dexter ?

Oui, quand vous incarnez un personnage aussi longtemps, il finit par s’introduire dans vos cellules. Donc, j’ai eu besoin de changer d’air, de jouer différents personnages, d’exorciser ce personnage.

Êtes-vous satisfait de la fin de Dexter, qui avait créé la polémique à l’époque ?

Je sais que beaucoup de personnes n’ont pas été satisfaites par cette fin. Dans mon esprit, je la trouve complètement justifiable. Ça me paraît plausible que Dexter décide d’appuyer sur pause, choisisse de s’exiler et de simuler sa propre mort. Quant à la façon dont cela a été exécuté, on était tous un peu au bout du rouleau à ce moment-là. Mais sur le fond, cette fin me semble parfaitement logique, même si je comprends aussi qu’elle ait déçu des gens. Avec un peu de chance, on aura le droit à une sorte d’épilogue. Nous verrons bien.

Dexter est resté dans la vie des gens. Je suis toujours ravi quand je découvre que des personnes se demandent ce qu’il est devenu, ce qu’il fait…

Vous êtes une icône dans le monde des séries, mais en regardez-vous ?

Oui ! Mes séries de chevet sont The Wire, la version anglaise de The Office. La version américaine est bonne aussi mais celle de Ricky Gervais, je pourrais la regarder jusqu’à la fin des temps [rires]. Les Simpson. J’ai de la chance, c’est un moment incroyable pour travailler à la télévision. Je suis arrivé dans ce milieu au moment où des choses excitantes se passaient. Aujourd’hui, tous les chemins semblent mener à Netflix, ou Amazon. En tout cas, les séries sont devenues l’endroit où l’on développe les histoires les plus ambitieuses.

La série Safe, signée Harlan Coben, débute mardi 15 mai sur C8.