Missions réussit son décollage mais manque de carburant

La nouvelle série signée OCS fait honneur au genre de la science-fiction, mais souffre d’une défaillance d’écriture. Attention, légers spoilers.

MISSIONS S1 EP3

©️ Empreinte Digitale

Après le teen drama Les Grands et la comédie José, OCS lance le 1er juin sa nouvelle série originale baptisée Missions. Derrière ce nom fourre-tout se cache un projet ambitieux et inespéré en France : un show de science-fiction. Créée avec un budget modeste par des scénaristes fans de Spielberg et tombés dès leur plus jeune âge dans le trou de ver de la pop culture, Missions suit le parcours de spationautes européens dont l’objectif est d’atterrir sur Mars. Mais après un tragique événement, l’atterrissage se transforme en véritable crash, et les membres de l’équipage apprennent qu’ils ne sont pas les premiers à visiter la planète rouge.

On doit cette idée à Ami Cohen, Henri Debeurme et Julien Lacombe, trois auteurs confrontés au syndrome de Peter Pan et déterminés à accomplir leur rêve d’enfants : s’envoler dans l’espace, même si ce n'est que le temps d’une série. Nés à l’époque des premiers Star Wars et Alien, ils multiplient dans Missions les hommages au genre de la science-fiction. Si visuellement et au niveau de l’atmosphère, le pari est très réussi, la série souffre malheureusement de défauts d’écriture dans les personnages et de dialogues maladroits.

Onirisme spatial

MISSIONS

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Clairement, la force de Missions est de montrer aux Christopher Nolan et autres Alfonso Cuarón que même sans des budgets pharaoniques, il est tout à fait possible de recréer l’espace. Aux plans chargés et virevoltants des cinéastes américains, le réalisateur Julien Lacombe a opté pour des mouvements de caméra lents et élégants. Il filme l’espace de manière humble et poétique, sublimant toute la profondeur de cette étendue infinie. Les décors cosmiques, entièrement réalisés en 3D, sont superbes. La séquence d’atterrissage du pilote fait même un beau pied de nez à la CGI abusive des networks américains, comme l’Arrowverse de la CW.

La musique souligne toute l’angoisse de cette odyssée qui tourne au drame. L’atmosphère façon huis clos et cette sensation de piège qui se referme sur les personnages sont particulièrement bien mises en scène. Ces derniers étouffent dans leurs combinaisons, restent cloîtrés pendant des mois dans leur vaisseau et sont en proie à la démence et à la paranoïa. Ces thématiques, régulièrement exploitées dans les œuvres de science-fiction, Moon et Solaris en tête, prouvent que les créateurs ont saisi les bonnes références pour s’adresser aux fans.

Et des références, il y en a à foison dans la série. De Star Wars à Gravity, en passant par Alien (l’une des premières phrases du pilote se réfère au "huitième passager"), les hommages sont assumés et l'œuvre de réels passionnés. Les créateurs de Missions appuient sur la fibre nostalgique qui les anime, à la manière d’un Stranger Things dans l’espace, sans pour autant recycler bêtement des scènes cultes du septième art.

Autre référence qui saute aux yeux dès les premières minutes du pilote : Lost. Entre la situation de crash et de survie des spationautes, le coffre en orichalque qui évoque le bunker, les apparitions de fumée noire… l’intrigue de Missions est ponctuée de mystères montés à la sauce "lostienne", et invoque le désir des fans pour qu'ils théorisent et proposent leur propre interprétation. Au sein de la série d’OCS, et vu le cadre mystique de la planète rouge, cet aspect énigmatique fonctionne plutôt bien et donne envie d’enchaîner les épisodes pour en savoir plus.

Houston, nous avons un problème

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Malheureusement, ces points positifs sont en partie sabotés par de gros défauts d’écriture. Les personnages sont prévisibles, manichéens et très stéréotypés. Dans le joyeux crew du vaisseau Ulysse, on trouve le geek drôle et puceau, le commandant vénère qui a le sens du sacrifice, la psychologue isolée et torturée… Les dialogues sont d’ailleurs servis par des jeux d’acteurs inégaux. Une bonne partie des comédiens provenant du monde du théâtre, on ne peut que leur souhaiter le meilleur pour s’adapter au format et s’améliorer en saison 2.

Ces archétypes sont une petite déception car Missions propose une vaste palette de personnages internationaux : italien, russe, américain, français, allemand… Elle aurait pu se faire le porte-parole d’une mixité culturelle rare sur le petit écran français, mais elle les réduits à des personnages caractériels et peu attachants. Quant aux astronautes américains, ce sont presque des parodies d’eux-mêmes : ils sont méchants, ont des mitrailleuses et n’hésitent pas à s’en servir dans un endroit confiné où ils peuvent tous clamser. Enfin, l’intelligence artificielle du vaisseau est particulièrement agaçante : ses vannes ne font jamais mouche, alourdissent le récit et feraient pleurer le Jarvis de Tony Stark.

Le fait est que les créateurs de Missions viennent tous du milieu de la comédie, et cet aspect se ressent dans leur écriture. Elle oscille entre intensité dramatique et moments plus légers qui, certes, donnent du rythme à l’intrigue, mais cassent trop souvent le nœud de tension. Toutefois, ce petit défaut d’équilibre a tendance à disparaître au fil des épisodes, au fur et à mesure que les mystères prennent une place plus importante dans l’histoire.

Enfin, même si l’effort fourni par les créateurs est évident, et que la série reste un vrai travail de passionnés, de trop nombreuses incohérences viennent gâcher le plaisir de visionnage. Il y a, par exemple, l'annihilation complète de la pesanteur sur Mars, qui fait grandement perdre en crédibilité l’intrigue quand ses personnages défient la gravité. Ou encore les rapports entre ces derniers, qui ont tendance à manquer de profondeur ou de réalisme. Surtout quand l’un d’eux essaie de tuer la moitié de l’équipage sur un coup de tête dans l’épisode 2, et que tout le monde oublie son geste quelques minutes après…

Si certaines facilités scénaristiques et imprécisions troublent régulièrement l’expérience du spectateur, Missions reste une jolie exploration spatiale qui redore le blason de la SF à la française. Ses mystères "lostiens" sauront attraper par les sentiments les fans d’énigmes bibliques et rappeler aux plus jeunes que la science-fiction ne se limite pas à des combats de sabres laser.

La première saison de Missions est diffusée sur OCS City tous les jeudis, à partir du 1er juin.