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Il faut qu’on parle du flamboyant Pacho Herrera dans Narcos

Pacho is the new Pablo.

Le sulfureux Pacho aime provoquer son monde, et surtout les trafiquants homophobes. (©Netflix)

Si certains ont du mal à se faire à l’idée que Narcos peut se passer de Pablo Escobar, il faut se rendre à l’évidence : cette saison 3 est un petit bijou de maîtrise, qui repose sur plusieurs personnages charismatiques à la tête du cartel de Cali. Parmi eux, impossible de ne pas remarquer Pacho Herrera, incarné par Alberto Ammann, qui sort clairement du lot. Chemises bling-bling colorées, regard intense, sensualité affichée, il enflamme chaque scène de cette troisième livraison de Narcos. En fait, il peuple l’univers du show depuis le 10e épisode de la saison 1, mais il était rarement mis en avant la fin de la saison 2.

Si Pacho fascine, c’est aussi parce qu’il s’agit d’un personnage ouvertement homosexuel dans un univers particulièrement sexiste et machiste. Il en deviendrait même activiste : dans une séquence marquante du premier épisode de cette saison 3, le trafiquant débarque dans un restaurant avant de se mettre à danser langoureusement avec son mec, sous les yeux d’un autre dealer écœuré. Ce dernier lui a déjà fait des remarques homophobes. À la fin de sa longue "provocation", Pacho se dirige vers le caïd et lui éclate une bouteille d’alcool sur la tête, avant de passer en mode hardcore. Aidé de ses sicarios à moto, il finit par démembrer le mec en question. C’est qu’il a beau se battre à sa manière contre l’homophobie ambiante de son milieu – et relativisons, c’est pour se faire respecter lui, pas au nom de tous les gays opprimés de Colombie –, il n’en reste pas moins un dangereux psychopathe.

Son combat personnel pour être accepté au sein du cartel comme les autres hommes hétéros revient dans plusieurs scènes de cette saison 3. Pacho raconte ses relations compliquées avec son père, pour qui il n’était "pas un homme" ou encore comment on avait conseillé aux frères Rodriguez de ne pas s’associer avec cette "tapette". Le cartel de Cali a ceci de fascinant qu’il est aussi barbare que moderne quand ça l’arrange : l’entreprise criminelle est gérée comme une société du CAC 40 et la compétence prévaut sur les préférences sexuelles d’une personne. Cela dit, le cartel de Cali, ce n’est pas le monde des Bisounours. Et Pacho, c’est un peu un Pablo version gay. Il est humanisé (l’accent est aussi mis sur sa loyauté et son sens de la famille, de l’honneur) dans Narcos, ce qui le rend assez attachant, pour le meilleur et pour le pire.

Le vrai Pacho et celui de Narcos (ouep, il a été légèrement sublimé, physiquement parlant).

Dans la vraie vie, Hélmer "Pacho" Herrera a bien existé et était aussi ouvertement homosexuel. On le sait grâce au livre de William C. Rempel, At the Devil’s Table: The Untold Story of the Insider Who Brought Down the Cali Cartel (Random House, 2011). Il était particulièrement discret et n’a laissé aucun écrit personnel. Ce sont des témoignages d’autres livres, bénéficiant d’insiders au moment où le cartel de Cali était au top, qui nous en apprennent plus sur ses méthodes et sa personnalité. Il était surnommé "la fillette" et possédait un train de vie extravagant. Grand amateur de voitures, il en possédait pas moins de 70. Ce que le show met peu en avant, à part cette scène de démembrement, c’est que le vrai Pacho était assez sadique. Il était connu pour torturer ses ennemis de façon bien trash.

On peut se dire aussi qu’il tentait de compenser un déficit de reconnaissance en étant le plus violent possible pour faire oublier ses préférences sexuelles, qu’on ne manquait pas de lui rappeler. En 1991 par exemple, un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents et affublés de bracelets roses tentent de l’assassiner. Si Pacho était un homosexuel qui ne se cachait pas, il ne semblait pas non plus investi d’une mission. La preuve, dans un autre livre, End of Millennium (Wiley-Blackwell, 2010), Manuel Castells révèle que parmi ses nombreuses activités, le cartel de Cali a soutenu une effroyable opération de "nettoyage social", organisé par des milices. Cela consistait à s’en prendre à tous les marginaux de Cali – prostituées, SDF, homosexuels, voleurs à la petite semaine, etc. – pour "purifier" la ville. Leurs corps étaient jetés dans la rivière Cauca.

Pour en revenir à notre homme : Pacho finira par se rendre aux autorités colombiennes en 1996, sous les caméras de télévision. D’abord condamné pour six petites années (corruption, quand tu nous tiens), il voit sa peine monter finalement à 14 ans. Mais deux ans après son incarcération, il est assassiné en prison, probablement par le cartel rival (présent dans la série Narcos), le Norte del Valle. Un baron de la drogue finit rarement ses jours paisiblement.