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L’excellente saison 3 de Narcos se passe très bien de Pablo Escobar

En revanche, on n’imagine pas Narcos sans l’agent Peña.

Gilberto Rodriguez et son neveu, David, le fils de Gilberto, un mec assez teigne (un vieux trope des œuvres sur les mafieux, le fils est souvent un gros bébé rageux, il a des choses à prouver). (© Netflix)

Il est conseillé d’avoir vu les 6 premiers épisodes de la série avant de poursuivre la lecture de cet article.

On ne voulait pas les écouter, mais les têtes pensantes de Narcos nous avaient pourtant prévenus depuis le début, José Padilha expliquant dans bon nombre d’interviews que le personnage principal de sa série était la cocaïne et non Pablo Escobar. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est l’extraordinaire performance de Wagner Moura dans le rôle du "Patron Del Mal", éclipsant sans efforts (et sans le vouloir) les autres protagonistes pendant deux saisons, quel que soit leur calibre. Au point que Narcos, au grand dam de ses créateurs, était devenu un "rise and fall" du baron de la drogue le plus iconique de tous les temps.

Cette saison vient remettre les compteurs à zéro. Si le fantôme de Pablo Escobar plane légèrement (son nom revient quelques fois dans différentes circonstances), c’est parce qu’il fut l’un des pionniers du trafic de coke à échelle internationale. Et qu’il a laissé la Colombie à feu et à sang. C’est sa traque qui a obligé les Américains de la DEA, de la CIA, les paramilitaires et les autorités sur place à collaborer. Et ce n’était que le début, nous dit en substance cette saison 3 centrée non plus sur un baron de la drogue, mais sur quatre, qui forment l’hydre à quatre têtes du cartel de Cali. En multipliant les protagonistes, le showrunner Eric Newman prenait un chemin opposé à ces deux dernières saisons, risquant de perdre le spectateur.

Au vu des premiers épisodes (nous en avons visionné 6 sur 10), le pari a été relevé haut la main. Exit l’agent Murphy. Notre point de repère, c’est désormais l’agent Peña, qui nous éclaire en voix off sur les rouages toujours fascinants du trafic de coke. Un choix dicté autant par la réalité, le vrai agent Murphy ayant été rapatrié aux States peu de temps après la capture d’Escobar, que par la lucidité : Pedro Pascal tient très bien la barque de la DEA seul. Et il a une voix très agréable, moins "faux cynique" que celle de Boyd Holbrook. Et il a complètement la classe à courir trempé de sueur après Miguel Ángel Silvestre (aka Lito dans Sense8). Les scènes de courses-poursuites, tendues comme des slips et extrêmement bien filmées, ont toujours été un des points forts de Narcos. Cette saison 3 ne déroge pas à la règle.

Et Narcos devint une série gay friendly

Le sulfureux Pacho aime provoquer son monde, et surtout les trafiquants homophobes. (© Netflix)

En face, le cartel de Cali offre quatre portraits d’homme assez différents : les frères Rodriguez – Gilberto (Damián Alcázar), le big boss affable et commerçant, accompagné de son frère Miguel (Francisco Denis), rouage essentiel mais beaucoup plus discret et moins charismatique –, le blasé Chepe (Pêpê Rapazote) qui gère New York et last but not least Pacho, importateur et passeur de cocaïne de la Bolivie et du Pérou vers la Colombie. Incarné avec panache par Alberto Ammann depuis la saison 1 (mais le personnage était très secondaire), Pacho a la singularité dans le show (et dans la vraie vie) d’avoir vécu son homosexualité ouvertement, dans un milieu où il était probablement encore plus mal vu d’être gay que d’être une femme. C’est dire.

Ainsi, l’homme a un goût prononcé pour les chemises bling-bling et les jeunes hommes canon, mais il n’en reste pas moins létal que ses trois autres complices de crime. Il ne fait pas de quartier avec ses ennemis et c’est à lui qu’on doit la scène la plus gore de la saison : le démembrement d’un trafiquant qui lui a manqué de respect. Ce dernier était homophobe, ce qui place d’emblée notre sympathie du côté de Pacho. S’il est plusieurs fois fait mention de l’homosexualité de ce baron de la drogue charismatique, c’est qu’elle posait soucis dans son milieu, mais le personnage n’y est pas réduit. Et ce background fait au contraire de lui la figure d’antihéros la plus intéressante de cette saison 3, parce que rarissime dans les œuvres sur les organisations mafieuses.

Voilà donc une galerie de personnages charismatiques, lancés dans un deal officieux avec le gouvernement colombien, qui vont devoir faire face aux assauts de la DEA et d’un autre cartel concurrent, le Norte del Valle. Tout ce beau monde se croise et s’écharpe bien comme il faut, entre scènes de fusillade, d’explosion et petits commentaires de l’expert Peña, ce Don Quichotte de la lutte contre le trafic de coke (parce que clairement, un cartel en remplace un autre, une méthode en remplace une autre, et la drogue continue d’affluer). Non vraiment, Narcos fait montre d’un art du récit consommé dans cette saison 3 d’une redoutable efficacité. Un peu comme le cartel de Cali, cette série ne laisse rien au hasard. Et c’est à peu près tout ce qu’on peut lui reprocher.