En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Les clones unissent une dernière fois leurs forces dans la saison 5 d'Orphan Black

Les sestras ont un dernier combat à mener, et pas des moindres. Leur but : reprendre le contrôle de leur corps et mettre au tapis la "crazy science" qui les a menées là.

orphan

Il y a cinq ans, Orphan Black se faisait une place dans le paysage sériel en mettant en scène une multitude d’héroïnes, toutes aussi fortes et complexes les unes que les autres ; et surtout, toutes incarnées par la même actrice. Tatiana Maslany aura dû attendre 2016 pour que son talent et ses prouesses soient reconnus.

Dans Orphan Black, les femmes sont au cœur de l’histoire. Leur solidarité, leur capacité à être mère (ou non), le contrôle de leur corps… tout gravite autour d’elles. Et après s’être franchement égarée en route, Orphan Black revient à l’essentiel pour cette cinquième et ultime saison.

Follow the crazy science

Car oui, au fil des saisons, Orphan Black s’est étoffée, mais pas nécessairement pour son bien. À trop vouloir nous démontrer qu’elle était intelligente et bien pensée, la série nous a peu à peu laissés sur le carreau. L’attrait principal a toujours été de voir ces femmes, que tout oppose mais dont la science a forcé la rencontre, se découvrir, s’aimer et se serrer les coudes dans l’adversité.

Mais après le succès de la saison 1, la mythologie ultra-envahissante d’Orphan Black a pris le dessus, grignotant, un peu plus à chaque épisode, ces moments entre sestras que l’on chérissait tant. La série s’est trompée de combat. Même les fans les plus observateurs ne parvenaient plus à la suivre. Toute l’intrigue des clones Caster s’est révélée être un coup d’épée dans l’eau, aussi inutile qu’alambiqué.

Mais il semble que cette saison 5, commencée il y a trois semaines sur BBC America, va se délester de ces intrigues trop encombrantes pour laisser place à ce qui fait la force de la série : la bravoure et la quête de liberté de ses héroïnes. Tout paraît soudain plus clair, plus franc. Même Rachel, clone machiavélique mais terriblement attachant – dont les intentions ont toujours été soit opaques, soit trop compliquées pour qu’on s’y intéresse davantage –, redevient plus "lisible".

Après avoir prêté allégeance à diverses organisations, s’être mis (littéralement) dans de beaux draps avec certains messieurs, dirigé des groupes… son rôle, cette saison, s’éclaire. Elle s’est ralliée sous la bannière d’un seul homme. Un certain Westmoreland, leader d’une communauté qui croit fermement que ce dernier a trouvé le moyen de ralentir le processus de vieillissement.

Entre autres miracles de la science moderne, le faux havre de paix que représente Revival héberge aussi tous nos espoirs d’une fin plus "propre". Cette secte des bois (ils vivent sur une île en autarcie) et son gourou permettent de rassembler, sous un même nom, tous les antagonistes précédents de nos héroïnes : les Neolutionists, Topside, Dyad, ou encore Brightborn, tous sont désormais incarnés par Revival. Même si chacun avait sa propre idéologie, les tenants et aboutissants de leurs fantasmes génétiques avaient eu raison de notre patience. Épurés, les enjeux de cette saison 5 d’Orphan Black aux faux airs de L’Île du docteur Moreau offrent une respiration bienvenue.

Une science imparfaite

orphan-2

Mais pour autant, la série ne s’est pas débarrassée de tous ses défauts. Avec une telle flopée de personnages, il est toujours difficile de ne pas se sentir enseveli sous la couche bien épaisse d’intrigues. Mais on en a désormais la certitude : celles-ci finiront par converger et nous offrir un final à la hauteur.

Reste qu’Orphan Black s’obstine encore à nous rajouter de nouveaux protagonistes dont on n’a que faire. La nouvelle partenaire d’Art, l’inspectrice Engers, particulièrement antipathique, en est un exemple édifiant. D’ailleurs en parlant d’Art… voilà un personnage qui n’a jamais su trouver sa place au sein du clone club. Pas comme Felix. Pas comme feu Paul. Le flic, qui est là depuis le début et qui avait pourtant tissé une complicité avec Beth, est toujours resté sur le banc de touche. En saison 5, son association forcée avec Engers sonne tellement faux… On se doute qu’il joue un double jeu, mais on a bien du mal à comprendre ses intentions.

Idem – et ça nous fend le cœur de l’admettre – pour Cosima. Qu’elle soit obsédée par la quête de vérité, motivée par la recherche d’un remède à sa maladie et celle qui affecte d’autres habitants du camp, on veut bien l’entendre. Mais de là à refuser l’aide de Sarah, ultramal en point après avoir passé une nuit dans les bois, pourchassée par un monstre (oui oui), et à insister pour rester avec ces fanatiques qui la laissent à peine sortir de sa caravane, ça nous dépasse.

On a d’abord pensé qu’elle restait pour Delphine. Sauf que celle-ci lui annonce devoir se rendre en Italie pour poursuivre ses recherches. Certes, Cosima a le cœur sur la main et la vue de petites filles malades a pu la faire flancher, mais ça va aussi totalement à l’encontre de ce que la série nous a montré jusqu’ici : une bande de frangines prêtes à tout les unes pour les autres.

Et que dire de Kira qui, depuis quelque temps déjà, est l’incarnation de tous les maux de la série ? La petite fille a toujours été au cœur de la bataille que menait Sarah contre le reste du monde. Elle est l’exception, celle qui déclenche tout. Parce que les autres clones étaient "barren by design", soit "conçues pour être stériles", elle fait de Sarah une anomalie qui vaut cher.

Mais récemment, Kira s’est mise à rejeter sa mère pour se jeter dans les bras de Rachel. Pour cette dernière, le symbole est évidemment fort, mais le comportement de Kira (vachement ingrat, il faut bien le reconnaître) nous fait regretter l’époque où elle était surtout un prétexte à déclencher la guerre des clones. Dès l’instant où elle choisit de passer chez l’ennemi, Sarah n’a aucune raison de se battre pour l’arracher aux mains de Rachel.

Heureusement, ce qu’il lui reste est bien plus important. Notre clone number one a une cause plus grande qu’elle à défendre, une quête qui dépasse le cadre même de la série : celle, terriblement d’actualité, de femmes qui veulent reprendre le contrôle sur leur corps. Esprits fragiles, détournez les yeux… on va parler du grand méchant patriarcat !

Mon corps, ma bataille

En plein débat sur la PMA, Orphan Black a jeté un gros pavé dans la mare. La série reprend un bon vieux trope de la SF : l’insémination artificielle. Le clone club n’a rien à envier à la saga Alien en la matière. Il y a une forme de diabolisation de l’acte qui peut interroger la position de la série face à un sujet très sérieux, évidemment d’actualité, et qui s’avère être, pour bien des familles, un parcours du combattant. Mais Orphan Black n’oppose pas, en réalité, les grossesses dites naturelles à celles médicalement assistées.

Elle met, en revanche, un bon gros uppercut à la science et son obsession du contrôle de l’humain et en particulier du corps des femmes. Les Neolutionists ? Des transhumains un peu fêlés. Dyad ? Des marchands de clones sans scrupule. Brightborn ? Une clinique dédiée à l’eugénisme. Pour autant, la série n’est pas réfractaire à la science, loin de là. Cosima incarne un visage plus raisonné, au service des gens, et délesté du complexe de Dieu, une caractéristique commune à bon nombre des savants fous présents dans ces cinq saisons.

Et justement, dans les premiers épisodes de ce dernier tour de piste, Westmoreland représente, comme le décrit Tatiana Maslany dans une interview du Huffington Post, "une icône du patriarcat". Comme dans la saison 2 de Battlestar Galactica, ou la récente The Handmaid’s Tale, les femmes sont réduites à leur fonction de génitrices. Des utérus sur pattes dont l’importance est déterminée selon un seul facteur : peuvent-ils accueillir la vie ou non ? Et plus que tout, ces héroïnes cherchent à reprendre le contrôle sur leur corps.

Récemment, les États-Unis nous ont donné de sérieuses inquiétudes sur le sujet. La présidence de Trump a donné carte blanche aux bigots pour faire passer des lois liberticides visant en particulier les femmes. Des hommes décident pour elles de ce qu’elles doivent porter (dans les lycées, dans la rue), les invectivent si elles allaitent en public, les privent d’accéder au planning familial, leur interdisent d’avorter, légalisent le viol dans le plus grand des calmes, tentent de les faire taire lors de débats…

La série joue encore sur l’opposition entre Sarah, ou Helena, (les deux clones fertiles) et Rachel (qui incarne les clones stériles). En périphérie, on retrouve la "soccer mom" Alison, et Siobhan, toutes deux mères adoptives. Orphan Black a ouvert une fenêtre sur la maternité, questionnant sans cesse le fameux instinct, les liens du sang, le poids de la génétique… Le clone club, même s’il a été désigné par la science, c’est avant tout une famille qui s’est choisie.

À la fin, que restera-t-il de ces intrigues parfois complexes ? Une série de SF qui a su revisiter les tropes du genre (l’eugénisme, le complexe de Dieu de savants fous, la créature et son créateur, la famille qu’on choisit VS sa famille biologique, l’utilisation des femmes pour leur matériel génétique et leur fonction de génitrice, etc). Mais surtout, une série sur la filiation, artificielle ou non, sur l’attachement et la solidarité de ces femmes (et Felix !) dans l’adversité.

Et enfin, la performance aussi inédite qu’époustouflante de Tatiana Maslany qui a incarné une dizaine de personnages distincts. Et elle le fait de façon si magistrale, qu’on finit par oublier qu’elle est toutes ces femmes. Mais en oubliant de quel bois elle est faite, Orphan Black nous fait languir. Ses clones sont une force, à l’échelle d’individus, mais ensemble, elles sont le ciment de la série. Depuis la désormais célèbre "clone dance", on n’espère qu’une chose : les voir de nouveau réunies sous le même toit (avec Felix bien sûr) ! La fin de cette ultime saison sera, à n’en pas douter, le prétexte parfait pour des retrouvailles méritées.