Les orphelins Baudelaire poursuivent leurs désastreuses aventures dans une saison 2 fantasque

Violette, Klaus et Prunille sont relégués au second plan dans cette nouvelle saison, qui laisse (une trop grande) place au Neil Patrick Harris show.

Rallumez vos télés à vos risques et périls. Les histoires pour enfants les plus sombres et tragiques de Netflix sont de retour ce mois-ci sur la plateforme avec la saison 2 des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire. Dans ces dix nouveaux épisodes, Violette, Klaus et Prunille continuent de fuir leur vil comte Olaf, bien décidé à s’emparer de l’immense fortune que leur ont léguée leurs parents.

Dans cette nouvelle saison, le trio se retrouvera pris au piège d’une école insalubre, affrontera une richissime diva de la mode en haut d’un immeuble luxueux, passera par un village envahi par les corbeaux, marchera entre les seringues d’un hôpital lugubre et atterrira dans un freak show approuvé par Ryan Murphy.

Tout un programme pour les orphelins Baudelaire qui, parallèlement à leur escapade, tentent de percer le secret derrière le symbole de l’œil et le sigle "VFD". Pour ses dix nouveaux épisodes, la série continue de suivre le schéma cyclique des livres de Daniel Handler, aka Lemony Snicket, dans une saison tragicomique et référencée mais répétitive voire carrément lassante. En bref, ces désastreuses aventures prennent une tournure véritablement déprimante.

Les désastreuses aventures… du comte Olaf

© Netflix

Méchant machiavélique et grotesque à la fois, le comte Olaf est au centre de l’univers créé par Daniel Handler. Il représente cette figure du croquemitaine, proche du Pennywise de Ça par rapport à sa capacité à se transformer, ou plutôt se déguiser, d’un épisode à l’autre. Cela dit, les showrunners Mark Hudis et Barry Sonnenfeld semblent avoir confondu antagoniste et héros dans cette nouvelle saison : la présence de Neil Patrick Harris, aussi habité soit-il par ce rôle, prend le pas sur tout le reste.

L’acteur a désormais les clés de la série et ça se ressent. Son personnage occupe 80 % du temps passé à l’écran pour danser, chanter, maudire les orphelins avec ses discours grandiloquents... Si cette grande liberté fera jubiler les fans de NPH, les autres spectateurs passionnés par le mystère derrière l’histoire de Violette, Klaus et Prunille seront déstabilisés. Les enfants et les personnages secondaires semblent étouffer devant ce grand manitou, qui fait de la série un Neil Patrick Show délicieux pendant les premiers épisodes, puis rapidement indigeste.

En revanche, cette deuxième saison regorge de bonnes idées créatives, notamment en termes de mise en scène. Les décors en papier mâché sont toujours aussi oniriques et burtoniens à la fois, comme un conte de Perrault mixé avec la noirceur de Dickens. On passe de l’ambiance moite des salles de classe de Prufrock au ciel bleuté, quasi olympien, du village des Corbeaux – on excuse au passage des effets spéciaux risibles. De fait, la fuite des Baudelaire n’a jamais autant symbolisé la quête du voyage initiatique et l’imagination débordante dont fait preuve un enfant.

Par ailleurs, la frontière entre série pour enfants et production young adult est toujours aussi floue. Si la saison 2 n’est jamais violente ou vulgaire, certaines références visuelles (Shining dans la clinique Hostile, Là-haut dans le village des Corbeaux), littéraires voire méta, puisque la série continue de briser régulièrement le quatrième mur, s’adressent aux spectateurs plus expérimentés. Cela dit, les dialogues simples (mais pas simplistes), le rythme soutenu et les mimiques de NPH en font un excellent divertissement familial.

© Netflix

La troupe des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire continue de s’agrandir. Si l’idiot mais hilarant Mr. Poe est toujours en place pour traîner les enfants d’un enfer à un autre, une vaste palette de personnages est introduite : les orphelins Beauxdraps, le frère de Snicket (Nathan Fillion, parfait dans le rôle), des tuteurs aussi dangereux qu’irresponsables… Mention spéciale à la diva Esmé D’eschemizerre (Lucy Punch), version déjantée et excentrique de Cruella d’Enfer. Plus gênants, ces passages où ce personnage est sexualisé et glisse des vannes salaces dans le creux de l’oreille du comte Olaf…

Tout comme pour la première saison, la force de ce nouveau chapitre réside dans sa satire cynique des travers de l’être humain, en ne ratant pas ses personnages adultes. Naïfs, indécents, menteurs, possessifs, égocentriques, ils incarnent l’antithèse de l’enfant, représenté par le trio qui fait preuve d’une maturité et d’une éthique à toute épreuve. Un décalage qui occasionne des séquences franchement drôles, mais aussi terriblement graves sur les thématiques du deuil concernant les Baudelaire (et d’autres personnages plus inattendus dont nous éviterons de spoiler l’identité dans cette critique).

Mais tout comme le génie comique de Neil Patrick Harris, la série de Netflix finit par devenir over the top, voire par s’autoparodier. Que ce soit dans ses décors en carton-pâte, ses dialogues lyriques mais explicatifs, son traitement grotesque des personnages et ses thématiques recyclées de la première saison, les dix épisodes sont lourds à avaler d’une traite. On ne pensait pas être d’accord avec Lemony Snicket, mais il vaut mieux "éteindre sa télé" entre chaque épisode pour profiter pleinement de cette nouvelle saison des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, quitte à s’y replonger quand notre époque devient encore plus grotesque qu’un clown triste qui court après la fortune de trois enfants innocents.

Les deux premières saisons des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire sont disponibles en intégralité sur Netflix.