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Preacher rend un bel hommage à la Nouvelle-Orléans en saison 2

Jesse s’en va sauver une demoiselle en détresse en écoutant du jazz dans le nouvel épisode de Preacher. Attention, spoilers.

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©️ AMC

"Il serait indécent de renoncer au jazz." Cette citation du musicien canadien Christian Marc Gendron servirait de parfaite définition pour illustrer l’épisode "Damsels" de Preacher. Après un double épisode de reprise survolté, jouissif et plus fidèle que jamais à l’atmosphère irrévérencieuse des comics de Garth Ennis et Steve Dillon, la série d’AMC a mis un petit coup de frein. Le troisième épisode de la saison 2 est loin d’être ennuyeux, mais les créateurs du show ont pris le parti d’introduire de nouveaux personnages et de renforcer le mystère autour du passé de Tulip.

Après avoir échappé au saint des Tueurs, Jesse, Tulip et Cassidy continuent leur road trip direction la Nouvelle-Orléans. Là, le prêtre espère trouver des réponses concernant la localisation de Dieu, grand amateur de jazz selon ses dernières informations récoltées.

Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin en profitent pour rendre un bel hommage à cet État américain vivant sous le tohu-bohu des festivités, de la musique locale et de beuveries animées. C’est aussi l’occasion de confirmer la bonne forme de Dominic Cooper sous les traits de Jesse et surtout de revoir le personnage d’Eugene, aka Face de Cul (Arseface en VO).

Les origines d’Arseface

Eugene est à la fois l’un des personnages les plus WTF et les plus touchants de Preacher. Envoyé en enfer sur ordre de Jesse, il n’avait plus donné de nouvelles depuis la deuxième partie de la saison initiale. Comme prévu, Arseface est coincé dans les méandres de la géhenne, pris dans une boucle temporelle où il revit le jour le plus horrible de sa vie : le suicide de Tracy et sa transformation faciale en bouche en cul-de-poule.

Cette scène évoque irrémédiablement l’épisode "South Will Rise Again", où on découvrait les origines du saint des Tueurs, forcé à revivre indéfiniment la journée de la mort de sa femme et de sa fille. Pour une raison inconnue, le cycle d’Eugene a été brisé, lui permettant de se balader rapidement dans les dédales infinis du sanctuaire d’Hadès. On a ainsi obtenu un premier aperçu d’Hitler, lui aussi coincé en enfer, sous les traits de Noah Taylor (Charlie et la Chocolaterie). Il y a fort à parier que le duo trouvera un moyen de s’échapper d’outre-tombe et que l’ancien dictateur nazi causera du tort à nos héros.

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©️ AMC

Avec ces séquences dans le monde souterrain, il est intéressant de noter combien les réalisateurs de Preacher gèrent avec brio la dynamique des couleurs de l’image. Des tons chauds et jaunâtres des aventures de Jesse, Tulip et Cassidy, on passe à un gris froid et morne dans l’enfer. C’est une belle manière de nuancer les changements de cadre et de dynamique, offrant un aspect bien plus dramatique à l’histoire lorsque c’est nécessaire. On ressentait déjà cette impression lors des boucles temporelles du cow-boy damné, pris au piège d’un Texas morne, orangé et franchement malaisant.

En résumé, la mise en scène de Preacher ne cesse de se réinventer et de nous surprendre. Si les réalisateurs de la série ne capturent pas la beauté de la Louisiane à la manière de Cary Fukunaga sur True Detective, ils répondent par des trouvailles visuelles ingénieuses et stylisées : le suicide raté d’Eugene entrecoupé de plans parasites, les passages festifs de la Nouvelle-Orléans avec des plans qui s’emboîtent les uns sur les autres… Difficile de faire plus divertissant et agréable à regarder pour ce début de saison estivale, surtout après avoir visionné les excellentes mais exigeantes American Gods et Legion.

Seule petite déception concernant cet épisode : la scène de combat entre Jesse et les mystérieux hommes en blanc. Cet affrontement, filmé en quasi-plan-séquence, évoquait très clairement les fights mythiques de Marvel’s Daredevil. Violente et audacieuse, l’action est malheureusement gâchée par des mouvements trop prévisibles et chorégraphiés. Rien de méchant, mais on sait depuis l’impressionnante séquence de fusillade du season premiere que Preacher est capable de mêler gore, légèreté et divertissement avec une aisance indécente.

Musique jazz et humour décapant

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©️ AMC

Preacher a toujours été drôle et bourrée d’humour noir, notamment à travers l’irrésistible Cassidy et ses théories complotistes. Mais sur cette deuxième saison, les scénaristes de la série vont encore plus loin et ne lésinent pas sur les scènes joyeusement surréalistes. "Damsels" n’échappe à la règle avec le dalmatien BDSM surnommé "Dieu", le tee-shirt à imprimés papillon de Cassidy ou encore ce merveilleux stéréotype sur les Français via Dennis, un habitant de la Nouvelle-Orléans toujours bougon et vulgaire.

Quand Preacher ne fait pas exploser toute une ville au méthane, elle se sert de l’humour pour nous divertir et on ne demande que ça. Mais dans ce troisième épisode, elle apporte aussi une musicalité des plus séduisantes. La Nouvelle-Orléans, considérée comme le berceau du jazz, est imprégnée d’une atmosphère festive parfaitement retranscrite dans "Damsels". On entend de nombreux morceaux du genre tout au long de l’épisode (dont "Almost Blue" d’Elvis Costello), tandis qu’on aperçoit brièvement le panneau de "Bourbon Street", une rue qui longe le quartier français de la ville.

Les créateurs du show en profitent d’ailleurs pour teaser les futurs événements dramatiques de la série, à savoir l’arrivée du terrible Herr Starr et de la famille L’Angell, à travers la musicalité de l’épisode. "A Walk to the Peak", un titre existant réellement et composé par Gaspare Di Lieto Quartet, est une ode à l’apocalypse selon un vieux siffleur de whisky du pays. Ce dernier ressemble d’ailleurs étrangement à George R.R. Martin, l’auteur d’A Song of Ice and Fire… Bref, Preacher a de nouveau délivré un épisode réjouissant cette semaine, qui confirme son statut de série immanquable de l’été de l’année.

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George R.R. Martin préfère écouter du jazz plutôt que de terminer l’écriture de sa saga. (©️ AMC)

Sans spoiler davantage, je n’émettrai qu’un petit point noir par rapport au cliffhanger final. Il menace clairement de séparer le trio comme c’était le cas en saison 1. Or, Preacher est à son meilleur niveau quand Jesse, Tulip et Cassidy marchent main dans la main. Espérons seulement que Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin ne choisiront pas de dédier un épisode par personnage, alors que l’intrigue tourne à plein régime quand ils sont tous les trois avachis dans leur voiture en train de refaire le monde et d’accuser les crèmes pour la peau d’être pleines de prépuces.

En France, la saison 2 de Preacher est diffusée en US+24 sur OCS Choc.