En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Preacher : les origines du vampire Cassidy et la question de l’immortalité

Le vampire le plus drôle et attachant du petit écran possède un background bien mystérieux.

© AMC

Il est conseillé d’être à jour sur la saison 2 de Preacher avant d’entamer la lecture de cet article.

Depuis quelques épisodes, l’intrigue de Preacher avance au ralenti et les critiques américains se montrent particulièrement alarmants quant au rythme de croisière de la saison 2. Mais je trouve ces reproches injustifiés et irrecevables. Nos trois compagnons ont fait une halte prolongée à La Nouvelle-Orléans et appréhendent chacun à leur manière cette entreprise compliquée pour retrouver Dieu. Tulip souffre d’un syndrome identifiable au stress post-traumatique après son altercation musclée avec le saint des Tueurs, tandis que Jesse commence peu à peu à péter un câble à force de suivre une piste qui ne le mène nulle part. Quant à Cassidy, et bien, il pâtit depuis plusieurs décennies d’un problème intrinsèque à sa condition : l’immortalité.

On l’oublierait presque par moments, tant le côté fantastique du personnage est occulté par sa capacité à lâcher des vannes et des théories complotistes à chacune de ses apparitions, mais Cassidy est un vampire. Bien entendu, cela implique qu’il est immortel et capable de faire repousser ses membres tranchés après avoir siroté un cocktail d’hémoglobine. Mais contrairement aux suceurs de sang de True Blood ou The Vampire Diaries, il n’est pas à proprement parler badass et se retrouve souvent dans une situation risible au cours des combats, armé de son parapluie, en raison de sa faiblesse aux rayons du soleil.

En soi, les talons d’Achille que sont le sang et le soleil restent pleinement inhérents aux codes de l’univers de Preacher, entraînant des scènes plus barrées et cocasses que dramatiques, mais aussi et surtout aux vampires. Pour autant, l’excellente écriture de ce personnage permet de détacher Cassidy de son archétype vampirique vu et revu, présenté habituellement comme un être nostalgique, mélancolique voire déprimé. Des walking dead en quelque sorte.

Même si Cassidy tombe lui aussi amoureux d’une humaine à la manière d’Edward Cullen, Stefan Salvatore ou Bill Compton, il ne correspond pas aux critères de ces figures et c’est tant mieux. Son amour pour Tulip n’est pas réciproque, la tueuse à gages étant éprise de Jesse. De plus, Cassidy n’est pas un vampire broyant du noir mais un épicurien qui vit de whisky et de clopes fraîches. La quête divine du pasteur a lancé une nouvelle dynamique dans sa vie et il est empli d’un altruisme qui vient détruire le mythe du vampire solitaire enfermé dans son château gothique. Et pour toutes ces raisons, il est clairement le personnage le plus attachant et le plus intéressant de la série.

"Creepy Cassidy"

Cassidy est le seul héros de Preacher dont les origines n’ont pas du tout été explorées. L’épisode 8 a toutefois distillé quelques indices, notamment concernant son passé en Irlande. Dans les dernières minutes de "Holes", il passe un coup de fil à un mystérieux personnage nommé Seamus, afin d’avoir son avis concernant la requête de son fils Denis, aux portes de la mort. Soit Cassidy le laisse partir, soit il le mord pour le transformer en vampire. De cette manière, on découvre un nouveau détail majeur de l’univers de Preacher : la mutation en suceur de sang s’effectue par la morsure, procédé traditionnel du genre depuis le roman originel de Dracula écrit par Bram Stoker.

Pour en revenir à Seamus, ce dernier est donc au courant de la nature de Cassidy et de ses intentions par rapport à Denis. En d’autres termes, il le connaît bien, voire intimement, ce qui permet d'élaborer deux théories concernant l’identité de Seamus : soit il est le père de Cassidy, soit il est la personne l’ayant transformé dans le passé. Ces deux hypothèses peuvent d’ailleurs être la pièce du même puzzle et se croiser. Pour anecdote, dans les comics, Cassidy dit connaître seulement deux vampires, alors que Seamus est inexistant dans l’œuvre de Garth Ennis et Steve Dillon.

Autre détail important et confirmant le lien possible de parenté entre Cassidy et Seamus, ce dernier connaît son véritable prénom. Le nom irlandais Proinsias est l’équivalent de Francis dans la langue germanique et Frank dans la langue de Shakespeare. En résumé, Cassidy est très certainement le deuxième prénom du vampire, voire un surnom. Proinsias signifie d’ailleurs "petit homme français", signalant qu’un des parents de Cassidy vient peut-être de l’Hexagone. Ce n’est pas grand-chose, mais ces éléments permettent déjà d’en apprendre plus sur ce personnage énigmatique.

©️ AMC

L’épisode "Holes" marque aussi un tournant dans l’attitude de Cassidy. Lui qui est toujours souriant voire béat devant ses amis est soudainement devenu terriblement flippant. Le début et la fin de l’épisode se font écho à travers la comptine grossière "Charlotte the Harlot", que Cassidy chantait à Denis quand il était bébé. Quand il marmonne de nouveau cette chanson sur le lit de mort de Denis, la scène peut aussi bien symboliser sa renaissance que son dernier soupir. Cassidy pourrait même choisir de mettre un terme à la vie de Denis par lui-même, révélant une tout autre facette de sa personnalité.

Au vu de la tronche grave et fermée de "creepy Cassidy", on penche plutôt pour la deuxième option. Cette attitude dramatique, davantage en lien avec le comportement d’un suceur de sang, est une palette d’expressions qu’on aimerait voir plus souvent son interprète, Joseph Gilgun, adopter, tant il est excellent dans ce rôle. Il insuffle à Cassidy une vitalité théâtrale, qui le détache du personnage dans sa version dessinée sans pour autant l’écorcher.

La question de l’immortalité

Preacher brasse des dizaines de thématiques dans son univers, dont la violence, l’autorité, la religion ou encore la spiritualité. Mais l’épisode "Holes" a principalement dépoussiéré le mythe du vampire ancré dans nos esprits. À la déprime rébarbative des êtres damnés à cause de leur vie éternelle, Cassidy répond par une nostalgie joyeuse. Il évoque notamment avec Tulip ses journées à la plage passées avec sa mère avant sa transformation. Et c’est dans ce comportement que le twist vampirique de Preacher survient.

L’éternel optimisme et la bonté de cœur qui le caractérisent en font un personnage plus humanisé que Jesse et Tulip, qui eux sont humains. L’un est habité par une entité démoniaque, qui le transforme petit à petit en monstre sans cœur. La seconde est une tueuse à gages hantée par la vengeance et la violence de ses actes. Au final, le seul acte déviant de Cassidy est son besoin de sang, besoin naturel et par définition nécessaire à sa survie.

De plus, la figure du vampire était traditionnellement présentée comme celle d’un être stigmatisé et déchu, rejeté par Dieu. Or, Cassidy tente symboliquement de modifier sa nature en poursuivant la quête du pasteur, à savoir retrouver le Tout-Puissant. C’est la véritable force de l’écriture de Sam Catlin, Seth Rogen et Evan Goldberg. Le trio s’amuse avec le mythe du vampire et la question de son immortalité, reprenant ces codes pour mieux les incorporer à l’univers décomplexé de Preacher et, au final, les twister. Ici, la vie éternelle n’est pas un simple aléa de la transformation en vampire, mais bien une raison de donner du sens à la vie de Cassidy. Il doit trouver Dieu pour métaphoriquement récupérer son humanité et se défaire de ce châtiment.

Cassidy, malgré ses vannes tordantes et ses mimiques adorables, est peut-être bien le personnage le plus complexe de Preacher. Et intelligemment, les créateurs de la série construisent petit à petit son background, pour mieux garder une forme de surprise et de mystère qui ne cesse d’accentuer l’intérêt des spectateurs pour ce personnage.

Tout ça pour dire qu’on ne peut pas reprocher à Preacher des longueurs ou un manque d’action ces derniers temps puisqu’elle ne fait qu’approfondir son univers et ses personnages. Elle ne fait que boucher les "trous" dont parlent l’épisode dans son titre avec inventivité et une certaine dose d’émotion. C’est une série qui prend son temps pour transposer un récit réputé inadaptable tout en prenant du recul sur certaines thématiques. Et incontestablement, cela fait de Preacher une série bien au-dessus du simple bouche-trou de la semaine en attendant Game of Thrones, Stranger Things ou The Walking Dead.

En France, la saison 2 de Preacher est diffusée sur OCS Choc.