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Avec Herr Starr, Preacher accueille un nouveau vilain merveilleusement barge

Le remplaçant du saint des Tueurs est dix fois plus timbré.

©️ AMC

Il est conseillé d’être à jour sur la saison 2 de Preacher avant d’entamer la lecture de cette review.

Démarrée sur les chapeaux de roues, la saison 2 de Preacher s’est, d’une certaine manière, adoucie depuis quelques épisodes. Le road trip de Jesse, Tulip et Cassidy a marqué un arrêt prolongé à La Nouvelle-Orléans afin de retrouver Dieu, possiblement posé dans un bar de jazz de la ville, en train de siroter un manhattan en écoutant "Dippermouth Blues" au jukebox. Pour le moment, les recherches du pasteur n’ont rien donné et il ne se doute pas qu’un nouvel antagoniste est désormais à sa poursuite.

Cet énergumène balafré se nomme Herr Starr. Sa silhouette avait été introduite très brièvement dans l’épisode "The Possibilities" de la saison 1, avant de nous laisser admirer sa cicatrice glaçante dans "Damsels". Son physique longiligne et frêle contraste complètement avec ses pulsions meurtrières découvertes dans "Pig". D’un calme olympien, Herr Starr a clairement l’étoffe pour remplacer le saint des Tueurs, même s’il hante toujours l’esprit de Tulip et prive Jesse d’un bout de son âme.

À la différence du cow-boy de l’enfer, Herr Starr semble être un tueur froid et discret, à la zénitude inquiétante. Il est incarné par Pip Torrens (Poldark, Versailles) avec une telle prestance et élégance qu’on accepte l’existence de son personnage dès son introduction dans l’univers barré de Preacher (on croirait d’ailleurs voir une page du comics prendre vie). Et quelle introduction ! Sam Catlin, Seth Rogen et Evan Goldberg ont encore fait parler leur créativité déjantée et illimitée pour nous offrir une séquence complètement dingue où les membres du Graal, un groupuscule de fanatiques religieux, font passer une batterie de tests très particuliers à des nouveaux venus.

Celle-ci est découpée en plusieurs étapes toutes plus absurdes et dangereuses les unes que les autres. On passe d’un faux dîner aux chandelles pour observer leur sens de la séduction à une séance de chaise électrique, afin de tester la résistance à la torture des candidats. C’est une scène aussi drôle que barbare. Un passage sadique, brillamment mis en scène via sa dynamique entre chaque épreuve, qui fonctionne une fois de plus dans la mécanique décomplexée de Preacher. En résumé, la série confirme à chaque nouvel épisode son statut de kif sériel de l’été.

Une allégorie de l’autorité

©️ AMC

D’une certaine manière, Herr Starr est une allégorie de l’autorité et de la suprématie par la force. Dès son arrivée au QG du Graal, il se présente comme un dictateur en puissance (avec des punchlines aussi clinquantes que "comme une bite (sic) de 5 centimètres, je n’y crois que quand je le vois"). C’est un homme ambitieux et sans pitié, qui entretient néanmoins une relation exaltée avec sa religion, le christianisme. C’est pour cette raison qu’il élimine son dernier concurrent puis son boss, afin de remporter les épreuves et de prendre la tête du Graal.

Il faut dire que le credo du groupuscule est "l’ordre et la discipline", deux notions en parfaite adéquation avec la vision du psychopathe. Le but du Graal est de tout faire pour empêcher les pseudo-prétendants au titre de Messie d’exister, en attendant le véritable retour de Jésus sur Terre. Cette ambition, pas franchement compréhensible au premier abord via la mise en scène brouillonne de ce passage de l’intrigue, est le seul point négatif de l’épisode. C’est en effet pour cette raison qu’Herr Starr est envoyé pour tuer le cochon volant et les témoins de la scène, puis part à la poursuite de Jesse (à mon premier visionnage, j’ai cru qu’on partait sur un remake fantasmagorique d’Okja en voyant un cochon magique et un cadre de situation en Asie, c’est vous dire).

Par moments, le traitement de Herr Starr par les scénaristes semble nous faire croire qu’il est un suprémaciste blanc : il a la peau pâle, ne porte que des costumes blancs et massacre des villageois originaires du Viêt Nam. Mais en réalité, le personnage ne fait pas de distinctions entre les races. Il existe seulement pour faire appliquer sa vision des choses. Une forme d’autorité comparable à celle de Jesse, qui en a le pouvoir grâce à la voix de Genesis, l’entité capable de soumettre les Hommes à ses exigences. Après avoir affronté le saint des Tueurs et désormais Herr Starr, on ne serait pas étonné de voir le pasteur brutalement passer du côté obscur pour un temps…

En France, la saison 2 de Preacher est diffusée sur OCS Choc.