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Pourquoi la saison 2 de Preacher est le kif sériel de l’été

C’est quoi Game of Thrones ?

©️ AMC

Il est conseillé d’être à jour sur la saison 2 de Preacher avant d’entamer la lecture de cet article.

"Ce truc jouissif, inadaptable ? Bouarf, laisse-nous une saison pour planter le décor et on te fait ça bien avec le poto Goldberg." C’est de cette manière que j’imagine la réaction de Seth Rogen au moment de prendre le risque de transposer en série le comics Preacher. Certes, je me permets d’insinuer que le réalisateur de C’est la fin s’exprime comme un redneck du Texas, mais force est de constater que sa gageure est une réussite : après une première saison complètement barrée mais un poil bordélique, Preacher est en passe de devenir l’une des séries immanquables du moment.

Le premier chapitre du show s’inscrivait comme un préambule aux aventures du pasteur Jesse, incarné par Dominic Cooper. Un exercice compliqué et apparemment crispant pour ses créateurs. Dans de nombreuses scènes et à travers l’écriture des personnages, on ressentait leur frustration face à la nécessité de mettre en place cet univers noir et mystique. Finalement, Seth Rogen, Sam Catlin et Evan Goldberg ont (littéralement et symboliquement) fait exploser Annville, le cadre de la saison initiale, afin de passer aux choses sérieuses en développant une série décomplexée.

Depuis cet événement, Jesse, Tulip et le vampire Cassidy parcourent les États-Unis dans un road trip de l’enfer, afin de retrouver Dieu et comprendre les intentions de Genesis, l’entité résidant dans le corps du pasteur. Tantôt barrée, tantôt violente – et paradoxalement tendre, grâce à la présence lumineuse de Joseph Gilgun (Rudy dans Misfits) –, Preacher a élevé le niveau cette année, jusqu’au point de s’inscrire comme une pure jouissance sérielle. Une œuvre inventive et drôle au milieu d’une bouillasse télévisuelle estivale, qui a du mal à soulever les foules quand un dragon n’est pas dans les parages. Voici les raisons qui font de Preacher le gros kif de cet été.

Parce que Jesse est enfin charismatique

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C’était clairement le gros point faible de la première saison. Le pasteur, héros de l’histoire, se faisait voler la vedette par la badasserie de Tulip (Ruth Negga) et la cocasserie de Cassidy. Dominic Cooper écopait de scènes et de dialogues trop souvent rébarbatifs, contrairement à ses deux acolytes, donnant à l’acteur un aspect monolithique quelque peu décevant pour un rôle principal. Pour sa défense, il est important de préciser que son rôle d’antihéros blanc et cisgenre sorti du fin fond de la campagne américaine (vu et revu), ne plaidait pas en sa faveur.

Mais en saison 2, Jesse est devenu imprévisible, charismatique et foncièrement plus fascinant. Comme un certain Heisenberg, sa morale est beaucoup plus ambiguë et il use du pouvoir de Genesis à des fins souvent discutables. Désormais, il s’impose véritablement comme le leader du trio, et il a le droit à de nombreuses scènes à même de montrer la palette d’expressions de Dominic Cooper – qui réussit à faire de Jesse un antihéros réellement attachant (à défaut d’être original).

Parce que la réal est folle

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Une photographie de qualité et une mise en scène soignée sont devenues des impératifs dans le monde des séries, notamment pour les productions des chaînes câblées et des plateformes américaines. Legion (FX), The Leftovers (HBO) et American Gods (Amazon), pour ne citer qu’elles, respectent ces consignes à la lettre et se permettent même d’être ingénieuses en termes de mise en scène et de plans audacieux, voire alambiqués. Preacher n’échappe pas à la règle et ses différents réalisateurs (dont font partie Seth Rogen et Evan Goldberg) prennent des risques et des partis pris artistiques pour conférer une atmosphère unique à la série.

Les caméras multiplient les plans-séquences façon Marvel’s Daredevil lors des scènes de combat, traversent des trous de serrure à la manière d’un Fincher, pour ensuite prendre le temps de poser des champs-contrechamps bien comme il faut lorsque le trio avale des pancakes tout en sortant des vannes… Dynamique et toujours appliquée, la mise en scène de Preacher brille par moments dans son inventivité. On peut le constater avec cette imposante police blanche qui précise le lieu de l’action (et met réellement en avant les scénaristes et le réalisateur de chaque épisode, une attention assez rare pour être soulignée), ou encore ces séquences surréalistes en Enfer, montées comme un cycle interminable qui se répète de plus en plus vite. Je mettrais d’ailleurs ma main au feu qu’un réalisateur de Game of Thrones s’est inspiré des scènes avec le saint des Tueurs pour la "poop scene" de Sam.

Décomplexée dans sa réalisation et son écriture, la série l’est aussi dans son traitement de la violence, qui devient souvent burlesque façon Tarantino et Rodriguez. Et n’allez pas croire que Preacher est macho parce que les mecs sont en supériorité dans le trio : Tulip est bien souvent la plus courageuse, la plus déterminée et la plus réfléchie des trois. Et il faut reconnaître que c’est assez jouissif de la voir éclater des hommes de main aussi volumineux que des gorilles.

Parce que les méchants sont des grands malades

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Pour continuer la comparaison de Preacher avec des séries aussi populaires que The Walking Dead et Game of Thrones, impossible de ne pas passer par la case "antagonistes". Les personnages nés dans l’imagination de Garth Ennis et Steve Dillon sont grossiers, violents, psychopathes et over the top. C’est encore plus le cas pour les méchants de l’histoire, le saint des Tueurs et le futur Herr Starr en tête. Mais contrairement à un Negan ou un Ramsay Bolton, les grands tarés de Preacher sont plus humanisés et leur folie meurtrière tend à se justifier par autre chose que de la pure démence.

Le cow-boy de l’Enfer a une histoire particulièrement touchante. C’est en tentant de sauver sa femme et sa fille qu’il a perdu la vie et s’est retrouvé piégé dans un cycle atroce, forcé à revivre la pire journée de sa vie pendant des décennies. Tu m’étonnes qu’il ait envie de buter tout le monde après un tel supplice ! Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin s’amusent aussi à inverser les rapports de force entre les personnages, les rendant plus complexes à cerner, mais jamais ennuyeux.

C’est le cas d’Eugene, jeune garçon chétif et doux comme un agneau injustement puni par la vie. Celui qu’on surnomme "Arseface", à cause des séquelles de sa tentative de suicide, a fini en Enfer sur un excès de colère de Jesse. Dans les sombres souterrains du monde de Satan, la nature d’Eugene a commencé à muter sous l’influence des crapules qui y résident. Ainsi, il devient peu à peu aussi cruel que le Hitler que l’on connaît – alors que celui de la série s’est apaisé à force d’errer dans la géhenne. Rendez-vous compte : les mecs se sont permis d’humaniser le pire dictateur de l’Histoire, dans le plus grand des calmes. Cette audace et cette liberté d’écriture apportent un vent de renouveau constant à Preacher, la rendant follement excitante à chaque épisode.

Parce que Preacher est devenue la buddy series qu’on attendait

À la manière d’une équipe de super-héros, c’est quand ils s’assemblent que Jesse, Tulip et Cassidy sont au top. Mais, contrairement aux Avengers, il n’y a pas de laissés-pour-compte puisque certains épisodes permettent d’explorer le passé, et donc l’identité, de chacun. Au lieu de les séparer comme en saison 1, les créateurs de Preacher ont eu le bon sens de les envoyer dans un road trip (et donc de respecter le comics à la lettre), où ils les gardent tous les trois à l’écran le plus souvent. C’est un plaisir incommensurable de les voir évoluer ensemble, puisque l’alchimie entre eux est palpable et les dialogues délectables.

S’ils doivent travailler ensemble, les trois compagnons ont régulièrement du mal à se comprendre, entraînant des situations cocasses et délirantes. C’est le cas de Cassidy, fou amoureux de Tulip mais trop respectueux de son pote Jesse pour lui avouer. Dans les scènes de tension, leur solidarité fait souvent chaud au cœur, tandis qu’on craint pour leur vie à chaque fois qu’ils s’embarquent dans une baston compliquée. On assiste même à des séquences hilarantes et complètement burlesques, comme dans l’épisode "Mumbai Sky Tower", où Cassidy et Fiore se défoncent à tout n’importe quoi avant de retourner leur chambre d’hôtel.

Parce que Cassidy

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Impossible de défendre Preacher sans évoquer son personnage le plus attachant, déjanté et charismatique. Cassidy, trop vite relayé au rang de sidekick rigolo en saison 1, est bien plus que le clown du show. Joseph Gilgun, qui nous a confié être atteint de dyslexie et d’hyperactivité, utilise ses démons à son avantage afin de les faire résonner dans un personnage aussi touchant qu’imprévisible. On en oublie même que Cassidy est un vampire – une créature fantastique vue et revue dans le monde des séries – tant son jeu est à part et d’un naturel épatant.

Cassidy hérite constamment des dialogues les plus tordants, multipliant les références à la pop culture et aux théories complotistes. À la manière d’un personnage de sitcom, il écope également de running gags tendrement burlesques, comme le fait de se pavaner avec un parapluie pour ne pas finir calciné par les rayons du soleil.

En réalité, le vampire irlandais est le Sam de Preacher, le meilleur pote entièrement dévoué à Jesse et Tulip, qui n’hésite pas une seconde à stopper une épée par la lame ou à risquer sa vie au soleil pour ses frères d’arme. Au fond, il est cette caution humaine et identifiable qui nous fait ressentir au plus profond de nous des envolées lyriques telles que "j’ai vraiment trop d’amour pour cette série". Sans Cassidy et Joseph Gilgun, Preacher ne serait clairement pas aussi trépidante et galvanisante. Alors, avant de ne jurer que par des dragons, des zombies et autres Demogorgon, n’oubliez pas ce trio désopilant qui gagne à être connu.

En France, la saison 2 de Preacher est diffusée en US+24 sur OCS Choc.