Richard Armitage (Berlin Station) : "Après Le Hobbit, je voulais quelque chose de plus réel et contemporain"

Le grand écart entre les genres, ça le connaît. Richard Armitage a joué Francis Dolarhyde, alias Dragon Rouge dans Hannibal, mais aussi Thorin, le chef des nains de la saga Le Hobbit, ou encore Lucas North, dans MI-5. Biiinge a pu rencontrer l’acteur anglais à l’occasion du lancement, sur 13ème Rue, de sa nouvelle série : Berlin Station.

© Biiinge

Ce dimanche 15 avril, à 20 h 55 sur 13ème Rue, Richard Armitage endosse le rôle de Daniel Miller, un espion de la CIA infiltré dans la capitale allemande. Sa mission : identifier et neutraliser un lanceur d’alerte du nom de Thomas Shaw qui fait régulièrement fuiter des informations sensibles à la presse.

Biiinge⎜Dans une interview datant de 2016, vous disiez que, quand on vous a proposé Berlin Station, vous étiez "en quête d’une très bonne série". À l’époque, vous veniez juste de finir Le Hobbit, une énorme franchise ciné. Donc pourquoi avez-vous eu cette envie de revenir à la télé ?

Richard Armitage⎜J’avais vraiment adoré travailler sur la série MI-5, j’adorais ce genre, j’adorais travailler à Londres, j’appréciais la régularité du job et le fait d’avoir un personnage que je pouvais développer sur une longue période. Mais surtout, je jouais quelqu’un de vrai, de très réel et actuel. Après Le Hobbit, ce gros blockbuster de fantasy, je voulais de nouveau jouer quelque chose de contemporain.

On est dans un âge d’or des séries, donc je savais qu’il y avait quelque part un projet neuf et visionnaire pour moi… C’est chez Epix [la chaîne de diffusion d’origine, ndlr] que je l’ai trouvé, et ça s’appelait Berlin Station.

C’est finalement un rôle très différent de Lucas North, que vous interprétiez dans MI-5.

Oui, c’est l’autre face de la même pièce. C’est la CIA. Vous savez, bien souvent dans MI-5, on était dans une position antagoniste avec les Américains. Donc voir la situation avec une autre perspective, sans compter le fait que l’action se déroule en Europe, c’était assez singulier. Et vous savez, tout le monde ne parle que de politique en ce moment et les services d’intelligence sont au cœur de cette politique, donc la série s’attaque vraiment à un sujet brûlant.

"C’est un gars avec des compétences ordinaires, poussé par des circonstances extraordinaires"

Aviez-vous des idées préconçues sur les espions, leurs missions, que la série a démontées ?

Oui, je crois que je fais en sorte de les démonter avec ce rôle. Je ne voulais pas que le personnage soit une sorte de super-héros hyper compétent, un génie ou un as de l’informatique, mais plutôt qu’il ait ses failles, des doutes, et soit ancré dans le réel. Il fallait que ce soit un gars avec des compétences ordinaires, poussé par des circonstances extraordinaires.

Pour une série d’espionnage, il n’y a pas tant de scènes d’action, c’est très psychologique et politique…

Pour moi, les scènes d’action sont comme des petites pépites. Si on en met trop, ça devient trop familier et on commence à devenir immunisé. Ici, j’ai aimé le fait que Daniel semble être une personne ordinaire, mais de temps en temps, vous avez un éclair qui vous montre cette autre facette de sa vie. Comme cette séquence sur le toit où il s’infiltre dans le bâtiment du Zeitung pour y poser des mouchards. À cet instant, on voit la version militaire de Daniel.

© Epix

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ? Avez-vous suivi un entraînement ? Aviez-vous accès à une sorte de consultant durant le tournage ?

Les deux en fait. On avait un super consultant de la CIA nommé Bob Baer, qui n’était pas sur le plateau mais toujours disponible par téléphone. En ce qui concerne l’entraînement aux armes, on en a eu davantage pour la saison 2, parce que la mission le nécessitait. Disons que j’ai pu jouer avec certaines choses que je connaissais déjà un peu avant. J’ai vraiment aimé le fait que j’avais déjà un peu touché à ces domaines avant de jouer un personnage aussi militaire, donc je n’étais pas trop rouillé. Et ce qui est sympa, c’est que ça entre dans la construction de Daniel, c’est comme un vieux souvenir.

Justement, en parlant de souvenirs… On ne sait que très peu de chose sur Daniel et son passé, à dessein bien sûr. Mais pour vous, pour faire vivre ce personnage, avez-vous besoin de demander des précisions sur son passé, ses origines, ou est-ce que vous lui inventez une backstory ?

Là encore, c’est un peu des deux. Avec un script, vous engrangez tout ce que vous pouvez sur ce que les scénaristes racontent sur votre personnage, sur ses interactions avec les autres. On se sert de ça pour construire les fondations de sa biographie. Ensuite, je mets les choses en place par moi-même, tout ce qui pourrait m’être utile et en même temps, des détails dont je pourrais me passer s’ils s’avéraient inutiles. Mais j’aime bien qu’ils soient là, ça me permet de toujours être en mesure de penser comme mon personnage. J’ai créé une sorte de galerie visuelle, comme un album photo de sa vie en Allemagne, avec des clichés de sa mère et de son père… tout ça pour qu’il ait toujours ces images en tête.

"Edward Snowden semble être la personne la plus lucide et la plus logique qui soit"

C’est une série très politique et ancrée dans la réalité, comme on le disait plus tôt. Pensez-vous que Berlin Station puisse avoir un impact sur le public, notamment sur la façon dont on perçoit les lanceurs d’alerte ?

Oui, je le crois ! C’est un risque que l’on a pris avec la tonalité. Car dans un sens, pour certains spectateurs, Thomas Shaw est un héros. Pour certains des personnages de la série aussi, mais ceux-là sont tout de même obligés de le traquer parce qu’il enfreint la loi et qu’il menace cette institution qu’est la CIA. Mais oui, on ressent tous cette empathie. Et nous, en tant que personnes et en tant qu’acteurs, on aura tous ce débat : ce personnage est dans le vrai, même s’il est le méchant de l’histoire, il a raison. J’aime cette ambiguïté.

De nos jours, quelqu’un comme Edward Snowden est vu comme un héros…

Quand on le suit sur Twitter, il semble être la personne la plus lucide et la plus logique qui soit. Tu as l’impression qu’il est la voix de la raison.

Mais Thomas Shaw, parce qu’il est une menace pour la sécurité d’un pays, et pas seulement pour la CIA, est présenté comme un méchant. Ça n’est donc pas une opinion très populaire.

Oui, mais il croit que le public a le droit de tout savoir sur tout. Moi, je pense que le public doit savoir uniquement ce qu’il a besoin de savoir dans l’optique de maintenir la sécurité nationale. Mais ça, c’est parce que j’ai été dans la tête de Daniel. Il croit fermement en ça. On se fie au fait que nos institutions et nos services de sécurité sont honorables… parfois ils ne le sont pas. C’est là que réside le dilemme.

La saison 1 de Berlin Station est à découvrir à partir du dimanche 15 avril sur 13ème Rue, dès 20 h 55.