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Dans son season premiere, South Park troue le cul des suprémacistes blancs et des firmes de la Silicon Valley

Toujours au cœur de l’actualité, la série de Trey Parker et Matt Stone revient avec un premier épisode percutant qui s’attaque au mouvement nationaliste blanc et aux multinationales technologiques de la Silicon Valley avec l’humour sarcastique qu’on lui connaît. Attention, spoilers.

Pour le retour du show le plus politiquement incorrect du petit écran, Matt Stone et Trey Parker ont vu les choses en grand. Après un marathon de l’extrême lancé sur Comedy Central, la 21e saison de South Park a débuté sur les chapeaux de roues ce mercredi 13 septembre. Les créateurs ont en effet fait livrer des cuisses de poulet aux fans américains afin de célébrer la nouvelle fournée d’épisodes. Très attendu par les fans, le season premiere a mis directement les pieds dans le plat, avec une attaque virulente envers les suprémacistes blancs alors que le contexte politique aux États-Unis est des plus tendus.

Si les créateurs de South Park avaient annoncé qu’ils reviendraient aux sources de la série dans cette saison en abandonnant le lynchage contre Trump et le schéma narratif des saisons 19 et 20, il semblerait que le show soit indissociable de la politique américaine. Ce premier épisode joue sur une double lecture en attaquant frontalement le mouvement nationaliste blanc et en illustrant le déclin programmé des multinationales technologiques, pour notre plus grand plaisir.

Moutons de Panurge

© Comedy Central

En suivant deux histoires, celle de Randy et celle de Cartman, South Park peut s’attaquer à deux problématiques sociétales qui semblent en apparence complètement éloignées, mais qui sont pourtant très proches depuis l’élection de Donald Trump. Ainsi, “White People Renovating Houses” se penche dans un premier temps sur l’obsession de Cartman pour Alexa, l’assistant personnel intelligent développé par Amazon Echo et très en vogue aux États-Unis. Cet appareil, de type hub, est capable d’interagir vocalement, de lire de la musique, d’indiquer la météo, de faire une liste de tâches… Autant dire que la prochaine étape, c’est la machine à café et le lave-linge.

Dans cet épisode, on constate que les habitants de South Park sont complètement accros à Alexa, qui répond à leurs moindres désirs de consommation. Fonçant tous au supermarché pour acheter l’assistant d’Amazon ou son concurrent Google Home, ils se reposent sur ces moyens technologiques pour régir leur vie quotidienne. Alexa devient la nouvelle drogue de Cartman si bien qu’il en tombe presque amoureux et rejette sa petite copine Heidi. Ses congénères ne sont pas en reste, mais réalisent que ces appareils intelligents "prennent" le boulot d’une partie des habitants et jettent leurs appareils à la poubelle.

C’est dans ce cimetière technologique que Cartman récupère le sien, balancé par sa mère, mais aussi les autres, afin de les faire fonctionner tous en même temps. Là où South Park est très forte, c’est qu’elle arrive même à troller les Américains dans leur salon. En effet, plusieurs fans de la série ont vu leur assistant Alexa se déclencher lorsque Cartman prononçait à tout va ce prénom à chacune de ses demandes foireuses. On parle de sombres histoires de pets, de poils et de culs qui réjouiront les fans les plus puristes du show satirique.

En mettant les appareils intelligents d’Amazon et Google à la poubelle, Matt Stone et Trey Parker critiquent la Silicon Valley, dans la tourmente en ce moment, entre les scandales d’agression sexuelle et les accusations de méthodes anticoncurrentielles. Si les mastodontes industriels de la technologie américains voient la confiance des consommateurs diminuer, même si la keynote d’Apple a encore déchaîné les passions, c’est aussi parce que l’élection de Donald Trump précipite de plus en plus leur chute.

Non seulement les Américains se détournent de ces multinationales, mais les politiques, de droite comme de gauche, de Steve Bannon à Bernie Sanders, veulent les descendre et mettre un coup de pied dans la fourmilière commerciale du lobby techno-politique. Ainsi, comme l’explique Ben Smith, le rédacteur en chef de Buzzfeed, dans son article "There’s Blood In The Water In Silicon Valley", "les nationalistes voient précisément [avec ces industries] que la parole et les idées des sociaux-libéraux et des défenseurs de la globalisation prennent le pouvoir, alors que la gauche, elle, constate une victoire du pouvoir des entreprises."

La méfiance totale envers les multinationales technologiques est grandissante depuis l’élection américaine, dont Facebook, tenu en partie pour responsable de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, comme le soulignait Forbes. Et en se focalisant sur les appareils intelligents de Google et Amazon, South Park tape encore une fois dans le mille en glissant une critique noire et acerbe de la relation amour-haine entre la politique et les gros bonnets de la Silicon Valley.

© Comedy Central

Après cette première lecture, South Park transpose ce message de méfiance envers les industries technologiques de la Silicon Valley au mouvement nationaliste blanc qui sévit en ce moment même aux États-Unis, suite aux événements de Charlottesville. L’épisode suit alors les péripéties de Randy et Sharon Marsh, qui coaniment l’émission White People Renovating Houses, une sorte de D&CO américain. Déjà, le titre du show fait réfléchir, mais c’est surtout l’évolution de Randy dans cet épisode qui sonne comme un véritable avertissement. Une rébellion d’anciens travailleurs blancs, accusant Amazon et Google d’avoir pris leurs jobs, se met en place faisant ressortir les racistes, nationalistes et rednecks américains qui scandent "You will not replace us".

Leur rassemblement, à coups de torches tiki, de drapeaux confédérés, d’écriteaux "You took our jobs!", va déranger l’enregistrement de l’émission de Randy et Sharon, si bien que leurs différends se termineront au tribunal. Afin d’apaiser la situation, Randy va proposer à Darryl, le leader des nationalistes, de remplacer les appareils intelligents d’Amazon et Google en effectuant eux-mêmes leurs tâches aliénantes. Et pour ça, Randy utilise un discours qui rappelle celui de Donald Trump, qui n’a pas condamné fermement l’attentat de Charlottesville. Dans le seul but de sauver son émission, Randy balance ainsi : "Bon écoutez, il y a eu beaucoup de souffrance. De la souffrance des deux côtés. Il est temps d’en finir." Classic Donald Trump.

Ainsi, les suprémacistes acceptent le deal alors que la communauté de South Park balance ses appareils Alexa et autres Google Home. Mais très vite, Darryl, ne veut plus de ce boulot ingrat et Randy lui rétorque qu’il aurait dû y penser avant et surtout faire des études pour avoir un meilleur job. Alright. Darryl ne trouve alors rien de mieux à faire que d’aller boire une bière et de rejeter la faute sur les communautés américaines non blanches : "Le pays entier fonce droit dans la merde ! Les musulmans essaient de nous tuer, les personnes noires lancent des émeutes. Et les Mexicains font des bébés à foison. Il est clair que c’est soit eux, soit nous, donc je dis qu’il faut tous les tuer !"

Randy va, par la suite, essayer de comprendre pourquoi Darryl a des idées aussi réactionnaires et conservatrices et ce dernier lui explique qu’il n’arrive pas à casser le mur entre son salon et sa cuisine. Cela peut paraître ridicule mais les scénaristes glissent ici une petite référence au mur que Donald Trump souhaite ériger sur toute la longueur de la frontière avec le Mexique. Et en détruisant ce mur, Randy va aider Darryl à se reconstruire, non sans oublier de customiser sa maison avec des drapeaux confédérés, parce qu’on ne change pas vraiment la nature humaine, hein.

Tel est donc le voyage initiatique de Randy pour comprendre "ce que cela signifie d’être blanc dans la société actuelle", qu’il termine par le slogan percutant : "N’oubliez pas, peu importe à quel point le pays va mal, vous pouvez toujours compter sur White People Renovating Houses." Hilarant mais glaçant vu le contexte actuel. On n’en attendait pas moins de South Park dans cette nouvelle saison, la série satirique s’attaquant toujours avec humour et (im)pertinence aux scandales et enjeux sociopolitiques qui animent les États-Unis. Mention spéciale à Jimbob, remplaçant rockeur d’Alexa, et sa reprise à la guitare de "Humble" de Kendrick Lamar.