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Série culte : True Blood, ou les vampires débridés de la Louisiane profonde

Alors oui, on avait peut-être envie de buter Sookie à chaque épisode, mais True Blood reste mémorable. Retour à Bon Temps, la petite bourgade qui a du mordant.

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Des vampires et du cul : voilà comment abréger, de façon ostensiblement réductrice, l’aventure True Blood. Pendant sept saisons et autant d’années à l’antenne, le hit de HBO nous en aura mis plein les yeux avec des scènes orgiaques décomplexées et autres massacres sanguinolents, à la limite du "tarantinesque". Pourtant bien plus qu’un Twilight à la sauce gonzo, la série d’Alan Ball est parvenue à se hisser au panthéon des œuvres cultes du petit écran. Attention, ça va saigner.

Les suceurs de sang 2.0

Qu’on soit d’accord, le mythe du vampire a toujours fasciné les consommateurs de pop culture. Le succès imprévisible de la tétralogie Twilight au milieu des années 2000 et le carton du premier volet au box-office international n’ont fait que relancer une mode. Alors, plus que jamais, le suceur de sang sort de son cercueil et voit son image pimpée pour une nouvelle génération. Surfant sur cette tendance indéchiffrable, une pléiade de romans "vampiro-girly" voit le jour. Dans la foulée, les networks US espèrent aussi toucher le pactole et HBO n’échappe pas à la déferlante vampirique.

Trois ans après l’arrêt de Six Feet Under, le showrunner Alan Ball renoue avec la chaîne câblée pour adapter la saga littéraire de La Communauté du Sud par Charlaine Harris. On zappe dès lors les Edward Cullen suintant de paillettes et bons sentiments. Les buveurs de sang de True Blood ne sont pas là pour enfiler des perles et réactualisent l’image du vampire, implantant cette créature légendaire au beau milieu d’une société contemporaine comme la nôtre. Par cette volonté de modernisation et à travers le prisme du fantastique, la série se permet d’aborder des thématiques sociétales majeures, de l’égalité des droits au racisme en passant par les débordements du fanatisme.

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Pour autant, il est facile de survoler ces enjeux implicites, tout simplement parce que le show les camoufle par des intrigues perchées et des scènes souvent borderline. Avec ses "fuck" à tout-va et des jurons lâchés dans la plus grande désinvolture, True Blood est une série qui se fait plaisir, presque autant qu’elle nous fait plaisir. Parfois (OK, souvent) vulgaire, elle est très loin de se prendre au sérieux et brandit fièrement un second degré qui pourrait en déconcerter plus d’un.

Puis, ce qui fait réellement son charme, ce sont bel et bien ses personnages, aussi éclectiques que définitivement timbrés. Dans un élan de nostalgie, on pense alors à Sam, le métamorphe au grand cœur, Tara et sa grande gueule, ou encore Lafayette, le cuistot excentrique (RIP Nelsan Ellis).

Et True Blood, c’est aussi la très irritante Sookie Stackhouse qui, en dépit de sa niaiserie inébranlable et son faible quota de neurones, accumulait autant de prétendants qu’une candidate de La Belle et ses princes. L’énigmatique Bill Compton, l’imposant Eric Northman, l’hypermusclé Alcide Herveaux… Tous sont venus régaler l’héroïne télépathe du show, presque autant que nos yeux. À côté d’eux, choisir entre #TeamEdward et #TeamJacob n’avait aucun sens.

La scène culte : l’orgie de Maryann

Ah, cette fameuse orgie exhibitionniste en plein cœur de Bon Temps ! Après une première saison audacieuse, True Blood passe la vitesse supérieure avec l’inclusion de la meilleure antagoniste de l’histoire de la série, j’ai nommé Maryann Forrester. D’abord vendue comme une nouvelle arrivante dans le voisinage, la brune ténébreuse dévoile rapidement sa véritable nature. Maryann est une ménade, soit une disciple de Dionysos, la divinité grecque des plaisirs en somme.

Dans ce passage invraisemblable du quatrième épisode, elle canalise les pulsions humaines des habitants venus festoyer chez elle. Ce qui devait être un apéro bon enfant dégénère en une orgie sexuelle débridée, où le shérif de la ville s’étale allègrement du gâteau sur le faciès et le frère de Sookie se bastonne avec un redneck du coin tout en s’esclaffant. En bref, un grand n’importe quoi qui a su devenir la marque de fabrique de True Blood au fil des saisons.

Avec du recul, True Blood bravait les interdits du petit écran (merci HBO et la liberté créative) et représentait une certaine apogée du no limit. On ne peut s’empêcher de penser aux innombrables scènes où des vampires se faisaient dégommer, un pieu planté dans le cœur (tradition oblige), et explosaient en une flaque de sang outrancière au possible. Du sexe et de l’hémoglobine, c’est sans doute cette alliance sans filtre qui a permis à la série d’Alan Ball d’être un must-see chaque été, dans une ère pré-Game of Thrones.

Les héritières

Étant une œuvre singulière de par ses prises de risque, True Blood a laissé peu de descendants après son annulation. Du moins, pas dans les années qui suivirent directement. On peut bien entendu lister les nouvelles fictions vampiriques, de The Vampire Diaries à la version repulpée de Dracula (un échec cuisant en 2013 malgré l’excellent Jonathan Rhys-Meyers). Cela dit, aucune ne parvient à égaler son côté WTF assumé, la faute au puritanisme des networks publics, diront certains.

Néanmoins, la patte True Blood s’est retrouvée parsemée çà et là dans de multiples séries. D’emblée, on peut trouver une similitude avec le péplum Spartacus lancé en 2010, pour son utilisation volontairement exagérée des effusions de sang. Plus récemment encore, il est possible de reconnaître un léger côté True Blood chez Preacher, toutes deux partageant une dimension jouissive et décalée avec le même rapport exacerbé à la violence et au recours à l’hémoglobine.

© NBC

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Des œuvres plus semblables, avec l’aspect "petite ville" croisé avec du fantastique, existent. En 2013, la méconnue The Gates a tenté d’appliquer cette recette, retraçant l’arrivée d’une famille dans une résidence communautaire peuplée de créatures surnaturelles aux intentions douteuses. La sauce n’a pas pris, et la série s’est payé un aller simple au cimetière des séries.

Prochainement, il faudra miser sur Midnight, Texas qui ressemble en tout point à True Blood. Une remarque pas très étonnante quand on sait que ce futur show de NBC est également une adaptation de romans signés Charlaine Harris. À défaut d’avoir les mêmes libertés que son aînée, peut-être que Midnight, Texas s’avérera être une digne héritière.