À Séries Mania, les séries s’exposent aux côtés des plus grands peintres

Quand Hannibal s’invite à la table de Rubens, que la Vénus de Milo est piégée dans la Black Lodge de Twin Peaks et que Van Gogh nous fait pleurer dans Doctor Who, ça donne l’exposition "Open Museum", aux Beaux-Arts de Lille.

© ABC

Le huitième art méritait bien sa place au musée. Mais quand cette invitation temporaire se transforme en véritable dialogue entre les séries et les plus grandes peintres et sculpteurs du XVe au XXe siècle, la balade s’annonce passionnante. Du 14 avril au 16 juillet, les Beaux-Arts de Lille proposent à ses visiteurs d’arpenter en long, en large, et en travers ses allées chargées d’histoire(s) à la découverte de 18 séries et d’interroger leur rapport à l’art. Et ces relations sont souvent loin de sauter aux yeux. Il fallait bien l’éclairage d’Open Museum pour nous aider à décrypter ces références.

Dans un parcours fléché partant du rez-de-chaussée, puis passant au sous-sol, avant de faire le grand tour au premier étage, le visiteur déambule et, au détour d’une œuvre, se retrouve nez à nez avec un écran, posé comme un tableau. Loin d’être un sacrilège, ces téléviseurs diffusent en boucle des extraits de séries qui font écho aux peintures et sculptures qu’elles accompagnent.

En descendant les marches jusqu’au niveau inférieur, c’est, cette fois-ci, un grand écran qui se dresse devant nous dans une salle voûtée à la lumière tamisée. Dale Cooper, le héros de Twin Peaks, est dans la Chambre Rouge, l’étrange boudoir de la Black Lodge. Le sol aux motifs zigzag tranche avec le fameux rideau rouge cher à David Lynch et Mark Frost, les créateurs de la série. L’agent du FBI, incarné par Kyle MacLachlan, slalome entre deux statues de femmes : la Vénus de Milo, représentant Aphrodite, déesse de l’Amour, et la Vénus de Médicis, représentant la pudeur (elle se cache les seins et le sexe). Deux sculptures qui évoquent la sexualité double de Laura Palmer.

© Delphine Rivet

Un peu plus loin, Jaime Lannister, l’un des héros de Game of Thrones, chevauche son destrier blanc au milieu du chaos. Tel saint Georges, le patron de l’Angleterre, il s’élance pour terrasser le dragon. Une légende qui est exposée au musée, à travers Le Retable de saint Georges, un tableau d’autel en bois datant de la fin du XVe siècle.

Dans un genre tout aussi biblique, l’une des promos de Lost (celle de la saison 6) s’inspirait de La Cène, le dernier repas du Christ peint par Léonard de Vinci. À cette différence près que dans la série, ils étaient 14 à prendre la pose, au lieu de 13 sur les différentes versions du tableau, et que la table est remplacée par une aile d’avion.

Si la série Hannibal a fait de ces passerelles avec la peinture classique une marque de fabrique, ce n’est pas uniquement dans la mise en scène des meurtres, très esthétisés, que l’on retrouve nécessairement les plus beaux coups de pinceaux du cannibale. Qui dit nourriture et corps sans vie, dit nature morte. Le Dr Lecter est l’incarnation du Diable qui invite à sa table ses futures victimes, amadouées par la tentation d’un repas d’exception en sa compagnie. Des dîners scénographiés et designés par la styliste culinaire Janice Poon, et qui n’ont rien à envier aux banquets des peintures baroques.

© Delphine Rivet

On ne vous en dira pas davantage sur cette expo qui mérite vraiment d’être découverte si vous vivez à Lille où êtes seulement de passage. De Mad Men à Wolf Hall, en passant par The Handmaid’s Tale ou Les Simpson, il y en a pour tous les goûts !