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Le showrunner d’X-Files s’obstine à ne s’entourer que d'hommes dans sa writer’s room

On est en 2017, mais Chris Carter n’a apparemment pas reçu le mémo.

x-files

Comme les chefs d’entreprise, les showrunners de séries peuvent désormais difficilement ignorer les difficultés rencontrées par les femmes dans le milieu du travail. Désavantagées par rapport à leurs homologues masculins, même à compétences égales, elles subissent toutes sortes de discriminations (obstacles pour accéder aux postes-clés, différence de salaire, plafond de verre, etc.) qu’il est du devoir de leur boss de tenter de compenser. La parité est nettement encouragée, mais certains hommes en position de pouvoir ne le vivent pas toujours très bien. Une pensée pour eux…

Pour sa saison 11, le showrunner d’X-Files, Chris Carter, conserve son trio de scénaristes, Darin Morgan, Glen Morgan et James Wong, et ajoute de nouvelles recrues : Gabe Rotter, Benjamin Van Allen et Brad Follmer. Vous avez bien lu. Chris Carter ne fait même pas semblant : il n’a recruté que des hommes. Mais peut-être sont-ils plus compétents ou plus expérimentés que toutes les autres femmes qui ont postulé, me direz-vous ?

Une remarque parfaitement valide, en effet. Sauf qu’aucun des trois petits nouveaux n’a déjà écrit le script d’un épisode diffusé à la télévision. Eh oui, les "scénaristes" que Chris Carter a préféré à des femmes qualifiées pour le job n’ont, comme on dit dans le jargon, aucun "writing credits". Les deux premiers étaient assistants scénaristes sur les saisons 9 et 10, et le dernier était, quant à lui, l’assistant personnel du showrunner.

"Vous n’avez pas droit à l’erreur"

Bien qu’il n’y ait aucun mal à vouloir donner sa chance à des p’tits jeunes qui débutent ou à vouloir apporter un peu de sang neuf à une équipe de vieux briscards – ce qui, objectivement, ferait du bien à la narration plan-plan qu’X-Files a adopté en saison 10 –, rien ne justifie une salle d’écriture 100 % composée d’hommes. Voici la justification peu convaincante de Chris Carter, à qui le site Indiewire demandait, en 2016 déjà, pourquoi il n’invitait pas de nouvelles plumes dans sa salle d’écriture :

"Je crois que ce serait une erreur, parce qu’on veut s’assurer de tenir nos promesses. Vous ne voulez pas tenter le diable. Si ça ne marchait pas, on serait fichu parce qu’il n’y aurait aucun moyen de passer outre si quelqu’un venait à écrire un script raté. L’heure tourne. Le temps s’écoule toujours très vite en télévision. Vous n’avez pas droit à l’erreur. Vous devez coucher votre script sur la page, et vous ne pouvez plus ensuite le corriger en postproduction. Si elle n’est pas là dès le début, c’est dur de corriger l’absence de qualité."

Chris Carter a l’air d’oublier que le processus de recrutement n’est simple pour personne. Mais il sait aussi très bien que pour accélérer ce dernier, les scénaristes peuvent envoyer des "spec scripts". C’est un épisode écrit "pour de faux" qui permet au showrunner de voir ce dont le postulant est capable dans le cadre strict de sa série. Personne n’est dupe, M. Carter. Personne ne saurait croire que vous n’avez pas eu le temps de recruter quelqu’un à l’extérieur de votre cercle. Il a choisi des gens proches de lui – pourquoi pas – mais en faisant ça, il n’a pas cherché "le ou la meilleur-e", mais ceux qu’il avait sous la main. C’est un aveu sacrément gênant tout de même.

Il préfère donc admettre avoir privilégié la facilité, plutôt que de reconnaître une sélection sexiste des membres de sa writer’s room. La série X-Files a-t-elle un genre ? Oui, à en croire son créateur. Et elle s’adresse donc à nous d’une voix toute masculine. On pourrait croire à un simple concours de circonstances : après tout, peut-être a-t-il cherché en vain la parité. Ce serait mal connaître le bonhomme et son sérail.

Pour un rôle de même importance, et au temps d’écran identique, Gillian Anderson, l’interprète de Dana Scully, a mis trois ans à obtenir le même cachet que son partenaire David Duchovny. Le studio exigeait même d’elle qu’elle marche quelques pas derrière sa co-star durant les scènes, histoire de ne pas menacer la masculinité de David Duchovny. Et guess what ? Quand la série est revenue sur le petit écran, après quatorze ans d’interruption, l’actrice a de nouveau dû se battre pour être payée autant. La production lui proposait la moitié. Une raison de plus pour comprendre la nécessité d’embaucher des femmes à tous les échelons de la fabrication des séries, y compris en salle d’écriture.