Star Trek: Discovery dans les yeux d’une novice, "Burnham sera mon capitaine Kirk"

Peut-on découvrir Star Trek: Discovery si l’on n’a jamais vu l’originale ? Vais-je devoir raser les murs à la prochaine Comic-Con de Paris après un tel aveu ? Les réponses ci-dessous.

J’ai quelque chose de terrible à vous avouer, un truc un peu honteux qui, bien sûr, reste entre nous… Je n’ai jamais vu la série originale Star Trek, ni ses rejetons The Next Generation, Deep Space Nine et Voyager, ni les films (à l’exception des récents reboots que j’appellerais "L’ère Chris Pine"). Pourtant, je me targue d’être une grande amatrice de SF, et j’étais réellement excitée à l’idée de découvrir Star Trek: Discovery, lancée ce lundi sur Netflix. Peut-être, justement, parce que j’allais enfin avoir l’occasion d’entrer dans l’univers de Gene Roddenberry, sans avoir à faire ce travail de fouilles archéologiques.

Je l’admets, j’ai toujours eu envie de m’y mettre, parce que je sais que c’est un monument de la culture SF et sérielle. Je sais aussi qu’il y a du bon, du très bon, et du moins bon dans Star Trek. J’étais résolue à passer outre les ravages du temps (les combis lycra, les délires sous acides et les décors kitsch, ça ne pardonne pas) pour me concentrer sur ce qui a fait d’elle la série culte qu’elle est encore aujourd’hui, cinquante ans après sa première diffusion. Pour m’aider dans cette lourde tâche exploratoire, j’ai en plus la chance d’avoir un ami journaliste qui la connaît sur le bout des doigts et se serait porté volontaire pour jouer les guides.

Mais je n’ai jamais sauté le pas. Je blâme l’afflux trop important de séries qui mobilisent déjà trop de mes soirées et de mon temps libre, et le travail qui en découle du fait de mon métier. Je rejette aussi la faute sur une angoisse plus existentielle : s’attaquer à un mythe, cinquante ans après tout le monde, et les mois de visionnage que cela représenterait de tout binge-watcher… C’est flippant.

Mes premiers pas en terre Trekkie

Heureusement, Star Trek: Discovery était en route, et elle avait de sérieux atouts pour me séduire ! D’abord, ce nouveau spin-off est créé par Bryan Fuller, un scénariste que je suivrais jusqu’aux confins du Mordor (après ce terrible aveu, je me dois de balancer quelques références hasardeuses, dans un espoir de me réconcilier avec les geeks). Pour rappel, il a showrunné Wonderfalls, Dead Like Me, Pushing Daisies, Hannibal et est actuellement aux manettes d’American Gods. Être aux commandes du vaisseau Star Trek, c’était son rêve de gosse. C’était aussi l’un de ses premiers jobs d’écriture, sur Deep Space Nine et Voyager.

Bref, contrairement à moi, il a été biberonné par les récits de Roddenberry et a nourri à son tour les fans de la franchise. Il a travaillé d’arrache-pied pour faire revivre le mythe, mais a dû quitter le navire en cours de route, son implication sur American Gods l’empêchant de concilier les deux. On imagine que la décision n’a pas dû être facile…

Ensuite, la flambant neuve Star Trek: Discovery a dégainé son meilleur argument à mes yeux : Michael Burnham. Comme son nom ne l’indique pas, le lieutenant-commandeur de l'USS Shenzhou est une femme (eh ouais, dans le futur, les paranoïaques de la "théorie du genre" ont perdu : homme ou femme, on s’appelle comme on veut). Elle est l’officier en second de la capitaine Philippa Georgiou, une autre femme. Mais il y a mieux : les deux personnages sont joués, respectivement, par Sonequa Martin-Green (The Walking Dead), une femme noire, et Michelle Yeoh (Tigre et Dragon), une femme asiatique. Les rageux vont rager, mais moi je dis "YASSS QUEENS" ! Notre époque est tellement divisée sur ces questions que ce genre de choix, même s’ils sont dans la continuité de la série originale, sont toujours bons à prendre.

Une aura qui dépasse la série

Car oui, Star Trek a toujours prôné l’inclusivité, l’ouverture et des valeurs progressistes. Comment pourrais-je le savoir, vous demandez-vous très légitimement, alors que je viens d’avouer ne l’avoir jamais vue ? Parce que l’aura de Star Trek est telle qu’elle dépasse l’objet série. Je sais, par exemple, qu’elle est souvent érigée en modèle de représentation des diversités, notamment en diffusant le premier baiser interracial du petit écran (il y a toutefois légèrement débat sur la question, mais je veux continuer d’y croire). C’était en 1968, entre l’officier des communications Uhura, jouée par Michelle Nichols, une femme noire, et le capitaine Kirk, joué par William Shatner, un homme blanc.

Je sais aussi que la série est pacifiste et la mission première de la Starfleet est l’exploration. "Space: the final frontier", c’est pas que du vent. Les premiers mots du générique sont imprimés dans mon cerveau comme un mantra. Idem pour le salut vulcain "Live long and prosper" et le geste de la main qui l’accompagne, que j’ai tenté de faire tant de fois à m’en péter les tendons des doigts. J’ai depuis longtemps intégré le fait que Spock n’était pas capitaine, contrairement à ce que certains médias ont pu écrire au moment de la mort de Leonard Nimoy, son interprète. J’étais alors aux côtés des puristes offusqués, sur les réseaux sociaux, pour corriger cette grossière erreur. Toujours sans avoir vu le moindre épisode de la série d’origine.

Cela fait-il de moi une imposteure ? Je ne crois pas. Ça démontre surtout à quel point Star Trek s’infiltre dans tous les pans de la pop culture et a été référencée, parodiée, célébrée dans un nombre incalculable d’œuvres. Des œuvres que j’ai vues et avec lesquelles j’ai grandi. De la même façon que des Britanniques de mon âge, qui n’ont peut-être jamais vu le moindre épisode classique de Doctor Who (la série a commencé en 1963) ont été nourris, consciemment ou non, par les aventures de son héros, les valeurs qu’il véhicule et la mythologie qui l’entoure, et ont finalement trouvé "leur" Docteur bien plus tard, avec Eccleston, Tennant, Smith ou Capaldi.

Je suis la prochaine génération

Michael Burnham, cette humaine élevée par des Vulcains (et pas n’importe quel Vulcain puisqu’elle est la pupille de Sarek, alias papa Spock, joué par James Frain), premier officier de l'USS Shenzhou, héroïne qui rêve d’exploration, sera donc "mon" capitaine Kirk, "mon" Docteur. "Representation matters", comme dirait l’autre. Mais au-delà de ces préoccupations diablement actuelles, Star Trek va certainement être auscultée par les puristes. Respecte-t-elle les canons de la franchise ? En est-elle sa digne héritière ? Sur ces questions, en tant que novice, je ne peux évidemment pas me prononcer.

Mon regard, en revanche, est celui d’une critique qui, certes a infusé dans la culture pop et l’énorme influence de Star Trek dont je parlais plus haut, mais qui n’a jamais eu à se positionner entre la team Trekkies et la team Trekkers. J’avais beaucoup d’attentes, et ma référence SF à moi, la série ultime de space opera, c’est Battlestar Galactica, autre monument du genre (et non, je n’ai pas non plus vu la série d’origine). J’avais donc les codes (rudimentaires, certes) pour aborder Star Trek: Discovery et l’envie de voir une vraie fresque héroïque dans l’espace.

Les deux épisodes inauguraux ont rapidement dissipé mes craintes de voir un blockbuster fadasse. Avec Burnham en lead, la série jongle parfaitement entre action et émotion, et ses personnages naviguent entre idéaux et compromis avec des dilemmes philosophiques, éthiques, politiques, qui ont toujours fait le sel des bonnes œuvres de SF. L’ancrage à notre époque, autre caractéristique essentielle du genre, est également respecté avec cette nouvelle faction de Klingons, faisant écho au fanatisme religieux et guerrier qui fait régulièrement la une des journaux.

Et, ce qui ne gâche rien, la photographie, les décors et les effets spéciaux sont de toute beauté. Pas de doute, les 8 et quelques millions de dollars par épisode se voient à l’écran. Un budget colossal qui en fait d’ailleurs l’une des séries les plus chères du petit écran… Un chiffre d’autant plus vertigineux qu’elle n’est pas destinée à une diffusion linéaire (à la télévision, à proprement parler) mais digitale (sur la plateforme CBS All Access aux États-Unis).

Mais revenons à nos Klingons. A-t-on besoin d’un Guide pratique du petit Trekkie pour aborder Star Trek: Discovery ? Clairement, non. Il y a même peut-être un intérêt supplémentaire, non, différent, à la découvrir vierge de toute idée préconçue, et sans le poids de ce pesant héritage. Des explorateurs/rices puceaux/elles, vers l’infini et au-delà, qui seront, à n’en pas douter, la nouvelle génération de fans de Star Trek.

Star Trek: Discovery est à découvrir sur Netflix, à raison d’un nouvel épisode tous les lundis.