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Superhigh, c’est vraiment supernul et supersexiste

Une comédie bien fumeuse.

© Blackpills

Si comédie et weed sonnent comme l’alliance parfaite aux yeux des producteurs – qui pensent attirer facilement un public jeune, sous-entendu consommateur –, force est de constater qu’elles ne font pas bon ménage ces temps-ci. Depuis les pérégrinations de Nancy Botwin dans la bien nommée Weeds, on a eu droit à plusieurs comédies assez navrantes sur le sujet, de Mary + Jane à la récente Disjointed. Malheureusement, la petite dernière prend le même chemin, en pire.

Créée par Édouard Pluvieux et diffusée sur l’appli mobile Blackpills ainsi que sur TMC pour le lancement (parce que Kev "bankable" Adams oblige), Superhigh se penche sur les déboires de David, un jeune mec paumé à Los Angeles après s’être fait larguer. Embarqué dans une soirée underground, il teste une beuh gratuite que lui a refilée un SDF dans la rue, et là, boum, elle lui procure des superpouvoirs.

Alors évidemment, avec un pitch pareil, on ne s’attendait pas à regarder le dernier chef-d’œuvre de David Simon, mais là n’est pas la question. Des comédies sympathiques au concept tiré par les cheveux, les States en font depuis la nuit des temps (coucou The Good Place), et elles peuvent être très réussies, ou très ratées. Superhigh appartient à la seconde catégorie, pour plusieurs raisons. Déjà, ça sentait le roussi d’entrée : une comédie "française" un peu barrée qui se passe aux États-Unis, sur de la weed qui donne des pouvoirs, le tout porté par… Kev Adams ? Hum. Le résultat est à hauteur de nos peurs. Coprod cheap, elle est mal doublée, mal réalisée, mal écrite, et forcément assez mal jouée.

Loin de nous l’idée de tirer sur l’ambulance. On veut bien oublier les années Soda de Kev Adams (une série moins problématique que Superhigh, soit dit en passant), voire quelques comédies françaises pourries mais inoffensives dans lesquelles il a traîné ses guêtres. En revanche, qu’après le très sexiste Gangsterdam, l’acteur de 26 ans enchaîne avec une série du même acabit nous laisse pour le moins perplexe. Tout comme les réactions de gros médias comme BFMTV, qui se contentent de lui servir la soupe, sans remettre en cause ses choix artistiques. Elle est belle la France. Ce média a-t-il au moins pris la peine de regarder cette série avant d’interviewer l’enfant prodige ? Nous, oui.

Male gaze, es-tu là ?

On vous plante le décor. Il faut à peu près une minute à Superhigh pour nous montrer une femme à poil, en plein ébat avec Kev, pardon, David. Entre deux couinements de Barbie porno, elle lui annonce qu’elle le quitte en remettant son string. Pendant à peu près une minute, notre héros un peu teubé est donc triste. Un peu plus tard, après avoir goûté à sa superbeuh, Kev se retrouve dans une soirée déguisée ambiance Very Bad Trip du pauvre. Il fuit les flics avec son pote Chopper (le youtubeur Destorm Power dans la vraie vie) et une fille rencontrée sur place, Faith (le mannequin Sarah McDaniel). Cette dernière est affublée d’un costume ultrasexy – décolleté plongeant, petit short court, chaussettes montantes d’étudiante – qu’elle ne quittera pas. Pour justifier ce choix esthétique des plus sexistes, les scénaristes ont tout de même écrit une ligne de dialogue. David demande à Faith en quoi elle s’est déguisée. Elle lui répond : "Je suis déguisée en fille !" No comment.

Passons à l’épisode 2 : nos trois loustics sont en cavale et commencent à découvrir leurs pouvoirs, conférés par cette weed si particulière. Après la superforce vient la supervision, et comment mieux traduire les avantages de ce nouveau don qu’en reluquant Faith, qui se retrouve alors filmée en sous-vêtements (allez chercher une quelconque cohérence, une vision laser qui s’arrête au soutif…), avec gros plan sur les seins et les fesses pour bien encourager le male gaze ? Quand enfin, notre personnage féminin en arrive elle aussi à expérimenter ses propres pouvoirs – après que les deux mecs ont fait joujou avec les leurs bien entendu – son don de voyance intéresse particulièrement Chopper. Il lui montre une image sur son téléphone : "Tu vois cette fille, je me suis branlée deux fois sur elle, je vais me la faire ou pas ?" Facepalm générale.

L’idée qui justifie tout, on l’entend déjà d’ici : "mais c’est pour rire !" Ils sont teubés les deux mecs et on voit bien que c’est elle la plus intelligente de cette équipe de bras cassés. Alors déjà, ce n’est pas drôle, et encore moins pour la moitié des personnes qui peuplent l’Hexagone, les femmes. Ensuite, idée révolutionnaire : on peut faire rire sans reproduire ad vitam nauseam les mêmes clichés sexistes qui font tant de mal aux femmes. À son petit niveau, Superhigh peut concourir à perpétuer un sexisme ordinaire chez les jeunes spectateurs qui regarderont cette série, et ça, c’est inacceptable.

Il ne suffit pas à Kev Adams de faire la couv' de Technikart pour nous faire croire qu’il tourne dans des projets de qualité. Il ne suffit pas à Blackpills de cumuler le bingo de la série de jeunes pour avoir un hit en poche. On s’interroge sur la ligne éditoriale de la firme aux ambitions internationales après un projet pareil. Pour le moment, elle tâtonne entre produits complètement oubliables, programmes fun comme Making a Scene de James Franco et la réussie Skal, et vision d’auteur comme le Junior de Zoe R. Cassavetes. Il va falloir à un moment se poser la question de la ligne éditoriale. Les millennials méritent mieux que Superhigh.