On a testé South Park : L’Annale du destin, le jeu qui en fait des caisses

Généreux et un peu moins foutraque que le précédent, ce deuxième jeu South Park est de bonne facture.

En 2014 sortait Le Bâton de la vérité, adaptation dans la droite lignée du dessin animé South Park. En prenant la voie du RPG à l’occidentale, le studio Obsidian (déjà auteur du démentiel Fallout : New Vegas) avait livré un jeu fidèle et irrévérencieux, quoiqu’un peu facile. Au moins, il enterrait une tradition : avant celui-là, tous les vieux jeux vidéo estampillés South Park étaient très mauvais.

Trois ans après cette sortie, après quelques remaniements et plusieurs dates repoussées, The Fractured but Whole, savamment traduit dans notre langue par L’Annale du destin, est enfin disponible sur Xbox One, PS4 et PC. Cette fois, c’est Ubisoft San Francisco qui s’y colle.

Pas bien méchant

Trois ans plus tard, autant de nouvelles saisons de la série animée et quelques délires en plus dont s’inspirer, L’Annale du Destin laisse tomber l’heroic fantasy pour embrasser la satire du monde de Marvel, de DC, du divertissement à base de super-héros improbables et d’univers extensibles à l’infini. Bref, l’intrigue reprend l’arc "The Coon" qui, en 2010, était diffusé un peu avant que le Marvel Cinematic Universe devienne un phénomène.

C’est la même limonade : vous incarnez un·e nouveau·elle venu·e mutique, qui débarque dans la ville du Colorado et va directement rejoindre les délires juvéniles de Cartman et compagnie. Chacun y incarne un super-héros, et vous aller devenir le Trouduc, celui qui règle tout avec des pets et par la puissance de son intestin. Tout un programme. Car dans ce jeu, tout tourne autour de vos flatulences.

L’Annale du destin ne verse jamais vraiment dans le radical ou l’iconoclaste, mais lance quand même quelques piques sociétales – vous allez vaincre le racisme à South Park en tabassant les flics, tous corrompus et satanistes, et le niveau de difficulté varie en fonction de la couleur de peau de votre avatar. Autant de joyeusetés qui trouvent un écho avec l’actualité.

Dans les faits, vous vous retrouverez, vous et vos amis vigilantes, propulsés dans une vaste intrigue à base de corruption, de violence, de chats volés et autres trafics de drogue en masse, tout en peaufinant progressivement votre profil de super-héros. Vous réviserez régulièrement votre (terrifiante) origin story en définissant votre genre, votre ethnie, etc. C’est South Park, c’est bien idiot, souvent drôle et (im)pertinent. Le scénario, qui inclut une montagne de références à la série, n’est pas vraiment ce qu’on retient du jeu.

Ça vous dit peut-être quelque chose. South Park, lui, a la courtoisie de sortir un volet tous les trois ans. (© Ubisoft)

Au programme : un autre RPG à l’occidentale, aux combats au tour par tour, entre vous, les "Coon & Friends" (comprendre Marvel) et les "Freedom Pals" (comprendre DC, on refait facilement la distribution des rôles). Les méchants, ce sont les vieux, les sixièmes, les ninjas, les péquenauds, les prêtres pédophiles… Bref, vous avez compris.

L’aire de combat est quadrillée et chaque personnage a ses capacités liées à sa classe : une portée, une puissance et des altérations de statut propres. C’est assez simple, intuitif et diminuer la difficulté du jeu n’entraîne aucune répercussion si l’on est un peu perdu. De temps en temps, on débloque un "ultime" dévastateur, spécifique à chaque personnage.

Malgré les variations de gameplay (réponses aux micro-agressions, pets temporels qui font sauter un tour à l’adversaire…), les combats sont un peu monotones et automatiques. Heureusement, certains d’entre eux requièrent des règles spéciales pour être bouclés : atteindre une zone particulière, faire en sorte qu’un personnage se retrouve à tel endroit… Ainsi, quelques petits moments de bravoure pimentent un peu l’ensemble. Les innombrables interactions entre les personnages donnent un peu de peps à un système de combat qui rame de temps en temps dans ses calculs.

Dans le fond, ce South Park reste un jeu Ubisoft et ça se voit. Après une intro mollassonne, on se fait happer par cette multitude de quêtes annexes, de chiffres, d’objets à récolter dans toute la ville et surtout par cette infinité de collectibles – ne servant qu’à fabriquer des consommables et des objets de quête –, tous ayant un nom faisant référence à la série.

On peut regretter les traductions de sous-titres (pour ceux qui jouent en VO) pas toujours très heureuses ou des caractères parfois trop petits à l’écran. Ces légers soucis sont sans doute provoqués par la taille du contenu des activités et le soin apporté aux dialogues et à leurs possibilités.

Tous les délires récents de la série sont là, dont le PC Principal. (© Ubisoft)

Un peu plus de quantité que de qualité

South Park : L’Annale du destin est sans aucun doute plaisant et généreux. Il l’est dans son humour potache, ses situations crétines et sa cohérence ludo-narrative qui offrent quelques petites pépites ponctuelles. L’aire de jeu, vaste, offre son lot de zones cachées avec une bonne rejouabilité.

Par exemple, on reviendra avec plaisir sur le chemin de fer pour débloquer de nouveaux pouvoirs et résoudre les énigmes. Ces dernières sont d’ailleurs d’une simplicité enfantine. Explorer le jeu en profondeur permet de profiter d’un très, très grand éventail de costumes, mais aussi de dénicher des matériaux que vous pourrez, via un système d’artisanat intuitif, utiliser pour créer des objets et artefacts, et ainsi gagner en puissance.

Pour une fois, on vous recommandera de rester en version originale sur le jeu. Pour des raisons concrètement inconnues, Ubisoft n’a pas réussi à trouver un accord avec les comédiens de doublage français de la série animée. Il y a tout de même une version française avec d’autres acteurs, mais ceux-là singent les originaux plutôt que de livrer leurs propres interprétations. Le résultat est franchement médiocre. Après un essai, vous repasserez très vite dans la langue de Shakespeare. En revanche, la musique, toujours dans la parodie mais sans trop forcer, rend l’expérience agréable pour les sens.

En bref, South Park : L’Annale du Destin est un jeu plus que correct, quoiqu’un poil inférieur à son prédécesseur. Aussi drôle mais un peu moins corrosif, un peu trop routinier pour son bien et pas toujours des plus lisibles, il séduit par sa générosité et une adaptation de la série animée toujours au top. Si vous êtes fans, vous le savez déjà : allez-y sans problème.

South Park : L’Annale du destin est disponible sur PS4, Xbox et PC.

Journaliste cybertech, cyberjeux, cybertrucs de niche. Dixième dan en culture pop jap.